Ecrivain

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Aéronautique : catastrophe en vue ? (Radio Mon Pais 25/05/2020)

A l’aéroport de Blagnac, le trafic aérien a subi une violente baisse : 4 vols commerciaux journaliers, sauf erreur. Or, plus d’avions que cela passent au-dessus de mon jardin, dont des appareils d’Airbus, notamment des Bélougas… Quelle est la raison de ce mystère ?

Il est vrai que la crise semble moins frapper la société Airbus que son concurrent Boeing. A savoir ! Les dernières décisions du comité exécutif ont retiré la proposition de dividende tandis que le titre Airbus a chuté de plus de 50°/° en accusant l’un des plus forts replis du CAC 40. On sait par ailleurs que certaines Cies dites « low cost » seraient menacées dans leur existence, tandis qu’Air-France se trouverait en telles difficultés que l’on entend des membres du gouvernement évoquer l’idée de « nationalisation », terme jusque-là considéré comme obscène en politiquement correct.

Est-ce à dire que l’aéronautique entrerait dans une phase critique profonde et durable ? La ville de Toulouse, capitale de l’aviation depuis que l’Aéropostale entama la folle aventure du rêve de vol enfin réalisé où, selon les mots de Saint-Exupéry : « L’homme se découvre quand il se mesure avec l’obstacle », risquerait d’être frappée aussi fort que le fut ,après la crise de l’industrie automobile, la ville de Détroit aux Etats-Unis ?

Celle-ci a pu voir sa population diminuée par 3 dans une cité devenue friche industrielle avec immeubles désaffectés, délinquance et pauvreté. Drôle de perspective ! La Dépêche estimait récemment à 10 000 suppressions d’emplois les conséquences de la crise prévisibles chez Airbus. Selon d’autres sources puisant à quelque indiscrétion de la direction, des milliers de licenciements seraient à craindre. Avec les répercutions sur la sous-traitance, on devrait vivre une déflagration qui se répercuterait sur toute l’activité de la ville.

Or, tout semble se passer – et tout semble être conté – comme si rien ne devait éclater. “Airbus entend assurer la continuité de ses activités, même en cas de crise prolongée, en maintenant la production, en gérant son carnet de commandes résiliant, en soutenant ses clients et en garantissant la flexibilité financière de ses opérations”, a précisé le groupe. Cela me rappelle chez Michelin à Clermont-Ferrand où je vécus : « Tout va très bien, Madame la marquise, à part peut-être, une bêtise… ».

C’est déjà l’hécatombe chez tous les sous-traitants de second et troisième rang, et bien des économistes soulignent que le transport de masse en avion est condamné par la transition écologique nécessaire à la protection de l’environnement. Alors, prétendre continuer ainsi, s’agit-il de la méthode Coué où l’on répète que tout va bien dans l’espoir qu’un tel vœu va se réaliser ?

On peut soupçonner les responsables d’Airbus de préparer un coup dans l’ombre. Si aucune décision importante ne devrait être annoncée avant l’été, le quotidien britannique The Telegraph, écrit que l’avionneur européen s’apprête à supprimer jusqu’à 10% de ses effectifs.

D’autant plus intéressante est la conviction d’un responsable du syndicat CGT d’Airbus : Xavier Petrachi, assurant que c’est évitable à condition de substituer aux plans actuels un changement de modèle économique. Lui ne souhaite pas « aboyer avec les loups ». On pourrait faire tout à fait autrement, soit diversifier les activités en usant différemment des moyens sous-utilisés. Projets d’éoliens flottants, d’engins plus légers et moins consommateurs, de matériel d’imagerie médicale, avec en regard le démantèlement de vieux avions, etc., tant de choses réalisables à condition qu’industriels et politiques le projettent avec les représentants du personnel, ce qui n’est pas le cas, le plan d’aide de Lemaire n’envisageant pas de changer la façon de conduire l’économie.

Pour le sourire, il y a plus d’un demi-siècle à l’école primaire, on jouait à avoir le papa le plus fort. Le gagnant était celui dont le père était – ou prétendu être – aviateur à la base aérienne militaire de Francazal. Un proche parent qui touche chez Airbus le triple du salaire d’un professeur, considère avoir réussi sa vie au mieux. Au Saint des saints de l’industrie, on a troqué l’uniforme à galons contre la chemisette avec pantalon et chaussures noires, tenue de rigueur en tout empire industriel qui se respecte. Se souvient-on aujourd’hui que, afin de durer, l’empire romain dut se métisser de Gaulois portant braies et grandes moustaches ?

DECONFINEMENT ET SANTE-PRECARITE (Radio Mon Pais le 18/05/2020) 

Les beaux jours de retour et le confinement levé, j’avais très envie d’évoquer bucoliquement comme Maxime, fleurs, oiseaux et légumes du jardin, ou encore celle qui ne croyait plus parce qu’elle n’avait plus touché de phallus depuis sa jeunesse, ainsi que l’a malicieusement fait Stéphanie. Mais des amis auditeurs m’ont instamment proposé d’évoquer une fois de plus l’hôpital Joseph Ducuing avec sa plateforme Santé-Précarité qui lutte contre les inégalités sociales de santé et pour l’amélioration de l’accès des personnes aux droits et aux soins.

En ces temps de pandémie, une catégorie est spécialement vouée aux risques, démunie de protection et de bien des choses. Sait-on qu’il existe à Toulouse 2 000 personnes résidant en squat ou bidonville, soit sur 42 sites ? Parmi eux, environ 500 enfants pour qui les difficultés sont évidemment multipliées. On ose à peine imaginer dans quelles conditions se déroula le confinement pour ces enfants. Sans logis proprement dit, comment se protéger, se détendre, se laver, s’alimenter, se soigner, sans parler de s’instruire ? Et quoi de la reprise scolaire pour eux ?

Conformément à l’esprit humaniste et généreux de Joseph Ducuing, la plateforme Santé-précarité fut créée afin d’aider et coordonner des équipes s’occupant de grands précaires ou en errance, afin de fournir l’aide d’urgence et aussi de dépister les malades et les diriger vers les hôpitaux. L’une d’elles, composée de 3 personnes dont une sage-femme et une infirmière, est animée par Mme Al Bazzou, salariée de l’hôpital pour son rôle animateur de la plateforme. Avec le confinement, il fallut fournir en produits alimentaires et d’hygiène, avec le dé-confinement il faut de plus approvisionner en gel, masques et savon, et encore aider au dépistage et à l’hospitalisation éventuelle, ce avec respect et sans stigmatiser.

En liaison avec trois enseignants de l’école Saint-Joseph-Lasalle, détachés en mobilité, la rentrée scolaire appelle une action particulière pour aider au retour à l’école d’enfants privés d’informatique et ayant, comme on dit, décroché. « Un parfait gouvernement est celui où toutes les parties sont également protégées. » assurait Voltaire. Les enfants de précaires sont victimes d’une double ou triple peine, en situation précaire eux-mêmes, en perdition scolaire et parfois en situation irrégulière.

Des galopins errent sur la piste qui traverse l’ancien site d’AZF, sortant de baraques de fortune campées sur un terrain en friche, jouant tout près des promeneurs et des cyclistes. Évidemment sans masque ni gel et sans distance de rigueur, sans rien… Pas même l’eau. Se brancher sur la borne à incendie, c’est toujours mieux que boire à la Garonne, comme ceux d’en face ! Au Tribunal Administratif, des associations ont perdu contre la Préfecture et la Mairie, la cause de l’accès à l’eau. En temps de crise humanitaire, on croit cauchemarder !

Il est de fait que les enfants sont, plus encore que les adultes, victimes de l’exclusion. Au temps de Victor Hugo, Gavroche meurt devant la barricade mais bénéficie d’une complicité de classe parmi les nombreux pauvres qui partagent son sort. Or, les gosses qui mendient aujourd’hui sont regardés avec crainte ou dégoût, pris pour des nuisibles à éviter et à parquer. Trois jeunes enfants gardés au centre de rétention de Cornebarrieu, des prisons maternelles d’enfants déplacés en Hongrie, une centaine de petits expatriés enfermée en Norvège, une « zone (dite) sécurisée » pour enfants migrants à Lesbos. Pour eux : ni liberté, ni égalité, ni fraternité ; pas même de citoyenneté ! Où est passée la Convention internationale des droits de l’enfant ?

Pour le sourire, dans une nouvelle écrite au profit des malades de l’épidémie, j’imagine la rencontre d’un petit noir égaré après l’incendie du squat proche, je le recueille chez moi, malgré les risques en tous genres, et je ne tarde pas à devoir le laisser partir, sur plainte du voisinage. Cela me rappelle un chien de voisin qui n’aboyait qu’aux « Arabes ». Et je pense à mes anciens élèves lorsque, professeur en Algérie, j’enseignai à des orphelins de guerre aux chaussures éculées. Ils se retrouvent professeurs ou chefs d’entreprise chez eux ou encore ingénieurs ou bien médecins chez nous. Pour nous soigner, entre autres, de la maladie du Covid !

Rentrée scolaire le 11 mai, points d’interrogation : (Radio Mon Pais le 11/05/2020).

Ce lundi 11 mai, c’est la rentrée ? Voire ! Une partie seulement des écoles est retenue par la mairie chargée d’opérations techniques sanitaires. Dans un quartier périphérique, 1/3 des parents ont déclaré vouloir envoyer leurs enfants. Deux jours de préparation, rentrée seulement mercredi (le protocole sanitaire compte quand même 63 pages…), accueillir 10 élèves par classe sur la demi-semaine, dispositif de circulation et d’interdits probablement plus stressant que le confinement dans les appartements, voilà ce à quoi on se prépare dans les écoles qui ouvrent.

Les services de la mairie, chargés de la désinfection, ne seront pas en mesure de faire face partout, tout le temps. Marqué par une journée de concertation préalable, un maître confie son inquiétude : le risque de contagion avec des enfants sans gants ni masque, notamment par le maniement des cahiers. Pour les syndicats d’enseignants, cette décision politique est “irresponsable, dangereuse et impossible”. Ils réprouvent la réouverture des classes d’autant plus fortement que le Conseil scientifique s’est dit favorable à leur fermeture jusqu’en septembre. « On a l’impression de servir de garderie, qu’on veut remettre les enfants à l’école pour que les parents reprennent le travail », déplore la secrétaire départementale du SNES-FSU.

Sachant que l’Italie, l’Espagne, le Portugal ou encore l’Irlande ont opté pour un report au mois de septembre, tandis qu’en Suède les écoles n’ont pas fermé, cette rentrée est-elle un coup de poker ? Partielle, progressive et limitée, sera-t-elle effective ou fantasmée ? Et par-delà le déluge d’informations, voire d’intoxications, qu’en sera-t-il du dé-confinement ?

La question est : agir en fonction de quel projet, selon quel modèle, conformément à quels principes ? Certains semblent vouloir nous préparer une société de « big brother » où nous serons suivis et contrôlés électroniquement en permanence. Il semble bien en tout cas que l’apprenti grand frère Macron et ses acolytes renvoient les enfants à l’école pour renvoyer les parents au turbin, ce afin de reprendre et continuer comme avant.

De nombreuses voix s’élèvent pour appeler un « jour d’après » en grand changement. Or, garder les mêmes, c’est assurer de recommencer de même. Et comment veut-on réaménager ce monde si l’on ne met pas en place en priorité un mode de réaménagement ? Où l’on voit que certain programme aux dernières présidentielles, proposant une assemblée constituante afin de tout reconsidérer et réorganiser, n’était pas si bête, peut-être seulement un peu en avance. Le mouvement toulousain « Archipel citoyen » demandait en tout cas un protocole de rentrée concerté, plutôt qu’un parachutage de directives depuis le sommet, pratique généralisée depuis deux mois à l’aide de performances télévisées.

On conçoit bien l’envie de recommencer à vivre, à faire son métier, surtout s’il est d’utilité publique, avec, s’agissant d’enfants, la volonté d’être optimiste. Mais les faits sont têtus. Selon une circulaire ministérielle il faudrait « prendre en compte les dimensions sociales, psycho-affectives et familiales ». Réponse du SNUIPP (syndicat des instituteurs) : « On se réunit en équipe, on fait les constats et au besoin on applique un droit de retrait ». Une lettre d’un enseignant ajoute : « Nous sommes désolés pour vous, les enfants, de ce que nous allons vous faire subir pendant huit semaines, ce régime semi-carcéral de privation de liberté que l’on va vous imposer. »

Et je me prends à rêver au temps où, à l’école normale d’instituteurs, au cours des Trente glorieuses, on prônait avant tout le bien-être et l’épanouissement des élèves, premier gage de réussite. Où sont-ils, les grands principes du plan Langevin-Wallon à la Libération ? « Tous les enfants, quelles que soient leurs origines, […] ont un droit égal au développement maximum que leur personnalité comporte. Ils ne doivent trouver d’autre limitation que celle de leurs aptitudes. »

Pour le sourire, le coup de pied pédagogique aux fesses, déjà depuis longtemps interdit à l’école, sera de toutes façons impossible à pratiquer avec la distanciation physique. Et pendant ce temps-là, loin de ma retraite inquiète, à mes petits-enfants qui étudient chaque jour sur Internet, j’envoie un poème de Jacques Prévert : Le Cancre. « Sur le tableau noir du malheur / Il dessine le visage du bonheur. »

« Bourse du travail et 1er mai » (Radio Mon Pais le 04/05/2020)

D’habitude, après le défilé du 1er mai, la Bourse du travail se remplissait à ras-bord de travailleurs et militants, avec banderoles, verbe haut et air de fête, musique, casse-croûte et libation. Et chaque année se reproduisaient ces événements symboliques d’énergie et de conscience populaire, la fête républicaine étant, comme disait Jules Ferry : «une communion citoyenne ». Or, cette année 2020, les locaux de la Bourse restèrent clos.

Normal, puisqu’en confinement, à Toulouse comme partout en France, les manifestations et autres rassemblements sont interdits à cause de la crise sanitaire. A la vue de ce bâtiment fermé au public en lieu et place inaugurés par Jaurès, on sentirait redoubler la sidération. N’empêche la conscience qui souffle une question : cette situation dérange-t-elle ceux qui nous gouvernent ?

Le 1er mai est une journée particulière depuis les émeutes et la répression d’un certain samedi 1er mai 1886 aux Etats-Unis, fête du travail (chômée et payée) en France aussi : décrétée en 1919, légalisée en 1941 et confortée plusieurs fois, notamment à la Libération. En 1891, les forces de l’ordre avaient tiré sur la foule à Fourmies, tuant une jeune femme qui portait une églantine, laquelle fleur devint pour un temps symbole du 1er mai, avant le retour du muguet. Ainsi, cette journée, date mythique et un des piliers républicains, fut-elle jusqu’à ce jour partout chômée et commémorée par des manifestations diverses, unitaires ou pas, mais en tout cas populaires.

En dépit de déclarations dignes de Tartuffe, la situation est du pain bénit pour Macron qui martèle depuis le début de la crise du covid ses appels à l’union nationale derrière lui et son régime. Particulièrement incompétents pour faire face à l’épidémie, ils ont doublement besoin de bénéficier d’un tarissement, ne serait-ce que temporaire, des mouvements de foule.

Le pouvoir aimerait bien, à cette occasion, anesthésier toute résistance. Il y parvient en partie puisque, sous le coup de la sidération, de la peur et des interdictions, le peuple a jusqu’alors laissé tomber des décisions parachutées et non arrêtées par ses élus, le pouvoir législatif feinté par des procédés ou même récusé par des ordonnances. Ainsi, les rues des villes sont en général restées vides le jour annuel où elles doivent par excellence être fleuries de pancartes et banderoles et carillonner de devise et de chansons. Braver une interdiction correspond à une tradition contestataire en France, mais narguer une pandémie mortelle, c’est autre chose, on le comprend !

Pourtant, on sent frémir ce 1er mai la renaissance de la contestation un temps confinée. En ne travaillant pas, un bon nombre de gens marquèrent cette date malgré tout. Si cette année le bâtiment place Saint-Sernin resta silencieux et clos, une nouvelle banderole vient de l’orner avec un mot d’ordre de Résistance à la crise du virus et on a pu voir à certaines fenêtres de la ville des pancartes et des banderoles, et même entendre des casseroles pour une drôle de cuisine !

Car on a proposé de ne pas se contenter de communier en remerciant par les applaudissements le soir mais de faire acte de lucidité et combativité en manifestant ce jour à midi par une belle casserolade. Je confirme que ces bruits de sonnaille résonnèrent différemment des sons de cloches pascales.

Divers syndicats et mouvements appelaient à des formes particulières et individuelles de s’exprimer, tandis que la CGT et les mouvements lycéens et étudiants Fidl, MNL, UNL et Unef invitaient à manifester traditionnellement en hommage au mouvement ouvrier, « avec des pancartes et banderoles en envahissant les réseaux sociaux ».

En conclusion, un mot sur l’absence du muguet, interdit à la vente dans les rues. Cette tradition bien assumée jusque-là par des organisations démocratiques, si certains en sont orphelins, elle remonte à des pratiques païennes chez les Celtes et les Romains qui marquaient ainsi l’arrivée des beaux jours.

Pour le sourire, je note que les réseaux sociaux, applications et autres truchements électroniques ne refont peut-être pas le présent d’un brin de clochettes. Mais ils peuvent toujours, selon l’humeur, envoyer des fleurs ou même encore de bons cactus bien piquants ! Et pendant ce temps, au fond de mon jardin, revient le temps des cerises.

CHRONIQUE : EHPAD et confinement (Radio Mon Pais 27/04/2020).

On sait malheureusement que dans de nombreux EHPAD (Etablissement Hébergeant des Personnes Agées Dépendantes) l’épidémie de Covid est terrible du fait des risques encourus par les personnes âgées et de l’insuffisance de moyens de protection, suite à une pénurie nationale.

J’ai contacté « Les Tilleuls », situé à Saint-Cyprien, à côté de l’hôpital Joseph Ducuing. L’ EHPAD fut créé et reste géré comme l’hôpital par l’AMS (association des Amis de la Médecine Sociale). Agréable surprise, à ce jour aucun résident de l’EHPAD de 80 chambres n’est malade. Il faut dire que dès début mars on y a mis en œuvre les mesures de protection pour le personnel, les résidents et les personnes extérieures : prise de température, port du masque, lavage des mains, respect de la distance d’un mètre.

Je rappelle que l’Hôpital Joseph Ducuing et l’AMS sont héritiers d’un passé particulier que j’ai déjà évoqué à cette antenne. Créé à l’origine par des médecins républicains espagnols, l’hôpital fut ensuite un lieu de médecine sociale et éclairée. Sans doute la situation actuelle est-elle moins grave en Occitanie que dans le Nord-Est. Peut-être aussi qu’un certain esprit associatif permet aujourd’hui de faire face au mieux à la pandémie. On le souhaite en tout cas. Car il va falloir prochainement s’inspirer de tout le bon dans la santé publique afin de la tirer du mauvais pas où l’ont plongée, certes la pandémie, mais encore une impréparation catastrophique laissant désarmé face à la catastrophe.

La fatalité fit s’abattre le fléau particulièrement sur les EHPAD où l’on compte de nombreux malades et bien trop de décès. Du coup, cela invite à réfléchir au sort des anciens. On sait que, afin de faire face au choc attendu par suite de l’épidémie, les visites extérieures, même celles de la famille, furent proscrites dans les EHPAD. Non seulement on put noter que l’isolement pouvait aggraver l’état des malades, mais encore on enregistra de terribles décès dans la solitude, évidemment cause aussi de souffrances psychiques pour la personne et la famille.

Des rumeurs ont couru sur l’obligation de faire un choix pour donner le traitement nécessité, en délaissant ceux dont l’espérance de vie serait plus faible. On entendit en outre gloser sur la catégorie particulière des vieux, plus fragiles et proies appréciées du virus qui seraient donc contaminants en puissance. Enfin, on se prit à suggérer que ces personnes devaient être l’objet d’un « confinement discriminatoire ».

Un bruit a même circulé selon lequel on aurait autorisé les médecins à pratiquer l’euthanasie de certains malades âgés. Mais où en est-on, alors que l’Association pour le Droit à Mourir dans la Dignité dont je fais partie, se voit depuis longtemps opposer un refus d’inscrire dans la loi le droit de disposer soi-même des moyens de sa propre fin ? Se souvient-on que l’on isolait jadis les lépreux, à vie – si l’on peut dire – dans des établissements situés loin de la ville et interdits aux autres ? Alors, je crois qu’il faut raison garder.

Ma fille aînée, médecin, me disait récemment : « faire peur est le meilleur moyen de tenir en laisse ! » Le mode de pensée sous-tendant le libéralisme actuel, répand depuis longtemps une idéologie jeuniste où la jeunesse est considérée comme un capital. Est-ce ainsi que de jeunes femmes doivent se vendre comme carcasses de viande ? Et la vieillesse ne serait au contraire qu’un mal ? Comme si le fait d’avoir un président jeune nous mettait à l’abri d’une gouvernance imbécile ! Si mes souvenirs d’étudiant sont exacts, les grecs anciens ne s’y trompaient pas, qui voulaient que l’on eût au moins un grand âge pour être élu, alors que l’espérance de vie était alors bien faible.

A-t-on déjà oublié que rien ne sert de juger sur la mine ? Et que, comme écrivait Rousseau : « La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse, la vieillesse est le temps de la pratiquer. » Un humaniste rappelait dernièrement à la télévision, que toute mesure et déclaration discriminatoire est non seulement inhumaine, soit contraire aux droits de l’homme, mais encore condamnable au regard de la loi.

Pour finir tout de même dans un sourire, étant donné les statistiques établissant que le nombre de morts des personnes de sexe masculin est très nettement supérieur à celui des personnes de sexe féminin, imaginons nos gouvernants mâles apprenant qu’à partir du 11 mai resteront confinés tous les hommes de plus d’un certain âge…

MASQUES A AIRBUS (Radio Mon Pais 20 avril 2021)

Des bruits divers et aussi des photos courent dans la presse à propos d’Airbus chargeant des masques en Chine et atterrissant à Blagnac, en Allemagne, Espagne et Angleterre. L’avionneur européen, emblématique aussi de Toulouse, livrerait des masques par millions, à ses propres frais de carburant. Des usines toulousaines Airbus ou sous-traitantes ayant fermé un temps pour cause de défaut de protection… on se doute quand même que la compagnie doit se servir au passage pour protéger ses propres employés.

Ainsi Edwy Pleynel de Mediapart dénonce que, afin que ces employés continuent à travailler, Aibus garderait des masques en quantité au lieu de les livrer aux personnels soignants. Sans autre commentaire, revenons sur le problème de l’utilité des masques. Après la déclaration de leur inutilité par de nombreux responsables, en tête des ministres, surréalistes malgré eux, l’Académie de médecine, le directeur général de la santé – et finalement le Président Macron lui-même – prônent fermement le port de cet objet. Le masque est donc maintenant conseillé, voire bientôt obligatoire dans certains cas. Secret de polichinelle : un énorme et tragique mensonge d’état fut entretenu des mois durant pour cacher la pénurie résultant d’une politique de flux tendu et de délocalisation chère au libéralisme sauvage et irresponsable, avec en outre une incompréhensible gabegie ayant consisté à laisser disparaître le stock dit stratégique.

Masque viendrait de MASCA en bas latin (repris en occitan provençal) pour désigner une sorcière ou femme laide et méchante. Évidemment sans rapport avec une ou une autre ancienne ministre de la santé ! Dans l’histoire on trouve des masques un peu partout et tout le temps, pour se cacher, se déguiser ou exprimer des croyances. On peut même admirer dans la grotte des Trois-Frères en Ariège, un dessin datant de 17 000 à 20 000 ans, représentant un médecin ou sorcier, le visage couvert d’un masque. Quant au masque chirurgical connu mais manquant chez nous, on peut lui trouver comme ancêtre celui à long bec d’oiseau des anciens médecins.

Le port du masque en ville est répandu en Asie depuis notamment la grippe espagnole, tandis qu’il est incongru chez nous. La volonté de se protéger des maladies faisant partie intégrante de la culture japonaise, les gouvernements français successifs ont, depuis des années, diminué, voire sabordé le stock de millions de masques jusqu’à rendre impossible de faire face à une pandémie. Or, il s’avère évident que ce masque permet de limiter la transmission des virus aéroportés par des personnes infectées.

L’OMS recommande : de bien se laver les mains avant de poser le masque, de ne pas le toucher durant son utilisation (ou se nettoyer les mains sans attendre) et d’en changer quand il est humide. Il doit être retiré en le prenant par les liens à l’arrière, puis jeté avant un nouveau lavage des mains. On oublie de préciser que le plus important est encore d’en avoir !

Et je nous invite à songer au profond naufrage culturel où mène la perte des visions du passé et de l’avenir dans l’idéologie dominante actuellement selon laquelle on ne conçoit la vie qu’à très court terme de rentabilité économique immédiate, pour ne pas dire en terme d’accapareur coupable de délit d’initié ou – pire – se révélant d’une criminelle incapacité. Or, au titre de l’économie, on oublie tout simplement les conditions de survie d’un peuple… Et en ce temps de confinement, je ne puis m’empêcher de digresser.

Qui n’a pas noté que, le trafic automobile et celui des avions ayant considérablement diminué, l’air en devient plus respirable, incroyablement purifié tandis que, dans les rues de petites villas avec jardinets, nombreuses traditionnellement à la ville rose, on entend les oiseaux chanter et les abeilles bourdonner. De quoi se convaincre qu’il sera urgent, après la fin espérée du covid, de faire en sorte que nos enfants ne s’empoisonnent plus en respirant. De même qu’il faudra bien, sous peine de catastrophe définitive, changer de mode de production et de gestion pour non seulement limiter les risques de pandémie mais aussi arrêter la destruction annoncée de nos conditions de vie sur la planète.

Comme quoi, la pandémie actuelle risque de nous mener loin, plus loin, espérons le, que des mesures de replâtrage du régime actuel ne cachant même plus de vicieuses intentions et aussi l’incompétence et la malhonnêteté.

GRIPPE ESPAGNOLE (Radio Mon Pais  13 avril 2020)

Lors de la guerre de 14-18 et de la grippe espagnole, on transforma provisoirement divers édifices en hôpitaux dits « auxiliaires » suppléant les hôpitaux normaux.

On retrouve parmi ces hôpitaux auxiliaires certains lieux toulousains que j’ai déjà évoqués. Ainsi l’ancienne école normale d’instituteurs avenue de l’URSS et aussi les hôtels particuliers JOB (dits hôtels de Marsan et Calvet) boulevard de Strasbourg. Peu de documents existent sur cette histoire mais on peut contempler sur un site les photos de lits alignés et de malades et d’infirmières. Et je m’imagine alors emplis de blessés, de malades et de soignants, ces dortoirs de l’école normale où, adolescent, dans un système qualifié alors de « semi-disciplinaire » je passai quelques décennies après environ 500 nuits (j’ai compté).

Une citation maintenant : « L’étude […] de la pandémie de 2009 laisse perplexe quant à la capacité du système de santé à faire face à une nouvelle pandémie de l’ampleur de celle de 1918. » Conclusion de la thèse de médecine publiée en 2017 par le Dr. Pierre ALQUIE officiant à Blagnac.

Dans ce document : La grippe espagnole à Toulouse 1918-1919, on estime que 2200 patients décédèrent dans la ville de cette pandémie (soient plus de 1 pour 100 habitants). Selon le journaliste et romancier Paul Guth, alors jeune enfant scolarisé dans la Ville rose, « des charrettes chargées de cercueils passaient dans les rues de Toulouse ».

L’adjectif « espagnole » qualifiant cette épidémie de grippe qui sévit alors viendrait de ce que les belligérants (dont la France) communiquèrent peu à ce propos en temps de guerre ou d’après-guerre, tandis que l’Espagne restait en dehors du conflit. Il existe d’ailleurs fort peu de documents à ce sujet et je note que le maire de la ville rose : Jean Rieux (un socialiste dont le conseil municipal n’avait pas jugé bon de se rendre aux obsèques de Jean Jaurès) affirma que : « l’état sanitaire… accuse néanmoins une augmentation importante dans le nombre de décès… sans être alarmant » !

Des malades de la grippe se déclarèrent forcément dans l’un ou l’autre lieu quoique on recommanda de soigner les grippés à domicile. Et nous voici renvoyés à notre présent : confiner ! Sauf qu’il s’agissait alors de confiner les malades et non les indemnes… Exception faite pour La Grave, l’hôpital déjà évoqué dans ma dernière chronique à propos de la peste, où l’on isola des grippés dans un bloc unique en lequel s’entassèrent des indigents ou isolés, n’ayant aucune famille pour s’occuper d’eux.

Parmi les mesures édictées figurent évidemment la fermeture des écoles et le préfet recommandait (je dis bien recommandait et non interdisait) : « ne pas aller dans les théâtres, concerts, cinémas, cafés ; (de) ne pas faire de stations prolongées dans les églises et dans les temples ; (de) ne pas s’attarder dans les magasins ; (de) faire usage le moins possible des tramways. » « Merci de ne pas… cracher dans le tramway ! » proclamaient des écriteaux fixés aux portes des voitures que l’on tâchait de désinfecter.

Moins drôles furent les restrictions concernant les enterrements : un arrêté du maire supprime complètement les convois funèbres tandis que sont fixées des heures exclusives de réunions aux cimetières en vue des inhumations. Monseigneur l’Archevêque ordonna de faire dans toutes les églises du diocèse les prières officielles pour le temps de l’épidémie et d’exposer dans l’église Saint-Sernin les reliques des Saints invoqués contre la maladie.

Parmi les victimes de la grippe espagnole : le député de Toulouse Albert Bedouce, socialiste qui avait côtoyé Jaurès, père entre autres de la fameuse « bedoucette » (la poubelle locale), fut hospitalisé mais n’en mourut pas. Ses lointaines successeures, les deux députées de la Haute-Garonne Elisabeth Toutut-Picard et Sandrine Morch, sont récemment testées positives au Covid-19.

Nous leur souhaitons prompt rétablissement, tout en souhaitant aussi que de nos jours ne succède pas à notre grave crise un pouvoir plus antidémocratique comme celui de la « chambre bleu horizon » (la plus à droite depuis l’après Commune de Paris) ainsi qu’il arriva après la guerre et en pleine épidémie en 1919.

LA GRAVE ET LA PESTE (Chronique sur RMP le 06/04/2020)

L’ex-hôpital de La Grave (à Toulouse) dont l’origine remonte à la fin du XIIè siècle sous le comte Raimon IV, se vit assigner dans l’histoire le rôle d’isolement des indésirables, soient les mendiants, les enfants trouvés, les invalides, les incurables, les aliénés et les prostituées, et surtout, bien sûr – on aurait pu s’y attendre – les pestiférés. Bien plus tard, il fut le siège de beaucoup plus roses activités : l’école d’accouchement et la maternité. Mais revenons au cours de l’histoire que nous connaissons.

Au milieu du XIVè siècle, la Peste Noire éclata à Toulouse en tuant un tiers des habitants. C’est le plus grand fléau qu’avait connu l’Europe à ce jour : l’épidémie y a fait 30 à 40 millions de morts (parmi 75 millions estimés dans le monde). Or cette calamité fut récurrente pendant plus de quatre siècles. Au début du XVIème une nouvelle vague épidémique fit que cet Hôpital de La Grave fut agrandi et prit pour accueillir les pestiférés le nom d’Hôpital Saint-Sébastien (du nom du saint invoqué pour combattre le fléau). Puis, au début du XVIIè, la plus meurtrière épidémie de peste s’abattrait sur Toulouse.
Le parlement toulousain s’enfuit à plusieurs reprises pour résider à Montauban, Muret,
Lavaur et Grenade, car les riches et les puissants tentaient ainsi d’échapper à la maladie. Dans un livre de Jean-François Gourdou : une biographie intitulée Le Professeur Augier Ferrier et la Reine Catherine de Médicis (chez St Honoré Editions), on apprend que ce personnage, natif de Toulouse, familier et protégé de la reine, avait publié un ouvrage à propos de la peste. Le livre indique des remèdes préconisés contre la grande peste à Toulouse.

Premier remède : « Se retirer tôt, aller loin, revenir tard ». Notons que notre pandémie actuelle mondialisée rend inutile ce genre de fuite ! Le professeur Ferrier ne s’en tient pas là pour autant, il préconise « la préservation », soit fortifier le corps et pratiquer l’hygiène corporelle pour résister à l’infection transmise par l’air ou les aliments. Et de proposer enfin une « Mixtion », mélange d’extraits de plantes qui auraient fait merveille depuis l’antiquité, potion qui n’est pas sans évoquer les nombreux remèdes de « bonne femme » proposés par maint sites sur internet aujourd’hui.

Si le confinement actuel, chacun chez soi, est difficile à supporter tandis que l’hospitalisation est sans doute terrible pour les cas très graves, je laisse à imaginer ce que pouvait être l’isolement musclé dans un ghetto des malades de la peste en ces temps-là. Les murs et grilles encore en place aujourd’hui donnent le ton de la politique du « Grand Renfermement », comme on l’appela, laquelle fait état certes d’une volonté de solution mais montre bien aussi l’impuissance à soigner.

Notons que le siècle d’or toulousain, siècle du pastel qui fit la richesse de gros négociants faisant construire les splendides hôtels particuliers Renaissance que nous connaissons encore, fut aussi celui de guerres de religion qui virent s’affronter les partisans du catholicisme romain et les calvinistes jusqu’aux combats de rue s’ensuivant d’un exode protestant à Montauban et ailleurs. Remarquons cependant qu’au XXIè siècle on n’a rien inventé de plus contre le covid. De même nos masques ne sont-ils en fait que les descendants des grands becs d’oiseau des médecins d’alors.

Sensuivent une série de questions : comment et pourquoi, en notre temps présent, sommes-nous aussi désarmés devant une épidémie qu’on l’était il y a cinq siècles, à la sortie du Moyen-Âge ? Où en est notre médecine où s’évertuent des soignants qui, démunis de moyens de juguler l’infection, préconisent seulement l’isolement ? Où en sont les incompétents et fourbes dirigeants qui non seulement nous laissèrent sans prévention et sans remèdes devant la pandémie mais encore organisèrent la déficience de nos hôpitaux ?
Rendons au moins justice au temps du Professeur cité, on y trouve un
rejet des vieilles idées scolastiques obscurantistes pour rechercher dans l’Antiquité ce qui pouvait renouveler la pensée et l’action. On ne sait si de nos jours l’humanité trouvera la ressource de rejeter l’idéologie économique libérale mondialisée qui nous a conduits tout droit où nous en sommes. On constate pour lors que nous ne sommes capables que de confiner les gens, soit de faire un peu comme jadis, isoler et renfermer pour préserver. En espérant que ce ne soit pas aussi pour mieux régner !

Des applaudissements (chronique diffusée à Radio Mon Pais lundi 23 mars 2020).

Hier soir, des voisins sont sortis à 20 heures dans la rue pour applaudir. Ma compagne m’expliquant que l’on applaudit les personnels soignants pour leurs efforts et leur dévouement, je comprends cela, ils vont devoir donner beaucoup et l’on espère que, si besoin est, ils nous donneront aussi.

Mais je ne peux m’empêcher d’avoir mauvais esprit en pensant à combien de morts et de souffrances auraient été économisées si nos gouvernants, au lieu de s’arc-bouter aveuglément sur leurs réformes cassant le système de services publics issus de la Libération, avaient eu la lucidité, l’énergie et la compétence d’écouter les scientifiques en préparant le pays au fléau. Je note que les asiatiques voisins de la Chine ont bien, eux, su faire face pour limiter à temps les dégâts.

Et du coup j’aimerais que les applaudissements ne soient pas dévoyés dans l’intérêt de ceux qui, même pas pudiques, n’hésitent pas à parler de « guerre » pour tenter de rassembler une union sacrée derrière leur pouvoir amplement ébranlé depuis l’automne.

Applaudir, de applaudere (en latin) signifie : battre des mains, s’emploie pour manifester enthousiasme ou approbation. La pratique des applaudissements existe depuis longtemps (elle est mentionnée dans la bible et relatée dans l’histoire du théâtre romain) comme l’expression d’une satisfaction ou d’une admiration du public pour des acteurs valeureux. Je me souviens d’avoir applaudi à des spectacles de théâtre ou à des matches de sport, plus rarement à des événements sociaux comme à l’arrivée de gens qui vinrent nous aider manuellement ou financièrement dans la rue après la catastrophe d’AZF.

Donc, nous applaudissons les médecins qui soignent pour certains sans masque, les infirmières qui pratiquent jour et nuit, les brancardiers qui s’activent à un travail harassant et risqué, etc, etc. Le spectacle de corporations se dévouant à la cause du peuple et de l’humanité vaut bien des applaudissements en ce monde que l’on a trop fait glisser dans l’égoïsme.

Un ami vient de m’envoyer un tract de la CGT à Nantes qui pose les questions suivantes après la déclaration de guerre de Macron :

«  Où sont les milliards à débloquer d’urgence pour l’hôpital public ? Où sont les moyens pour recruter des soignant.es et pour mieux payer celles et ceux qui sont en première ligne depuis des semaines et pour plusieurs mois ? Où sont les milliards pour les services publics ? »

Ces questions pourraient aussi être posées à Toulouse. Quoique les établissements hospitaliers soient ici grands et compétents, leurs personnels sonnent l’alarme depuis des mois et des années pour manque de crédits et de moyens et restrictions de nombre de lits et de personnel. Or, on prédit un doublement tous les trois jours du nombre de victimes du corona virus dans le pays. Nous n’en sommes pas au Moyen-Âge, pas non plus à la Grande peste qui décima le tiers de la population toulousaine à la Renaissance, mais il est à craindre que l’imprévision et l’impéritie du gouvernement nous fassent vivre des heures terribles.

Alors, j’applaudis si l’on veut quand la nuit tombe, mais autant que possible avec lucidité.

Lawrence Ferlinghetti et Edouard Philippe (Radio Mon Pais 16/12/2019)

Il y a quelques années, Lawrence Ferlinghetti, poète états-unien a reçu le premier Prix international de poésie du Pen Club hongrois. Apprenant que le Premier ministre Viktor Orbon est un commanditaire partiel du prix de 50 000 euros, il refusa le prix au motif que le gouvernement de M. Orban restreint les libertés civiles et la liberté d’expression pour le peuple hongrois.

Ferlinghetti vient d’avoir cent ans et, en poète jadis éditeur de la Beat generation, il reste dressé dans ses rejets et ses aspirations, n’hésitant pas, quoique peu argenté comme sont la majeure part des artistes, à refuser une manne financière par idéal. Aucun rapport, pourrait-on penser, avec le projet de réforme des retraites qui fait l’objet d’un vif mouvement social en France.

Et pourtant siLe poète ne chante pas que la nature (et encore y a-t-il de quoi refuser qu’on la saccage), il stigmatise inégalité et injustice et il appelle à la rébellion. C’est lui qui publia Ginsberg titrant Howl (Hurlement). Or, en contemplant dans l’Huma dimanche un dessin d’humour où le 1er ministre Edouard Philippe déclare : « Je vous ai entendus… mais j’en ai rien à foutre ! » me viennent en pensée quelques réflexions.

Tout d’abord, si l’ironie garde un pouvoir de conviction ou du moins de suspicion, la poésie à disparu de nos médias politiques, peut-être aussi des autres. Ensuite, quand les dirigeants font fi de l’avenir, ils dénotent un désastre énorme de civilisation qui sacrifie ses générations futures. Enfin, à quel point l’humanité tombe-t-elle si bas qu’elle se donne des dirigeants qui n’ont cure du sort de leurs propres enfants et de leurs descendants ?

Avis aux amateurs, le poète Ferlinghetti déclare :

« Si vous êtes poète, créez des œuvres capables de répondre au défi de
temps apocalyptiques, même si ce sens semble apocalyptique.
Vous êtes Whitman […] vous êtes Emily Dickinson […] vous êtes Neruda et Maïakovski et Pasolini, vous êtes un Américain ou un non-Américain, vous pouvez conquérir les conquérants avec des mots. »

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