Francis Pornon

Ecrivain

Category: Rencontres (page 1 of 2)

ANNIVERSAIRE APOLLINAIRE AVEC THIERRY RENARD

Le 9 novembre 1918 mourut à Paris de la grippe espagnole Guillaume Apollinaire. Blessé gravement à la Grande Guerre, il fut déclaré mort pour la France après avoir écrit des poèmes hallucinants de guerre et d’amour. Son art sans limite fut apprécié et reconnu par les surréalistes comme l’initiateur de la poésie contemporaine. Thierry Renard, rencontré il y a trois décennies et avec qui j’ai travaillé à Vénissieux, reste fidèle à ses engagements. Il a voulu un recueil de belles et bonnes plumes pour rendre hommage au poète de l’amour fou dans les Poèmes à Lou et à d’autres destinataires que nous sommes. Francis y a signé : « Ton buste adoré » (mots tirés de Calligrammes), une nouvelle évoquant un poilu échoué en hôpital psychiatrique après la campagne contre l’Armée rouge.

 

RENCONTRE de Christian SAINT-PAUL

Une nouvelle publication me confirme la valeur de cette rencontre. Il s’agit de :
Toiles Bretagne
, poème radiophonique, Monde en poésie Editions :
Ce texte, suivi de Le Trégor et d’un essai : « Où se niche la poésie ? » témoigne de la poursuite de l’activité aussi créatrice de l’animateur d’une régulière et ancienne émission sur la poésie (« Les poètes » sur Radio Occitania les jeudis à 20h). Déjà auteur d’une douzaine de publications, Christian continue à creuser une trace discrète et personnelle, faite de sensations et pensées brossées au passage en des pays étranges ou familiers, les deux bien souvent. Aux visions empathiques dessinées finement : « … des navires rouillent / confiants dans l’innocence de la mer / qui leur lèche les flancs / pour l’éternité… » viennent s’incruster maints hommages aux poètes rappelés par les lieux. Les célèbres Cadou et Max Jacob, mais aussi des inconnus de moi et de bien d’autres sans doute : Laugier et Le Quintrec. Les évocations semblent touristiques, au bons sens du terme : « Quintin dans le chaos de ses chemins », si l’on ne prend garde aux traits qui percent vivement l’âme : « Une femme frêle / sèche comme une fleur sans sève ». Et l’histoire – intelligence merci ! – n’est jamais absente : « En 1944 les ondes de la BBC portent de Londres aux équipes Jedburgh… ». Profitez de ce qu’il subsiste de poésie vivante en la lisant ! Car, ainsi que chantait Jean Ferrat, quelque chose est pourri dans le royaume de France.

“C’EST CHOSE FAITE” : dernier recueil posthume d’un poète

Gilbert Baqué, poète fort et vrai, est décédé. Il survit au monde par son œuvre, laquelle existe contre les marées médiatiques et tant de vents contraires (j’ai chroniqué de ses recueils en coups de cœur). C’est Bruno Ruiz qui a rassemblé ses textes inédits. Les derniers mots du dernier poème sont : « C’est chose faite ». L’épouse de Gilbert a financé et approuvé. Cela donne une plaquette, laconique et intense. Comme ses autres textes. On peut participer en achetant le recueil.
Envoyer un chèque de 10€ + 3, 20€ de port à Suzette Baqué 12 chemin de Pannegans 31170 TOURNEFEUILLE.

RENCONTRES AUTOUR DE RAIMON DE MIRAVAL

Invité par le CEC (Centre d’Etudes du Catharisme)  à plusieurs reprises à donner des conférences (Carcassonne, Pennautier…), Francis a rencontré Mme Annie Lambert qui, avec d’autres personnes, anime l’association. Il se sentait chez lui dans l’ombre de Charles Peytavie, Bernard Mahoux, Franc Bardou, etc.
Au théâtre “La Louve de Pennautier” Francis traita particulièrement le troubadour originaire du pays : Raimon de Miraval. Occasion d’entendre les manes de René Nelli que connut son père, lesquels laissèrent à l’écrivain la passion des troubadours.
Quelle rencontre, que celle de ce troubadour de la fin du XIIème et du début du XIIIème siècles! C’était un chevalier de petite noblesse. Poète de cour, ami du comte de Toulouse, Raimon VI, il fut prétendant et parfois amant de plusieurs dames, dont la fameuse « Louve », Orbria, épouse de Jordan de Cabaret et fille du seigneur de Pennautier.
René Nelli, intellectuel carcassonnais, contribua à faire connaître  sa pensée particulièrement intéressante parce qu’elle formule principes et questions de l’amour courtois. On peut voir dans sa vie une des premières mises en œuvre de l’art et la difficulté d’être homme à l’époque moderne, ce avec quelques siècles d’avance du fait de l’émancipation précoce de certaines dames.
Son aventure fut contemporaine de la menace et du déroulement de la croisade contre les « Albigeois » (cathares), véritable désastre en Languedoc qui ravagera la région et mettra un coup d’arrêt à l’essor de l’opulente civilisation occitane, berceau du trobar (poésie en oc) qui marqua durablement l’Europe.

RENCONTRES AU SILA D’ALGER

J’avais fait une première rencontre de Lazhari Labter[1] à l’occasion d’une signature qu’il effectuait à Tizi Ouzou en compagnie de Youcef Merahi[2]. Ensuite, je les ai revus tous deux au « Maghreb des livres »[3] à Paris. Là, Youcef m’a signé son dernier roman où il décrivait sévèrement les villes d’Algérie[4] : « Ce ne sont plus des villes. Ce sont des léproseries. Tout va en lambeaux. Les immeubles pèlent. Les trottoirs pètent… » (voir dans les Coups de cœur). Il m’a conseillé d’aller voir Lazhari qui signait son recueil de textes, un petit livre de jolis textes courts, des tranches de son enfance pauvre mais lumineuse dans une oasis[5]. Je lui ai parlé de ce que je venais d’écrire après mon voyage en quête de Jean Boudou « Par-delà le Grand fleuve ». Il m’a prié de le lui envoyer, a décidé très vite de l’éditer, et je me suis retrouvé invité au Sila (salon international du livre d’Alger) en automne 2010. J’ai confié mon étonnement dans un feuillet publié dans l’Humanité (le 4 novembre 2010), étonnement de voir des Algériens et Algériennes se précipiter sur ce livre d’un auteur français[6] évoquant l’odyssée algérienne d’un coopérant, aussi écrivain en occitan durant les années 60-70. Dans le stand de LL (la maison d’édition de Lazhari), j’ai fait aussi connaissance de son fils Amine Labter, caricaturiste de talent[7] et garçon aimable ainsi que de sa « fiancée », illustratrice délicieuse[8] et de sa petite sœur Mériem, apprentie journaliste. Une autre Algérie avec laquelle, depuis, je reste en contact…
[1] Poète et editeur
[2] Ecrivain, secrétaire général du Haut commissariat à l’amazighité où il fait éditer des textes en berbère.

[3] Salon des livres publiés au Maghreb ou en traitant, organisé par l’association Coup de soleil.
[4] Je brûlerai la mer, Youcef Merahi (Casbah Éditions, 2009).
[5] La Cuillère et autres petits riens, Lazhari Labter (éd. Lazhari Labter, Alger 2009 ; éd. Zellige, Paris 2010).
[6] En Algérie sur les pas de Jean Boudou, Ed. Lazhari Labter, à paraître en France aux éditions Vent Terral en 2011.
[7] Amine Labter publie actuellement dans Algérie News.
[8] Nechwa Djeghri qui a signé dans L’Arbre aux pièces d’argent (adaptation pour enfants d’un texte de Lazhari).

Une librairie aux champs : « Des livres et vous » à Sarrant (Gers)

Les 10 ans de la librairie “Des livres et vous” ont été fêtés sur place à Sarrant (32) la fin de semaine des 3 et 4 juillet 2010.

À LA RECHERCHE DU TEMPLE PERDU (extraits). …Un jour, ma voisine m’ayant parlé d’une librairie en plein Gers, je quittai la ville rose et noire pour aller voir cette merveille. On m’aurait dit « une librairie en plein vent », que cela ne m’eût pas plus étonné. Une librairie aux champs, alors que celles de la ville ferment, quelle étrangeté !Il faut dire qu’une librairie, aux champs ou à la ville, j’entends une vraie librairie, pas un supermarché du bouquin, c’est déjà aujourd’hui une étrangeté en soi. Quoi, vous allez vous déplacer, vous aller passer du temps et de la fatigue à saisir et feuilleter des volumes qui puent l’encre, quand ce n’est pas la poussière ? Mais de quel siècle êtes-vous donc, alors qu’il est si jouissif de se fixer de nos jours devant un ordinateur ! Ah, taper sur les touches, lorgner l’écran et tripoter la souris frénétiquement, tout ceci en solitaire comme Onan !… Quand j’atteignis enfin, après maints tours et détours, un bled si perdu dans la géographie qu’il semble aussi perdu dans l’histoire. Des maisons en terre, des venelles si étroites qu’on n’y peut passer un carrosse, et pas le moindre estaminet pour éviter la mort de soif ! Et c’est alors que, je vécus la chose la plus extraordinaire. Figurez-vous qu’en plein milieu de ce bled perdu, je me trouvai soudain face à une chose étrange. Je n’en crus d’abord pas mes yeux. Une grange se dressait, béante. Et ses entrailles recélaient, je vous le donne en mille, des livres ! C’était, oui, c’était-elle, la librairie aux champs ! À la recherche du temple perdu, loin de la civilisation du bruit, de l’informatique et du marché réunis, j’atteignais enfin le but, le grésail, comme les occitans disent du graal…

ADIEU AUX MUSICIENS

Parmi les musiciens avec lesquels j’ai travaillé, le mauvais sort a voulu que deux d’entre eux soient déjà décédés. Voici un hommage à chacun d’eux.

 

À Miguel Miranda

Miguel,[1] Un des plus beaux souvenirs de ma vie, c’est d’avoir travaillé avec toi aux récitals de poésie en musique : Par-delà le grand fleuve et Chanson d’amour de loin. Nous les avons créés à Vénissieux et donnés ensemble dans toute la région durant les années quatre-vingt dix. Tu vivais ces projets avec foi et talent. Ta jeunesse, tu avais l’âge de mes filles, donnait une sorte d’estampille qui me semblait nous garantir contre le ringardisme.
De toi, je ne savais que très peu. Tu m’avais raconté comment la vie t’avait déjà blessé en emportant des camarades dans un accident. Je te sentais en quête de toi parmi tout ce que tu savais et pouvais faire, prompt à rompre quand tu avais le sentiment d’être mal ou trop peu reconnu, louvoyant souvent entre tes qualités artistiques et ta volonté de gagner ta vie dans l’informatique. En beaucoup de choses tu excellais, amitié, sport, musique, peinture et je ne savais jamais vraiment où tu te trouvais. En amour aussi, je croyais le deviner malgré ta discrétion, tu as beaucoup navigué sur ton bateau ivre, te heurtant sans doute à bien des récifs. Quand tu es parti, je ne me suis guère étonné. Tu étais pour moi de la race des émigrés permanents qui se donnent à fond là où ils sont et puis un jour s’en vont. Peut-être est-ce tout simplement ce que tu viens de faire par ton dernier geste. Je regrette de n’avoir pas su te retrouver là où tu étais car nous avions encore peut-être des choses à dire et à faire ensemble. En tout cas, ce geste donne pour moi du sens. Il nous alerte un peu plus sur ce temps qui ronge insidieusement en nous l’envie de vivre. Salut Miguel, je t’aime.

À Sergio Ortega

Portrait Sergio OrtegaSergio[2],
Lorsque nous nous rencontrâmes par l’entremise de ma compagne Marianne, je n’en croyais pas mes yeux et mes oreilles, que l’auteur de la musique du fameux El pueblo unido jamas sera vencido, ayant emporté nos enthousiasmes dans les années soixante-dix, voulût bien travailler avec moi pour créer une cantate contemporaine. Le Trésor magnifique, c’est toi qui en as choisi le titre en t’emparant d’un de mes vers. Tu t’engageas dans l’histoire avec enthousiasme, ne rechignant pas à te rendre plusieurs fois dans le Lyonnais à la rencontre des chorales populaires qui allaient chanter tes notes. Avec toi, l’aventure fut lumineuse, tant tu mis d’énergie dans cette oeuvre pour voix et instruments, dont tu partageais et démultipliais la tonalité du texte « tiers-mondiste », et qui devait, voulais-tu, « faire trembler les libéraux mondialistes », comme jadis ton El pueblo unido… composé pour Salvador Allende,fit trembler les capitalistes chiliens et yankees. Tu conseillas avec patience les choristes, parfois déroutés par tes accents puissants, toi qui, ne craignant jamais de déchoir, enseignais même aux illettrés de la musique ! Et nombreux étaient ceux, et surtout celles que tu enchantais. Car tu prenais la musique à la fois comme une histoire d’amour et comme un combat de lumière. Grâce à toi, je crois que, avec les centaines de choristes du lyonnais et avec leurs chefs[3], nous avons adoré cette histoire et gagné ce combat. Merci, Sergio, de tous ces souvenirs et bon vent sur les routes où tu vogues sans doute pour toujours, entre Amérique et Europe, toi dont le continent était le monde entier.
Sergio, nous t’avons tous aimé.

 

(1) Lettre posthume au guitariste Miguel-Oscar Miranda, lue à ses obsèques en 2004 par Thierry Renard (éditeur chez La Passe du vent).
(2)Sergio Ortega, chilien installé en France depuis le coup d’état de Pinochet, compositeur, notamment d’opéras comme Splendeur et mort de Joachim Murieta (texte de Neruda) et professeur au conservatoire de Pantin (93), compositeur de la musique du Trésor Magnifique, est décédé en 2003.

(3)Pour cette production du SICAC (syndicat intercommunal d’action culturelle) créée en 2000 à l’auditorium de Lyon et reprise dans diverses salles de la région, le chef était Pierre Vallin, assisté des chefs de chorales : Francis Jaquet, Daniel Piotin, Christian Michon, Simone Payet, Dominique Therry et Jean-Pierre Bavut ainsi que des choristes.

RENCONTRE D’UN EDITEUR REFUGIÉ : BOUCHÈNE (extraits)

.…Un temps vendeur de vêtements, Abderrahmane Bouchène ouvrit une librairie très en vue dans les années 80 au centre commercial algérois de Riad el Feth. Figure de proue d’une autre politique privée du livre, il éditait rien moins que des romans classiques algériens, des “Que- sais- je”, des beaux livres et aussi des ouvrages politiques dont le fameux : L’Affaire Mecili qui lui a valu des difficultés avec les généraux et leurs services… La question de la langue était un véritable front où éditer en Français tenait de l’offensive et mettait à l’index.  En première ligne, il a fallu, comme beaucoup d’autres intellectuels, s’échapper (en Tunisie) pour échapper un jour in extremis aux exécutions d’un intégrisme fascisant. C’est peu après qu’Abderrahmane, arrivant en France avec femme et enfants, s’est appuyé sur un réseau d’amis pour refonder en 1998 ses activités éditoriales. Un tel exil est tout sauf une défaite dans la situation de l’édition en France et sur l’échiquier méditerranéen de l’Ouest. « Il faut aller au-delà du non dit, donner aux Algériens une connaissance de soi ! » martèle-t-il, et pour cela « re-explorer la réalité de l’Algérie. » C’est ce qu’il fait, entre autres avec La Kabylie et les coutumes kabyles de Hanoteau et Letourneux, une somme en trois tomes…

Parmi les ouvrages « exhumés » du patrimoine maghrébin que cet homme a la lucidité prémonitoire de ne pas laisser en pâture aux idéologues prédateurs « nationaux », on retrouve Les Chevaux du Sahara par Abdelkader… Tout un symbole, que ce gamin d’Alger, aujourd’hui établi dans une banlieue de Paris, ayant croisé Kateb Yacine préfaçant le livre d’Ismaël Aït Djafer (Complainte des mendiants arabes de la Kasbah et de la petite Yasmina tuée par son père)  qu’il publia, ainsi que Charlot, son collègue d’Alger, éditeur de Lorca et découvreur de Camus. Avec des gens de cette trempe, on maintient la passion pour l’Algérie, rugueuse jusqu’à l’écorchure mais, qu’on le veuille ou non, métissage fécond.

RETROUVAILLES AVEC UN PEINTRE POETE : Hamid TIBOUCHI

Hamid Tibouchi

Hamid Tibouchi

Hamid est mon ancien élève en Algérie. Il vit en France et est devenu peintre et poète.
Il vient de donner des dessins pour illustrer le dernier N° spécial des Lettres Françaises : “L’Algérie aujourd’hui”.
Lire mon coup de cœur pour un de ses ouvrages dans la liste des Coups de cœur.

Coup de coeur de François Darnaudet

Coup de coeur de François Darnaudet

Older posts

© 2018 Francis Pornon

Site créé par Pundarikaksa Graphisme - Thème de Anders Noren