Ecrivain

Catégorie : Réactions aux actualités (Page 1 of 9)

TOULOUSE : « VILLE CINEPHILE » 1 (RMP 23/05/2022)

Il était une fois des amoureux de cinéma à Toulouse, qui en animèrent la vie intellectuelle. Les locaux du 69 rue du Taur respirent cette passion depuis qu’à la Libération la ville fut marquée par un enthousiasme cinéphile, pas seulement spectateur. Après un éphémère ciné-club du Comité national des intellectuels (avec Charles Pornon*) rue des Trois journées, se développa une vague de ciné-clubs d’adultes (avec Marcel Tariol) et de la jeunesse (avec Roger Clerc) en diverses salles, entre autres celle de L’Espoir, ici-même.

Fondée en 1964 par des passionnés autour de Raymond Borde*, la Cinémathèque de Toulouse projeta de même d’abord dans l’ancienne salle de L’Espoir et aussi au CRDP rue Roquelaine. Se créa également un groupe de producteurs et réalisateurs de courts-métrages hors circuit commercial : les « Cinéastes indépendants » dont la cinémathèque conserve des archives et les productions qu’elle a numérisées et projette à l’occasion. Inaugurée en février 1997 en ce lieu, cette Cinémathèque de Toulouse assure des projections, rencontres, expositions, activités éducatives et culturelles, ainsi que la bibliothèque dans l’ancienne chapelle du Collège, et aussi (dans des locaux annexes à Balma), la conservation des films et de documents annexes. Une des principales cinémathèques d’Europe, elle organise ou héberge divers festivals tels Cinespaña et Cinelatino). Tél. 05 62 30 30 10.

* Charles Pornon  (1917-1965) cinéaste, essayiste enseignant en esthétique du cinéma, président des Cinéastes indépendants ; Raymond Borde (1920-2004) : critique de cinéma, fondateur et conservateur de la cinémathèque de Toulouse.

(extrait de Toulouse, petits secrets et grandes histoires ; guide du promeneur curieux,) qui vient de paraître aux éd. Sud-Ouest.

A propos de la cinémathèque de Toulouse, j’invite aujourd’hui : Guy-Claude Rochemont : Professeur d’anglais, élève des lycées Fermat et Bellevue, il fut membre actif dès les petites classes du mouvement des ciné-clubs de Toulouse et participa à la création de la salle d’Art et d’Essai ABC. Co-fondateur de la Cinémathèque de Toulouse, il en fut le président et siège aujourd’hui au Conseil d’administration. Par ailleurs, il intervient auprès des lycéens, des salles et des festivals.

Cher Guy, nous vous avions déjà invité il y a quelques années. Nous aimerions évoquer maintenant avec vous l’histoire et la dimension de cette cinémathèque de Toulouse. Mais j’ai d’abord envie de vous poser cette question : quoi de neuf dans le cinéma à Toulouse ?

L’utopie et son contraire (RMP 11/04/2022) :

Les encyclopédies nous enseignent que l’utopie, mot forgé par l’anglais Thomas More dont le livre est titré : L’Utopie, du grec οὐ-τόπος « en aucun lieu ». Il s’agit d’une représentation d’une société idéale, opposée aux sociétés réelles imparfaites. Sont aussi des exemples d’utopie : la Callipolis de Platon, l’Eldorado de Voltaire dans Candide ou encore le bonheur et l’harmonie à l’abbaye de Thélème dans Gargantua de Rabelais.

C’est de même, me semble-t-il, que fut décrit un futur à l’Est dans de nombreuses publications au XXè siècle, faisant notamment d’une URSS future améliorée, un paradis sur terre. Peut-être peut-on comprendre ainsi (et a contrario) le succès d’un candidat sur un électorat orphelin de l’utopie communiste. En l’absence de grands projets sociaux en rupture avec la logique économique actuelle, quel soulagement d’entendre promettre la possibilité d’un bonheur simple tout de suite et ce dit justement par le représentant d’un parti orphelin d’utopie !

Mais une utopie peut désigner également une réalité difficilement admissible : en ce sens, qualifier quelque chose d’utopique consiste à le disqualifier en le considérant comme irréalisable. Cette contradiction qui fait varier la définition entre texte littéraire à vocation politique et rêve irréaliste, atteste de l’opposition entre deux croyances, l’une en la possibilité de réfléchir sur le réel par une représentation fictionnelle, l’autre sur la dissociation radicale du rêve et de l’acte, de l’idéal et du réel. En termes simples, «utopique» peut signifier soit : idéal, soit irréalisable !

Aujourd’hui, hommes et femmes politiques se situent ailleurs qu’en rapport à une utopie. La plupart agissent tacitement comme si les modèles des Lumières, régimes humanistes et égalitaires, semblant récusés dans les faits, l’étaient aussi forcément en théorie. Ce qui justifierait la politique de bouche-trou qu’on nomme realpolitik. Plus, toute tentative de concevoir un autre système politique et idéologique est conçue comme utopique, au sens de pas sérieux ou du moins pas possible.

L’étonnant est que ces dirigeants se comportent comme si n’existait pas la menace de plus en plus pressante du monde en proie à une dégradation qui compromet l’avenir même proche pour tous. Ainsi, qui se veut réaliste est en fait irréaliste puisque passant à côté de la réalité la plus grave et à la fois urgente, autant et plus encore que la misère et même que la guerre.

Comment expliquer ce déficit étrange d’audace politique, voire même cette incapacité à comprendre pour changer ? Certes, la défaite et la duplicité du « socialisme » prôné par les partis communistes dans les ex-pays de l’Est en sont-ils probablement un facteur déterminant. Il faut toutefois y ajouter les expériences dites socialistes, en France notamment.

Ainsi assiste-t-on paradoxalement à une vacuité de projet différent, doublé pourtant d’un refus du système actuel. S’il n’y rien de nouveau maintenant à l’Est, il n’y en a pas davantage ailleurs… alors, le champ est libre pour des tours de passe-passe, manipulations idéologiques élevant des boucs émissaires et des dangers imaginaires afin de détourner les énergies. Dans ces manipulations d’extrême-droite, voire simplement de droite, la navrance remplace l’espérance.

Pour le sourire, le parti communiste ayant renoncé à se référer à une société, sinon modèle du moins meilleure, il se contente de propositions ressorties du vieil arsenal de cette grande organisation qui jadis pensa et agit tant pour l’intérêt des citoyens. C’est ainsi qu’il propose la pratique de l’apéro et celle du steak en famille, programme baptisé « les jours heureux ».

Le sourire se fige pourtant, si l’on tient compte des prédictions renouvelées du GIEC : l’humanité, d’ores et déjà « très vulnérable » (avec une augmentation de 1,5 degré, frappée par des canicules, sécheresses, tempêtes et inondations qui se multiplient), en cas de non-changement de système, elle va subir un réchauffement de + 3,2 °C d’ici à la fin du siècle, soit un bouleversement difficile à décrire mais à coup sûr catastrophique.

C’est ainsi que, tandis que les candidats préconisent des mesurettes, ou généreuses ou exclusives, en lieu et place d’utopie, paraissent des romans dits de « dystopie », soit prédisant des fléaux terribles et inéluctables. J’avoue ne les lire qu’avec crainte, et ne même pas oser en recommander la lecture à mes petits-enfants.

LE « PHILOSOPHE ROI » : JAURES  AU CONGRES DE TOULOUSE :(RMP 04/04/2022) :

Le « philosophe roi » est un concept de la philosophie politique de Platon. Selon lui, celui qui dirige la Cité doit être un philosophe, seul à même de bien diriger, ce que peut-être illustra Jean Jaurès en son temps.

Au micro de Radio Mon Pais, je reçois : Rémy Pech, Président honoraire de l’Université Jean-Jaurès, à l’occasion de la parution du livre : Toulouse 1908 LE CONGRES POUR L’UNITE SOCIALISTE, qui eut lieu dans la salle du réfectoire des Jacobins. Sur une collection de cartes postales originales éditées à l’occasion du congrès, toutes reproduites dans l’ouvrage, on peut reconnaître certaines des figures emblématiques de militants, évidemment entre autres Jaurès soi-même. Le président de l’association des Amis de Jaurès à Toulouse est, avec d’autres historiens, auteur de cet ouvrage faisant une synthèse des problématiques soulevées par le congrès, et de leurs résonances avec l’actualité.

Au compte de ces problématiques est évidemment celle de l’unité ou de l’union des socialistes d’alors, ceux du début du XXe siècle, des plus modérés républicains jusqu’aux plus révolutionnaires et même jusqu’aux marxistes, n’importe comment que l’on les nomme. Ce qui peut aussi amener à penser au présent…

Faut-il écouter les sondages ? (RMP 28/03/2022) :

A moins de 2 semaines du 1er tour des présidentielles, faut-il écouter les sondages d’opinion ? Leur publication est interdite uniquement la veille du scrutin et le jour de celui-ci. On sait pourtant qu’il serait risqué de s’y fier. Pour garder quelque lucidité au milieu du marasme tempétueux médiatique, notons bien que les sondages ont déjà parfois été contredits par les faits.

Je rappelle que l’opinion (avis momentané et plus ou moins hérité ou grégaire) est opposée par les philosophes anciens à la raison, la réflexion produisant un jugement. D’ailleurs, Socrate fonda sa philosophie sur la critique impitoyable des opinions humaines. Ce n’est qu’au terme d’un cheminement critique que l’on peut atteindre ou du moins approcher une vérité. Comme nous sommes loin – non seulement des faxe news – mais encore de pseudo informations assénées et répétées par nombre de médias actuels !

S’agissant des opinions que les sondages sont sensés mesurer, il s’agit d’avis momentanés d’individus choisis et répondant à une question également choisie. Autant de facteurs de subjectivité et d’esprit partisan, même si l’on se cache sous l’apparente objectivité des chiffres. On se souvient de déconvenues, entre autres l’échec de Jospin à accéder au second tour des présidentielles de 2002 alors qu’on l’avait donné 14 points au-dessus de Le Pen, lequel lui passa devant en provoquant un véritable séisme politique.

A la vérité, l’usage et l’abus des sondages provoquent souvent des séismes politiques ou bien de « divines surprises », selon le sens où on les voit. On peut citer aussi l’échec d’Hillary Clinton face à Trump en 2016 et celui du Rassemblement National qui était donné gagnant en Occitanie en 2021.

Alors, qu’est-ce qui cloche dans les sondages, tandis que les techniciens prennent le soin d’échantillonner et de « redresser » ? C’est tout une histoire ! Car ne participent pas certaines catégories victimes de la fracture numérique (au 4è âge en campagne) ou indifférents à la politique (dans les « quartiers »). Ceux qui pratiquent le sondage, le font forcément avec leur personnalité… Il s’agit d’une centaine de personnes pour les 10 instituts français, très majoritairement diplômées du supérieur avec 90 °/° d’entre eux à bac + 5 et 1/3 qui sort d’une école de sciences politiques. Ceci détermine évidemment les questions posées. Or, tout le monde n’entend pas de même la même question. Chacun n’a pas le même avis selon qu’il est écrasé par le système ou bien qu’il en profite tant bien que mal.

Quoi d’étonnant que la marge d’erreur soit d’environ 2,6 point ? Un candidat sondé à 15°/° est en effet entre 12,4, 4 et 17,6 ! Mais tout ceci est encore peu, au regard de l’ampleur du phénomène. Pierre Bourdieu affirmait : « l’opinion publique n’existe pas ». C’est une fiction qui repose sur des présupposés bancals. Les sondages fabriquent ainsi une sorte de fiction politique qui, hélas, peut tourner à l’avantage des dominants qui les commandent.

Pour le sourire : Je crois me souvenir que Mélenchon était donné au-dessous de 10°/° début 2017 alors qu’il approcha des 20°/° au résultat ! Le sourire devient plus sérieux lorsque l’on songe que l’enjeu change radicalement si un candidat de gauche apparaît (ou pas) comme risquant de compromettre la figure publiquement établie par les médias – ou du moins pesamment et en permanence renforcée par eux : Macron contre l’extrême droite. Car sans suspecter les réalisateurs du sondage, il faut bien reconnaître qu’au bout du compte les cartes sont biseautées : un vote démocrate utile est ainsi suggéré. Dans le système de l’élection présidentielle en France ; c’est le vote pour le candidat ayant le plus de chance de se trouver au second tour qui sera préférentiel.

Difficile de faire la part des choses entre l’influence directe des sondages et l’exploitation médiatique qui en est faite. Il apparaît toutefois que le principe républicain : au 1er tour on choisit et au second on élimine, est pris en défaut lorsque l’on élimine dès le premier un candidat qui a peu de chances d’être au second. Sans oublier que ces réflexions ne prennent pas en compte la part de l’opinion qui ne vote pas, justement parce qu’elle ne croit pas qu’un candidat puisse la représenter. En voici donc, des aspects contournant la démocratie ! La solution ? Il n’y en a qu’une : changer le système ! Hou-là, on va peut-être m’étiqueter partisan de certaines candidatures ! Et alors ?

Christine ROSEMBERG, responsable au Mouvement de la paix (RMP 21/03/2022)

Pour Diderot, la guerre est« une maladie convulsive et violente du corps politique » et pour Clausewitz « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. »

A voir ce qu’il se passe en Ukraine, on pourrait voir aussi en « L’humanité un psychopathe destructeur », ainsi que le développe dans son dernier livre Sébastien Bohler. S’il n’y a pas frand chose de nouveau sous le soleil, c’est tout de même un traumatisme que la guerre en pleine Europe. Si bien que certains contempteurs de l’immigration découvrent soudain l’intérêt de l’accueil de réfugiés et le clament en de grotesques mea culpa. Ainsi se posent bien des questions.

C’est pourquoi j’ai demandé à une représentante du Mouvement de la paix, de bien vouloir nous accorder un entretien dans l’émission EDVI (Excusez-moi de vous interrompre), entretien qui va se dérouler par téléphone comme les précédents entretiens, afin de respecter les consignes sanitaires.

Il s’agit de : Christine ROSEMBERG : responsable du Comité 31 du Mouvement de la Paix. J’avais déjà invité Christine mais un imprévu l’avait rendue injoignable au téléphone. Son intervention ce lundi est malheureusement devenue encore plus opportune.

Entretien avec ALAIN GRAND : Crise sanitaire… et maintenant ? (RMP 14/03/2022)

« Les Monades n’ont point de fenêtres, par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir. » écrivait Leibnitz, un disciple idéaliste de Descartes, tandis que pour lui le tout était un ensemble organisé dans un système rationnel relevant de Dieu. Certains citent ce modèle pour rendre compte de la situation de chacun en confinement : isolés et ultra-dépendants.

Avec la pandémie, et maintenant la guerre en Europe, nous est révélée la vraie nature des choses. Ces épreuve violentes peuvent aider à une prise de conscience. Camus a d’ailleurs écrit La Peste, non pas à chaud au cours d’une épidémie mais comme une parabole de toute pandémie et fléau social.

Par-delà cette guerre et toute réflexion philosophique, malgré l’habile manœuvre de libération des contraintes (masque, etc.), chacun peut constater que la crise sanitaire et sa gestion (ou non gestion) traduisent à la fois imprévoyance et impuissance, et aussi calcul.

Si le monde n’a pas – hélas – changé radicalement comme on avait naïvement pu l’espérer, il s’est révélé dans l’accentuation de ses caractéristiques : défiances et inégalités, mensonges et affabulations, risques et inconsciences, résistances et impuissances, surtout violences, peurs et névroses. Tandis que la mélancolie se double soudain de solidarité – un peu inattendue – envers les immigrés !

Avant que l’actualité ne nous bouscule, javais depuis longtemps invité quelqu’un pour tenter d’éclairer au moins les leçons de la crise sanitaire et sa gestion. Il s’agit de M. Alain GRAND : Professeur des Universités et Praticien Hospitalier en Epidémiologie, Economie de la Santé et Prévention, titulaire d’un doctorat en Santé publique et en Sociologie.

« NOUS NE SOMMES PAS EN GUERRE »

Chroniqueur socio-culturel à Radio Mon Pais, je ne suis pas chroniqueur politique. Si je l’étais, voici ce que je dirais :

Les toulousains sont plutôt sensibles au sort de Total depuis un certain 21 septembre 2001 (date de la catstrophe d’une usine appartenant au groupe, vétuste et mal entretenue = officiellement 31 morts et des milliers de blessés). Total, Engie et Technip Energies ne se désengagent pas de Russie. Tout au plus ils  affirment ne pas programmer de nouveaux investissements. Macron vient de déclarer : « Nous ne sommes pas en guerre ! » Cherchons l’erreur… ou la coïncidence. Et, simple opinion personnelle, ne croyons pas ce monsieur qui nous avait pourtant répété que « nous sommes en guerre » avec la pandémie, ce tout en réduisant les moyens des hôpitaux.

Bonne journée quand même… et si vous avez quelques minutes, écoutez l’entretien que j’aurai lundi prochain avec Patrick Julou sur l’exposition de la mutuelle Mutami à propos de SOS Méditerranée (RMP : 90.1 ou www.radiomonpais.fr ).

Enseignement supérieur néolibéral « à l’insu de notre plein gré » ? (RMP 14/02/2022) :

« On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants ». Cette phrase du Président Macron prévoit des universités à l’anglo-saxonne, où les étudiants s’endettent pour financer leurs études, véritable cadeau aux banques et dramatique sélection sociale. Alors, annonce-t-il un enseignement supérieur néolibéral « à l’insu de notre plein gré » ?

Pour tenter de justifier ses propos et son programme, Macron ment éhontément sur une série de sujets : 50% des étudiants seulement se présenteraient aux examens de première année (alors que le taux de passage en L2 est de 53%), la France serait le pays qui a le taux de financement public de l’Enseignement supérieur le plus élevé, alors que plusieurs pays du Nord de l’Europe notamment affichent des taux supérieurs…

Voici qui inspire le questionnement suivant : pourquoi cette attaque contre – je dirais – l’université à la française ?

Pour comprendre le projet macronien d’enterrer l’université dans un modèle capitaliste, il faut le resituer dans le contexte où « Le monopole du savoir, qui était détenu par l’école et par l’université, a été capturé par la télévision, la radio, les médias au sens large. » selon le constat de Michel Serres. Alors que – disons depuis la Révolution française – une pensée et une culture savantes en lien avec une pratique sociale, sinon socialiste, dominaient et impulsaient la vie intellectuelle française et même la vie tout court, c’est en effet par les médias que s’est établie au XXe siècle une domination publique d’une idéologie et de modèles néo-libéraux.

Avec les Lumières – suivies de la Révolution – naquit l’idéologie du libéralisme, soient avec John Locke, suivi de Montesquieu, Voltaire et Rousseau, ainsi que David Hume et Adam Smith. Ces penseurs prônèrent la liberté intellectuelle (y compris la liberté de conscience). Cela allait avec une liberté économique (c’est-à-dire le droit d’avoir et d’utiliser la propriété). A noter que tout ceci s’opposait à un état absolu, on dirait aujourd’hui : totalitaire. Paradoxe de l’histoire, cette conception libérale (les droits de l’homme = joyaux de la civilisation) a été suivie du néolibéralisme moderne qui préconise toujours moins d’état, quitte à laisser toute latitude au privé, c’est à dire à contrer ce que l’état républicain avait instauré. « Ce que je voudrais vous montrer, c’est que le néolibéralisme est tout de même quelque chose d’autre. » [entendons : d’autre que le libéralisme] souligna Michel Foucault.

Aujourd’hui donc, (c’était le 13 janvier, dernier, quand la très grande majorité du monde de l’éducation était en grève et en manifestation), un président de la république française présente devant les présidents d’université son programme pour l’enseignement supérieur. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne manque pas d’estomac. Car il s’agit tout simplement de mettre cap au privé et au néolibéralisme. A bien le lire, le président-candidat propose ni plus, ni moins que de transformer l’enseignement supérieur en un organe de pensée néolibérale ainsi qu’en un instrument d’apprentissage et de développement de la pratique économique néolibérale.

Pour le sourire, notons que les universitaires, sensés nourrir autrefois la domination idéologique des socialismes, voire du marxisme, portèrent souvent le treillis et la barbe des « barbudos ». Ils iront maintenant plutôt en costard trois pièces, quand ce ne sera pas le crane rasé ! Resterait à distinguer le moine sous l’habit, soit à faire le point des tendances réelles des enseignants.

On ne sourit plus à réaliser le véritable programme de Macron pour l’enseignement supérieur : hausse des frais d’inscription avec mise en place de crédits étudiants, élitisme, professionnalisation de l’enseignement pour coller aux besoins économiques, poursuite de l’autonomie des universités et de leur mise en concurrence, casse des statuts, poursuite de la sélection, etc. Or, il suffit, hélas, de se pencher un peu dans la rue pour apercevoir la réalité des étudiants : quand certains cohabitent à plusieurs, d’autres dorment dans une voiture, la plupart cherchent de petits boulots et beaucoup trop mangent à la soupe populaire.

A Toulouse, le crédit municipal à prêt sur gage (communément dit « chez ma tante ») se situe en ville : rue des Lois, proche de l’Université du Capitole. Sans commentaire !

Va-t-on laisser brûler la montagne ? (RMP 07/02/2022) :

« Une heure d’ascension dans les montagnes fait d’un gredin et d’un saint deux créatures à peu près semblables. La fatigue est le plus court chemin vers l’égalité, vers la fraternité. » Ainsi écrivait Friedrich Nietzsche qui aurait trouvé en une randonnée l’inspiration d’Ainsi parlait Zarathoustra.

Certes, on connaît les bienfaits de la balade sur les sentiers. Pourtant, les promeneurs actuels font bien d’y regarder à deux fois avant de se lancer à l’assaut d’un itinéraire d’altitude.

Car on ne l’évoque pas assez, les montagnes sont les zones tempérées qui se réchauffent le plus vite. Ce sont elles, les « sentinelles du climat ». Et depuis deux ou trois décennies, à l’échelle d’une génération seulement, des changements spectaculaires se produisent : retrait accéléré des glaciers, dégradation de l’enneigement saisonnier et fonte du pergélisol (ou permafrost)*. Les écosystèmes d’altitude sont aussi affectés, avec un phénomène de verdissement de la haute montagne et des forêts qui connaissent de grandes mutations.

De plus, ces impacts physiques et biologiques du réchauffement ont des conséquences socio-économiques : augmentation des risques naturels, remise en cause d’activités traditionnelles, comme le tourisme hivernal fondé sur le ski en stations, l’agropastoralisme ou l’économie forestière. Les signes qui prouvent qu’un réchauffement climatique est en cours se multiplient dans les stations de montagne françaises. C’est ainsi que les importantes dépenses engagées en 2020 à Luchon pour apporter de la neige, des dizaines de tonnes de neige par hélicoptère, ont défrayé la chronique et suscité une vague d’indignation partout en France, jusqu’à faire réagir la ministre de l’Écologie d’alors : Élisabeth Borne !

Les météorologues expliquent : « La limite pluie-neige, qui détermine l’enneigement d’une station, est passée de 1.200 mètres d’altitude dans les années 1960 à environ 1.500 mètres aujourd’hui. » Les stations situées en dessous de ce seuil critique « souffrent » d’un manque de neige encore plus évident que les autres. Si 2022 est pour l’instant exceptionnellement favorable à l’enneigement, en plein février 2020, Le Mourtis et Bourg-d’Oueil étaient fermés, et seules 6 des 28 pistes étaient ouvertes à Luchon-Superbagnères.

Pour le sourire, certains peuvent trouver amusant que ceux qui ont les moyens d’aller au ski en soient privés. Pourtant, la montagne n’est plus ce qu’elle était. Dans le cirque de Gavarnie, la disparition du glacier situé sous la Brèche de Roland, non seulement change le paysage, mais encore rend difficile l’accès à ce col. Il ne se passe plus un été sans qu’une face de montagne, un pic ou une arête s’écroule. Car le pergélisol permet de maintenir la stabilité de massifs rocheux grâce à la glace qui cimente les fissures. Le plus impressionnant a été sans doute en 2005 l’effondrement de la face sud-ouest des Drus dans le massif du Mont-Blanc : cet été-là est parti le célèbre pilier Bonatti, du nom de l’alpiniste italien qui l’a escaladé en solitaire dans les années 1950.

Au sommet des conséquences inquiétantes se trouve la problématique de l’eau. Parce qu’elles sont à la tête des bassins hydrographiques, les montagnes jouent un rôle capital pour l’alimentation en eau sur de très vastes territoires. Les massifs montagneux distribuent la ressource en eau à près de la moitié de la population mondiale, notamment en Asie. C’est pour cette raison que l’on appelle souvent les montagnes des « châteaux d’eau ». Or, les glaciers de montagne perdent aujourd’hui plus de masse de glace qu’ils n’en gagnent.

On estime que le pic de la ressource en eau de ces bassins pourrait se situer entre 2040 et 2060. Ensuite, la ressource ira en se raréfiant alors même que la population et les besoins en eau des grands bassins hydrographiques auront fortement augmenté. Nous courons donc vers d’importants déficits en eau qui vont entraîner des tensions autour de cette ressource, comme c’est déjà le cas dans le bassin du Nil (entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie), ou celui du Tigre et de l’Euphrate (entre la Turquie, la Syrie et l’Irak).

Et ma chronique fait l’impasse sur les autres aspects du rapide changement climatique sur le globe, comme les violentes tempêtes, les terribles sécheresses et les énormes incendies. De quoi regretter le temps des grands glaciers qui façonnèrent nos vallées ? En tout cas de quoi songer à un temps où l’homme ne cramait pas sa planète…

* pergélisol (rappel) = il s’agit du sous-sol gelé en permanence.

Faut-il détruire les immeubles Candilis au Mirail ? : entretien avec Michel Retbi (31/01/2022).

Voici des extraits d’un communiqué commun de diverses associations dont un groupe d’architectes :

Le communiqué est intitulé = POUR UNE RENOVATION DES IMMEUBLES CANDILIS DU MIRAIL SANS DEMOLITION, SANS SPECULATION et DANS LE RESPECT DES HABITANTS !

Lisons quelques lignes :

« Nous demandons un moratoire immédiat sur les destructions prévues de logements HLM dans les quartiers de Reynerie et Bellefontaine au Mirail.

Les immeubles concernés sont sains, de bonne qualité et les appartements sont uniques en leur genre : Construits dans les années 1970 par l’équipe d’architectes/urbanistes de George CANDILIS, ils ont fait la preuve de leur solidité lors de l’explosion de l’usine AZF en 2001, où ils étaient pourtant en première ligne.

Les appartements y sont grands, spacieux, aérés, sans vis à vis. Ils répondent parfaitement aux normes récemment édictées par le Ministère du Logement. Ce sont des références dans le monde entier, étudiés et visités pour cela. »

Candilis ayant dans sa jeunesse collaboré avec Le Corbusier à Marseille, il n’échappera à personne que l’affaire, évidemment question sociale et humaine, est aussi une question culturelle : que faire de tels immeubles restants d’une architecture particulière ?

Je m’entretiens donc avec Michel RETBI (architecte membre d’un collectif pour la rénovation sans démolition des immeubles du Mirail), pour parler de cette question au cours d’un échange téléphonique.

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