Francis Pornon

Ecrivain

Catégorie : Réactions aux actualités (page 1 of 2)

LA GRAVE ET LA PESTE (Chronique sur RMP le 06/04/2020)

L’ex-hôpital de La Grave (à Toulouse) dont l’origine remonte à la fin du XIIè siècle sous le comte Raimon IV, se vit assigner dans l’histoire le rôle d’isolement des indésirables, soient les mendiants, les enfants trouvés, les invalides, les incurables, les aliénés et les prostituées, et surtout, bien sûr – on aurait pu s’y attendre – les pestiférés. Bien plus tard, il fut le siège de beaucoup plus roses activités : l’école d’accouchement et la maternité. Mais revenons au cours de l’histoire que nous connaissons.

Au milieu du XIVè siècle, la Peste Noire éclata à Toulouse en tuant un tiers des habitants. C’est le plus grand fléau qu’avait connu l’Europe à ce jour : l’épidémie y a fait 30 à 40 millions de morts (parmi 75 millions estimés dans le monde). Or cette calamité fut récurrente pendant plus de quatre siècles. Au début du XVIème une nouvelle vague épidémique fit que cet Hôpital de La Grave fut agrandi et prit pour accueillir les pestiférés le nom d’Hôpital Saint-Sébastien (du nom du saint invoqué pour combattre le fléau). Puis, au début du XVIIè, la plus meurtrière épidémie de peste s’abattrait sur Toulouse.
Le parlement toulousain s’enfuit à plusieurs reprises pour résider à Montauban, Muret,
Lavaur et Grenade, car les riches et les puissants tentaient ainsi d’échapper à la maladie. Dans un livre de Jean-François Gourdou : une biographie intitulée Le Professeur Augier Ferrier et la Reine Catherine de Médicis (chez St Honoré Editions), on apprend que ce personnage, natif de Toulouse, familier et protégé de la reine, avait publié un ouvrage à propos de la peste. Le livre indique des remèdes préconisés contre la grande peste à Toulouse.

Premier remède : « Se retirer tôt, aller loin, revenir tard ». Notons que notre pandémie actuelle mondialisée rend inutile ce genre de fuite ! Le professeur Ferrier ne s’en tient pas là pour autant, il préconise « la préservation », soit fortifier le corps et pratiquer l’hygiène corporelle pour résister à l’infection transmise par l’air ou les aliments. Et de proposer enfin une « Mixtion », mélange d’extraits de plantes qui auraient fait merveille depuis l’antiquité, potion qui n’est pas sans évoquer les nombreux remèdes de « bonne femme » proposés par maint sites sur internet aujourd’hui.

Si le confinement actuel, chacun chez soi, est difficile à supporter tandis que l’hospitalisation est sans doute terrible pour les cas très graves, je laisse à imaginer ce que pouvait être l’isolement musclé dans un ghetto des malades de la peste en ces temps-là. Les murs et grilles encore en place aujourd’hui donnent le ton de la politique du « Grand Renfermement », comme on l’appela, laquelle fait état certes d’une volonté de solution mais montre bien aussi l’impuissance à soigner.

Notons que le siècle d’or toulousain, siècle du pastel qui fit la richesse de gros négociants faisant construire les splendides hôtels particuliers Renaissance que nous connaissons encore, fut aussi celui de guerres de religion qui virent s’affronter les partisans du catholicisme romain et les calvinistes jusqu’aux combats de rue s’ensuivant d’un exode protestant à Montauban et ailleurs. Remarquons cependant qu’au XXIè siècle on n’a rien inventé de plus contre le covid. De même nos masques ne sont-ils en fait que les descendants des grands becs d’oiseau des médecins d’alors.

Sensuivent une série de questions : comment et pourquoi, en notre temps présent, sommes-nous aussi désarmés devant une épidémie qu’on l’était il y a cinq siècles, à la sortie du Moyen-Âge ? Où en est notre médecine où s’évertuent des soignants qui, démunis de moyens de juguler l’infection, préconisent seulement l’isolement ? Où en sont les incompétents et fourbes dirigeants qui non seulement nous laissèrent sans prévention et sans remèdes devant la pandémie mais encore organisèrent la déficience de nos hôpitaux ?
Rendons au moins justice au temps du Professeur cité, on y trouve un
rejet des vieilles idées scolastiques obscurantistes pour rechercher dans l’Antiquité ce qui pouvait renouveler la pensée et l’action. On ne sait si de nos jours l’humanité trouvera la ressource de rejeter l’idéologie économique libérale mondialisée qui nous a conduits tout droit où nous en sommes. On constate pour lors que nous ne sommes capables que de confiner les gens, soit de faire un peu comme jadis, isoler et renfermer pour préserver. En espérant que ce ne soit pas aussi pour mieux régner !

Des applaudissements (chronique diffusée à Radio Mon Pais lundi 23 mars 2020).

Hier soir, des voisins sont sortis à 20 heures dans la rue pour applaudir. Ma compagne m’expliquant que l’on applaudit les personnels soignants pour leurs efforts et leur dévouement, je comprends cela, ils vont devoir donner beaucoup et l’on espère que, si besoin est, ils nous donneront aussi.

Mais je ne peux m’empêcher d’avoir mauvais esprit en pensant à combien de morts et de souffrances auraient été économisées si nos gouvernants, au lieu de s’arc-bouter aveuglément sur leurs réformes cassant le système de services publics issus de la Libération, avaient eu la lucidité, l’énergie et la compétence d’écouter les scientifiques en préparant le pays au fléau. Je note que les asiatiques voisins de la Chine ont bien, eux, su faire face pour limiter à temps les dégâts.

Et du coup j’aimerais que les applaudissements ne soient pas dévoyés dans l’intérêt de ceux qui, même pas pudiques, n’hésitent pas à parler de « guerre » pour tenter de rassembler une union sacrée derrière leur pouvoir amplement ébranlé depuis l’automne.

Applaudir, de applaudere (en latin) signifie : battre des mains, s’emploie pour manifester enthousiasme ou approbation. La pratique des applaudissements existe depuis longtemps (elle est mentionnée dans la bible et relatée dans l’histoire du théâtre romain) comme l’expression d’une satisfaction ou d’une admiration du public pour des acteurs valeureux. Je me souviens d’avoir applaudi à des spectacles de théâtre ou à des matches de sport, plus rarement à des événements sociaux comme à l’arrivée de gens qui vinrent nous aider manuellement ou financièrement dans la rue après la catastrophe d’AZF.

Donc, nous applaudissons les médecins qui soignent pour certains sans masque, les infirmières qui pratiquent jour et nuit, les brancardiers qui s’activent à un travail harassant et risqué, etc, etc. Le spectacle de corporations se dévouant à la cause du peuple et de l’humanité vaut bien des applaudissements en ce monde que l’on a trop fait glisser dans l’égoïsme.

Un ami vient de m’envoyer un tract de la CGT à Nantes qui pose les questions suivantes après la déclaration de guerre de Macron :

«  Où sont les milliards à débloquer d’urgence pour l’hôpital public ? Où sont les moyens pour recruter des soignant.es et pour mieux payer celles et ceux qui sont en première ligne depuis des semaines et pour plusieurs mois ? Où sont les milliards pour les services publics ? »

Ces questions pourraient aussi être posées à Toulouse. Quoique les établissements hospitaliers soient ici grands et compétents, leurs personnels sonnent l’alarme depuis des mois et des années pour manque de crédits et de moyens et restrictions de nombre de lits et de personnel. Or, on prédit un doublement tous les trois jours du nombre de victimes du corona virus dans le pays. Nous n’en sommes pas au Moyen-Âge, pas non plus à la Grande peste qui décima le tiers de la population toulousaine à la Renaissance, mais il est à craindre que l’imprévision et l’impéritie du gouvernement nous fassent vivre des heures terribles.

Alors, j’applaudis si l’on veut quand la nuit tombe, mais autant que possible avec lucidité.

Lawrence Ferlinghetti et Edouard Philippe (Radio Mon Pais 16/12/2019)

Il y a quelques années, Lawrence Ferlinghetti, poète états-unien a reçu le premier Prix international de poésie du Pen Club hongrois. Apprenant que le Premier ministre Viktor Orbon est un commanditaire partiel du prix de 50 000 euros, il refusa le prix au motif que le gouvernement de M. Orban restreint les libertés civiles et la liberté d’expression pour le peuple hongrois.

Ferlinghetti vient d’avoir cent ans et, en poète jadis éditeur de la Beat generation, il reste dressé dans ses rejets et ses aspirations, n’hésitant pas, quoique peu argenté comme sont la majeure part des artistes, à refuser une manne financière par idéal. Aucun rapport, pourrait-on penser, avec le projet de réforme des retraites qui fait l’objet d’un vif mouvement social en France.

Et pourtant siLe poète ne chante pas que la nature (et encore y a-t-il de quoi refuser qu’on la saccage), il stigmatise inégalité et injustice et il appelle à la rébellion. C’est lui qui publia Ginsberg titrant Howl (Hurlement). Or, en contemplant dans l’Huma dimanche un dessin d’humour où le 1er ministre Edouard Philippe déclare : « Je vous ai entendus… mais j’en ai rien à foutre ! » me viennent en pensée quelques réflexions.

Tout d’abord, si l’ironie garde un pouvoir de conviction ou du moins de suspicion, la poésie à disparu de nos médias politiques, peut-être aussi des autres. Ensuite, quand les dirigeants font fi de l’avenir, ils dénotent un désastre énorme de civilisation qui sacrifie ses générations futures. Enfin, à quel point l’humanité tombe-t-elle si bas qu’elle se donne des dirigeants qui n’ont cure du sort de leurs propres enfants et de leurs descendants ?

Avis aux amateurs, le poète Ferlinghetti déclare :

« Si vous êtes poète, créez des œuvres capables de répondre au défi de
temps apocalyptiques, même si ce sens semble apocalyptique.
Vous êtes Whitman […] vous êtes Emily Dickinson […] vous êtes Neruda et Maïakovski et Pasolini, vous êtes un Américain ou un non-Américain, vous pouvez conquérir les conquérants avec des mots. »

« J’ACCUSE » : FEMINISME OU FASCISME ? (Radio Mon Pais le 18/11/2019)

Amertume des informations certains petits matins : un groupe de femmes vient d’empêcher la projection du film J’accuse de Roman Polanski aux cris de « Assez d’impunité ! » etc. Sachant qu’une nouvelle personne accuse publiquement le réalisateur de viol, j’avoue que me dégoûtent les rapaces qui profitent de proies offertes à leur domination. En général il s’agit d’hommes riches ou puissants et de femmes faibles dans une situation d’incapacité à résister ou bien d’espérer profiter de leur infortune. Pour moi, l’amour étant sacré, il faut juger et punir ceux qui le criminalisent. Polanski comme les autres. De même qu’il faut tâcher de mettre fin aux mauvais traitements que certains mâles infligent à leurs compagnes.

Je ne puis m’empêcher pourtant de constater que, depuis quelques années, des femmes rencontrent les grandes oreilles des médias grand ouvertes pour faire qualifier tout homme de « porc », à « balancer » aux deux sens du mot.

Cette affaire du film dont on interdit la projection a en tout cas bien mauvaise odeur. Elle pue l’esprit d’intolérance et de dictature, j’ai failli écrire : le fascisme où l’on fait censurer la création artistique, sous des prétextes quelconques, souvent moraux.

Je n’ai pas encore vu le film qui vient sans doute à propos pour tâcher de faire apparaître le réalisateur sous un jour plus positif. Mais si l’on garde un peu son sang froid, on peut convenir qu’un film sur l’Affaire Dreyfus n’est pas de trop (il y en a encore fort peu) surtout au temps où les vagues de racisme se multiplient.

De plus, ce n’est jamais un bon jugement que de tout mélanger, la personnalité de l’auteur et la valeur de son œuvre entre autres. On sait comment Ferdinand Céline, salaud raciste notamment antisémite, a pu écrire un des plus grands livres de son siècle : Voyage au bout de la nuit. Et les écrans débordent de navets convenus, tiédasses ou nauséabonds, pondus par des auteurs tenus pour respectables.

Alors, un peu de jugeote, s’il vous plaît ! Et vous, mesdames aux bons sentiments, qui voulez faire interdire un film en vous présentant pour certaines les seins nus, il en est qui vous diraient : un peu de tenue ! Je vous dis quant à moi : un peu d’humanisme !

DOUCE FRANCE (paru dans L’Huma le 06/09/2019)

Je roule dans la Vallée verte (au-dessus de Lac Léman), quand j’entends derrière moi un klaxon à
deux tons bien connus. Dans mon rétroviseur des gyrophares bleus. La police ! Un véhicule bleu
marine me double et me barre le passage tandis qu’un deuxième véhicule identique me coince par
l’arrière. Avec les klaxons et les feux clignotants, je me trouve soudain en plein polard.
Plusieurs policiers en tenue avec gilets pare-balles, m’intiment des ordres : « Coupez le moteur,
mains sur le volant ! Sortez du véhicule, posez les mains levées sur la carrosserie pour la fouille ! »
Ils me palpent, inspectent la voiture, examinent mes papiers en interrogeant je ne sais quoi par un
téléphone mobile tandis qu’un grand gaillard costaud se tient sans équivoque devant moi. Premières
formalités accomplies, on me demande de justifier ma présence à cet endroit. Le polard continue.
Après une randonnée matinale, j’ai décidé de profiter de l’après-midi pour chercher un gîte en cette
vallée afin d’y séjourner prochainement en famille. Muni d’une documentation sur des chalets
locatifs municipaux, je voulus me rendre compte de visu. Là, deux personnes locataires me firent
successivement, obligeamment et m’a-t-il semblé, avec plaisir, visiter deux des types de chalets ;
afin de solliciter des renseignements je me dirigeai vers deux jeunes femmes à l’entrée d’un
troisième type d’établissement, lesquelles me répondirent peu aimablement et, m’a-t-il semblé, sans
plaisir.
Les policiers me demandant pourquoi mon épouse ne m’accompagne pas, je réponds qu’elle garde
nos petites filles et je dois encore préciser où et pourquoi. Mais le film tourne court et il faut bien se
rendre à l’évidence, « il s’agit d’une méprise », comme conclut le gradé. Ils me laissent alors
repartir en me conseillant d’un ton presque patelin de ne pas oublier ma ceinture, en me souhaitant
quand même bonne chance dans ma recherche. Du coup, je me permets de demander si on les a fait
venir de loin pour tout ça, ce à quoi le géant me répond qu’ils ne sont pas loin…
Aucune remarque a posteriori au sujet de la police, sinon qu’elle faisait son travail, avec un entrain
toutefois non modéré. On me pardonnera un sentiment à propos des deux dames qui , ainsi que les
fonctionnaires me laissèrent entendre, ont appelé cette police pour signaler un suspect. Sans doute,
retour de randonnée, pas rasé ni douché, je n’affichais pas mes qualités de romancier et de
professeur en retraite, encore moins celles de grand-père en quête de villégiature pour les siens. Je
subodore toutefois qu’un grand nordique blond, genre aryen par exemple, eût mieux rassuré que
moi même avec mon visage hâlé et ma petite stature de méditerranéen.
La plaque de la voiture de ces honnêtes femmes, immatriculée en 71, me laisse en outre rêveur,
s’agissant du département d’origine de mon grand père paternel, la Saône et Loire. Car je ne sache
pas qu’il existe en cette France profonde de mégapole où elles auraient pu affronter des foules
d’immigrés inquiétants. Au bout du compte, si ces dames sont de celles qui souhaitent une
lepénisation de la France, elles peuvent se tranquilliser. Cela semble en cours.

Etranger… (chronique à RMP le 08/07/2019)

Ayant depuis des années le plaisir d’évoquer des lieux à cette antenne de Radio Mon Pais, j’évoque pour une fois une personne… La mienne ! Rassurez-vous, je ne m’élève pas au rang des personnalités historiques emblématiques de Toulouse. Car en fait, c’est plutôt d’un ancêtre que je veux parler, ainsi que d’un doute qui me hante : suis-je bien Français de souche et en droit de résider dans l’hexagone ?

Un fait récent m’a mis la puce à l’oreille : l’interdit du sauvetage de migrants étrangers et l’emprisonnement de la capitaine courage d’un navire sauveteur, ce avant qu’un juge déclare illégitime cet emprisonnement. Je me demande si la notion de solidarité envers l’homme en détresse, principe en vigueur partout et toujours sur la terre, est soudain rendue vide de sens, et ce pourquoi ? Que faut-il pour avoir droit au qualificatif d’ « HUMAIN » libre et égal en droit aux autres ainsi que le dit l’esprit de la « déclaration universelle des droits de l’être humain » ?

Par suite, si, comme il découle d’une interdiction de vie sur le territoire, il est des gens plus humains que d’autres, je me demande si je suis d’un côté ou de l’autre et donc si, à l’insu de mon plein gré, je ne serais pas moi-même étranger à ce monde. On connaît la réponse de Camus, alors qu’il vivait en Algérie où je vécus moi-même bien après, là où Albert se reconnaissait mal dans « un peuple sans passé » et où il conçut L’Etranger. Là-bas, les résidents d’origine dite européenne durent d’ailleurs choisir lors de l’indépendance algérienne : être français et/ou être étranger.

On sait – mais le sait-on toujours ? – que la France est ainsi peuplée de gens dont bien peu naquirent de peuplades autochtones et dont la majorité descend de ceux qui choisirent d’en être au fur et à mesure des exils : Polaks, Ritals, Espingouins, Bougnoules, Portos, j’en passe et des meilleurs, plus actuels comme le fameux plombier polonais. « Nos ancêtres les Gaulois » doit donc être complété par les Romains, les Celtes, les Ibères, les Wisigoths, les Arabes, etc. etc.

Or, il est des cas où l’on ne peut choisir. Mon arrière-grand-père maternel, nommé Grininger était Alsacien. L’Alsace devenue allemande en 1870, il ne voulut pas choisir la nationalité allemande et n’eut donc pour tout choix que de quitter son pays et de demander asile en ce qui restait de la France. Par bonheur, on lui accorda avec compassion le droit d’y résider, ce fut d’abord en Auvergne septentrionale, dans le bassin minier de Commentry, lui qui avait été propriétaire terrien en Alsace. On imagine le dépaysement et, bien qu’il maniât la langue française avec un fort accent gorgé de bière et de choucroute, je ne pense pas qu’il aurait apprécié d’être qualifié d’étranger.

Alors, moi qui suis son descendant (et qui vécus d’ailleurs outremer quelques années), suis-je bien de pure souche ? Ne risqué-je pas d’affronter les services de l’administration tatillonne et dans le vent des premiers de cordée ? Pour finir, si d’aventure un de mes petits-enfants se noie un jour, ne lui refusera-t-on pas la main pour le hisser sur la berge ?

La question se complique si l’on se demande à partir de quand est-on de pure souche ? Combien de générations faut-il et finalement combien de siècles d’ancienneté faut-il arborer ? On frôlera le ridicule en se demandant par exemple si étaient bien français Alexandre Dumas, Camus ou Apollinaire, Gambetta ou Valls… et tant d’autres.

C’est évidemment que ces questions sont philosophiquement dénuées de sens, ainsi que bien des déclarations de ceux qui en usent. Ce qui compte, c’est la nature humaine, l’être humain quel qu’il soit et de quelle origine sociale ou géographique qu’il soit, être humein reconnu comme égal aux autres et en droit de vivre et de résider partout sur cette terre.

Et alors, mesdames et messieurs les apprentis sorciers qui jouez – si l’on peut user de ce mot pour qualifier des crimes de sang lorsqu’on laisse noyer des migrants – vous qui jouez donc avec la crédulité et l’indisponibilité des citoyens européens inquiets, mesdames et messieurs qui refusez l’asile et l’aide aux femmes et aux hommes, et encore aux vieillards et aux enfants, non seulement vous êtes dans l’illégalité mais encore dans l’inhumanité et l’amoralité, et enfin dans l’irrespect des traditions d’accueil et d’entraide.

Pour finir, je me demande au fond si j’ai bien fait de naître en cette terre et d’en être automatiquement français. Parce que, figurez-vous, moi, je me sens ici étranger !

COUP DE SANG A RADIO MON PAIS

INCONSCIENTS ! (billet prononcé au micro à l’émission “Excusez-moi de vous interrompre” le 27/05/2019):

Inconscient M. Brossat, inconscient Mme Aubry, inconscient M. Gluksman, inconscient M. Hamon, inconscients Mesdames et Messieurs les candidats et responsables des partis de gauche authentique ! Je ne suis pas plus malin qu’un autre, mais la première chose que j’ai apprise en politique quand, jeune étudiant à Toulouse, j’adhérai aux Etudiants communistes : c’est qu’on gagne à l’union et on perd à la division. Après le bon résultat des présidentielles pour la vraie gauche, la division donne maintenant le résultat qu’on sait. Comment, alors que c’était prévu, a-t-on pu s’obstiner dans les états majors politiques à vouloir se montrer chacun le meilleur en entrouvrant la tombe du mouvement révolutionnaire dans le grand pays des droits de l’homme ? J’avoue que c’est un mystère pour moi. Sans doute on ne veut plus de la compromission sociale-démocrate qui a fait le lit du capitalisme libéral mondialisé. Sans doute on ne veut plus jouer aux apprentis sorciers en préférant sauver des postes d’élus dans une glissade fatale. Sans doute a-t-on cru devoir éviter le pire, le « fascisme », en votant ce qui est vu comme moins pire, Macron et compagnie, alors que les mêmes commencent à nous donner du fascisme clandestin. Mais franchement, Mesdames et Messieurs, quel est le résultat ? Notre grand pays qui fut le phare européen et même mondial des humanistes et des révolutionnaires, se donne un parti xénophobe et d’extrême droite comme dominant ! En l’état des choses, je ne voulais voter ni Parti communiste, ni France insoumise, ni Socialiste. C’est ma petite-fille qui, allant voter pour la première fois, m’a convaincu qu’on ne renonce pas à un droit de vote conquis durement par nos aïeux. J’ai alors voulu sauver le plus faible en votant Brossat, pour qu’il atteigne les 5°/°. Je l’ai fait sans illusion, mais avec colère. Ma colère est grande, et ma peine est encore plus grande à voir que la France n’envoie pas de communistes au parlement européen. Mesdames et Messieurs, les jeunes veulent vivre un monde propre au climat et en politique, ils ont sanctionné et même montré du dégoût pour la politique traditionnelle, pour le monde tel qu’il est. Jusqu’à quand resterez-vous convaincus que vous avez seuls raison dans le naufrage ? Jusqu’à la fin resterez-vous aveugles et sourds ? Il ne me reste que peu d’années à vivre, s’il vous plaît, faites-moi mentir !

Notre Dame et Miraval

Notre-Dame de Paris est évidemment un symbole, celui de l’idéologie de bien des gens depuis bien des temps, de la compétence admirable d’architectes, du travail tout aussi admirable de compagnons, de la puissance de l’Église, du pouvoir d’attraction touristique de Paris, de la littérature et du cinéma français, etc. La récupération de l’émotion par un président qui en profite pour privatiser et politiser l’aide à la reconstruction, c’est un symbole aussi. J’entends que pas mal de citoyens s’émeuvent des sommes parfois coquettes versées alors qu’ils ne parviennent pas à réunir le nécessaire à la réfection de leur propre église en « province ». Hé oui, M. Macron pense toujours aux premiers de cordée ! Mais les gilets jaunes, eux, ils sont sur les ronds points de trous perdus entre une voie de chemin de fer qu’on abandonne, un hôpital qu’on ferme et une église qu’on laisse en ruines, sans pognon pour le carburant qu’il faudrait afin de bosser à la ville voisine. Ne parlons pas d’un château médiéval qui vit naître un troubadour ! Hé si, au fait, parlons-en, de ce berceau d’un gentil poète nommé Raimon de Miraval ! Il naquit dans la Montagne noire au-dessus de Carcassonne et passa sa vie à chanter en occitan l’amour dit « courtois », celui qui respecte et adule les femmes et duquel l’amour dont on parle aujourd’hui descend, si bien que dans La Leçon de Riberac, Louis Aragon déclare : « Cette morale de l’amour est le prélude des idées qui feront plus tard de la France le flambeau du monde. » Et alors, quant à moi je suis triste de contempler à l’abandon l’embryon de muraille misérable du petit château de ce poète-chanteur à qui nous devons l’éclosion oubliée mais qui reste profond en nos gènes, celle de l’amour comme valeur suprême résumée en deux vers : « D’Amor es totz mos cossiriers/ Per qu’ieu no cossir mas d’Amor ;… » D’Amour est toute ma pensée/ je ne me soucie que d’Amour…

HOUELLEBECQ : un phénomène (Radio Mon Pais le 28/01/2019)

Que dire d’un phénomène « littéraire » avant de l’avoir lu ? Le roman “Sérotonine” de Houellebecq est tiré à 320 000 exemplaires. Sachant qu’un tirage moyen en France plafonne à 5 000 exemplaires, que penser de cela ? L’auteur révélé en 1994 avec “Extension du domaine de la lutte” publié chez Maurice Nadeau, aura franchi la barre des 200 000 avec “Les particules élémentaires” et celle des 800 000 avec “Soumission”. La bataille des chiffres peut être dérisoire comme à propos des gilets jaunes qui, plus ou moins nombreux selon les samedis n’en sont pas moins le signe d’un mal social profond et durable.

A propos de littérature, sachons qu’un auteur débutant moyen a des chances d’être vendu à seulement quelques centaines d’exemplaires et que, au terme d’une carrière d’auteur méconnu mais sérieux, quelques milliers d’écrivains en France, dont votre serviteur, se réjouissent parfois de passer la barre des mille exemplaires. Il est donc aussi un phénomène de monopole touchant la littérature autant que l’alimentation, les sodas et les machines à laver.

Que penser alors du contenu ? Que dire des éloges dithyrambiques comme des rejets épidermiques des livres d’un tel auteur ? Un peu troublé et irrité d’une comparaison avec Céline, proférée par qui aurait sans doute intérêt à relire ce dernier, voire d’une évocation de la stature d’un Hugo par qui devrait arrêter la prise d’anti-dépresseurs euphorisants, je refusais d’ajouter une vente au score déjà pharaonique du livre.

Mais un ami ayant bien voulu me prêter l’ouvrage, je vous promets de lire “Sérotonine” pour bientôt vous proposer mon sentiment.

Sursis pour l’Occitanie « féministe » (“L’HUMANITE” 07/09/2018)

Eté 1218 : Il y a huit siècles se jouait au siège de Toulouse le sort de l’Occitanie indépendante avec ses particularités, dont une condition féminine qu’on pourrait dire « libérée » avant l’heure, du moins parmi la noblesse.

Après l’invasion par une Croisade sur injonction papale et accomplie par des barons à la fois fanatiques et cupides, les troupes du Comte de Toulouse, alliées à celles du roi d’Aragon et à la milice populaire toulousaine, avaient perdu en 1213 la bataille de Muret, ce qui sonnait la fin de l’essor d’un Sud prospère tentant de s’unir. Pourtant le monde occitan, dominé par les puissants comtes de Toulouse, avait alors pour hérauts les troubadours, poètes de protestation et d’amour qui chantaient en langue d’Oc dans toute l’Europe occidentale la valeur de la fin’amor (amour courtois) et le mérite des dames qui le pratiquaient tout en jouissant, en plein Moyen-Âge, d’une condition remarquable où elles pouvaient régner, hériter et profiter d’une indépendance vis-à-vis de leurs époux.

On connaît l’exemple d’Eléonore d’Aquitaine qui marqua son siècle (le XIIème) mais on pourrait citer aussi Azalaïs de Toulouse, mécène également, fille du comte Raimon V et dite aussi « Azalaïs de Burlatz » car elle résida dans la citadelle de Burlatz près de Castres et non chez son mari le vicomte Rogier II de Carcassonne.

Or, le comte Raimon VI – frère d’Azalaïs – qui avait dû fuir après la défaite de Muret, rentra avec son fils dans Toulouse occupée par la troupe des croisés et la population massacra la garnison française tandis que le chef croisé Simon de Montfort combattait dans la vallée du Rhône. Ce dernier revint entamer un siège de la ville. C’est alors qu’une machine de jet actionnée par un groupe de femmes, lança dans sa direction une pierre telle que le casque de Montfort explosa en même temps que son crâne. Après ce fait dont Toulouse vient de commémorer le huit-centième anniversaire, son fils et son épouse levèrent le siège de la ville pour battre en retraite.

Raimon VI et son fils Raimon VII allaient lancer par la suite la reconquête progressive de l’essentiel de leurs terres. Mais ces victoires ne feront que retarder l’annexion du vaste domaine des comtes de Toulouse. La vicomté de Béziers, d’Albi et de Carcassonne bientôt rattachée au domaine royal au cours de la croisade du roi Louis VIII, « Le Lion », le comté de Toulouse entrerait dans l’apanage du prince capétien Alphonse de Poitiers (frère de Saint-Louis et gendre de Raymond VII), puis serait rattaché à la Couronne en 1271.

Ainsi, avant la restriction de sa langue comme peau de chagrin, se délitait le monde occitan et sa culture, avec un coup d’arrêt pour de longs siècles à l’émancipation et aussi à la valorisation féminine que l’on ne verrait ressurgir que bien longtemps après…

« Azalaïs de Boisanson / Fait son prix meilleur que bon » (Raimon de Miraval).

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