Ecrivain

Catégorie : Réactions aux actualités (Page 1 of 5)

L’UNIVERSITE CAPITOLE : Et l’humanisme ? (RMP 30/11/2020) :

Deux monumentales portes au coin de la rue Albert-Lautmann et de la rue des Salenques, ouvrent sur un parc cerné d’amphithéâtres, bureaux et bibliothèque. Voici la « Toulouse school of Management » et les locaux d’associations étudiantes, partie de l’Université de Toulouse 1-Capitole, axée sur les sciences sociales (droit, science politique, économie, administration, etc.), se vantant de compter dans ses rangs Jean Tirole, prix Nobel d’économie.

Vestige de l’ancienne Faculté des lettres et sciences humaines, dans ces locaux rénovés, il faut chercher au mur d’un amphithéâtre le patronyme du philosophe Jean Jaurès. Nul doute sur la qualité de l’enseignement dispensé, mais une substitution laisse pensif. Déplacées les traditionnelles études de philosophie, psychologie, sociologie… Oubliées les personnalités du progressiste professeur de psychologie Malrieu, de l’étudiante soixante-huitarde et historienne Marie-France Brive ? Mais où sont les humanités passées?

S’agit-il pourtant d’une continuité de civilisation ? Le temps présent fait en douter. Mesure-t-on les conséquences des cours à distance ? L’interdiction ou la limitation des activités non dites de première nécessité touche aussi bien les études et créations culturelles que les activités sportives. Mais où sont les principes d’antan ? L’éducation comprend aussi la pratique de la gymnastique et du sport individuel et collectif, en vertu du principe traditionnellement reconnu : « Mens sana in corpore sano », citation de Juvénal que l’on traduit ainsi : Un esprit sain dans un corps sain.

« Le sport est une machine à faire penser », écrit le philosophe Yves Vargas. Se former à être humain, ce n’est pas ingurgiter des connaissances mais les « penser ». Car c’est d’humanisme qu’il s’agit. Et de philosophie… Qui accomplit des études de sciences humaines à Toulouse, le doit à un adjoint à l’instruction publique qui inaugura ces locaux anciens reconstruits et y stimula l’enseignement des « humanités » : Jean Jaurès qui fut professeur de philosophie en ces locaux-mêmes à la fin du XIXème siècle.

Au fil des décennies les salles rue Lautmann devinrent si exiguës que parfois l’on devait assister aux cours depuis le couloir par une porte grand ouverte. Doléances et défilés réclamèrent de nouveaux locaux. En Soixante-huit, la première manifestation aurait débuté dans l’ancien amphi Marsan où une assemblée générale houleuse s’ensuivit d’une intervention des CRS. Ainsi de suite, jusqu’à l’aboutissement, la naissance de la nouvelle université du Mirail qui serait d’ailleurs baptisée ensuite : « Université Jean-Jaurès ».

Opportune ou pas, la substitution doublée d’un éloignement, s’inscrit dans une époque. Outre les lois liberticides, tombent des oukases obscurantistes : interdiction de vendre des livres, d’aller au cinéma et au théâtre, de pratiquer des activités sportives… Est ainsi exclu du concept de nécessité un contenu pourtant majeur et séculaire, mis en pratique générale depuis l’éducation gratuite et obligatoire : les vitales activités culturelles et corporelles. L’humain serait-il soudain réduit à sa capacité à produire pour créer des richesses ? Gérer la société à court terme pour le profit immédiat… Mais où donc les Macron, Castex et compagnie ont-ils accompli leurs « humanités » ?

Pour le sourire, Rabelais, avec son humeur railleuse et joviale, avec sa grande culture aussi, parodia ainsi la maxime ancienne : « Mens sana non potest vivere in corpore sicco » (une âme saine ne peut habiter dans un corps sec… soit : qui ne boit pas ) ! Concernant les grandes épidémies, Rabelais évoque la peste et aussi la vérole, maladie hautement contagieuse qui fait des ravages en son siècle et dont il a pu expérimenter les remèdes désastreux.

On imagine que, comme médecin, il n’a d’autre choix alors que de tenter d’empêcher la contagion. Pourtant, il note que faire rire c’est un peu guérir. Il conçoit ses livres joyeux comme de véritables remèdes, plus efficaces que les onguents et les étuves. Face à la maladie réputée incurable, la joie de la lecture est capable de procurer un bien-être participant à l’amélioration de l’âme et même du corps.

Souhaitons sérieusement que, cinq siècles après Rabelais, l’humanité sache bénéficier de la science pour dominer et éliminer la grave pandémie que nous vivons. Mais n’oublions pas que l’auteur nous apprit également l’ironie, soit que “Rire est le propre de l’homme”.

COURS DILLON et PRAIRIE DES FILTRES : Plaisir privé… (RMP 23/11/2020).

Cette aire verte et aérée près du Pont-neuf n’avait jamais été privée jusqu’à ces jours. Or, elle est provisoirement réservée à qui habite à moins d’un kilomètre, soit au faubourg Saint-Cyprien ou au centre proche rive droite, même pas aux résidents de l’Université de droit et sciences sociales.

L’ espace s’ouvre pourtant depuis longtemps pour un moment de détente près du centre de la cité. Sur le cours surélevé et sous les grands platanes cohabitent piste de promenade et terrains de pétanque, parking et gare des cars urbains. Les mesures de contrôle et justification de promenades modèrent son parcours par vélos et piétons, jeunes et étudiants notamment, pour qui le kilomètre est peut-être élastique, sans oublier enfants et parents et désœuvrés locaux. À l’extrémité touchant le Pont Sain-Michel, aboutit la piste piétonne et cyclable qui longe la rive de la Garonne depuis l’amont du fleuve, empruntée par des employés d’entreprises, Oncopôle, laboratoires Fabre et autres, qui reviennent du travail à vélo, dûment munis de l’autorisation de rigueur.

On en oublie les strates du passé multiple de l’endroit. Je me suis laissé dire par la rumeur que ce cours à l’écart du centre, se muait à la fin du XXè siècle en lieu de drague homosexuelle masculine nocturne. Ce souvenir déjà lointain laisserait à certains la crainte de passer ici de nuit.

Or cette levée de terre bordée d’une digue de briques, avait un temps été plutôt « bon genre », édifiée au milieu du XVIIIe siècle sur ordre d’un archevêque : Arthur Richard de Dillon, plus grand seigneur qu’évêque puisqu’il allait émigrer sous la Révolution. L’endroit soustrait aux caprices du fleuve, reçut diverses manifestations, promenades à pied et à cheval, théâtre de plein air, courses cyclistes, foires de la ville, fêtes de gymnastique, distributions solennelles des prix et certificats aux élèves des écoles laïques.

L’ancien journaliste Louis Destrem témoignait pourtant que des baraquements y avaient reçu des Espagnols républicains immigrants, tandis qu’après 1940 ils hébergèrent les réfugiés puis les sans logis avec une cantine de la Croix rouge (surnommée « la cloche »), laquelle se transforma – dit-on – en « cour des miracles ».

Parmi les immeubles face à la vaste et belle voûte arborée de grands platanes, je me souviens qu’à la place des appartements récents se trouvait jusqu’à il y a peu d’années, une clinique créée pour “les malades des deux sexes, peu fortunés”, placée sous la surveillance des religieuses de l’ordre de Notre Dame du Calvaire. Une partie de ce quartier en voie de gentrification était gérée par des ordres religieux catholiques et respirait une atmosphère compassée.

Beaucoup plus festif en un autre temps, ce cours fut lieu de foire aux attractions où l’on se rendait pour déguster les barbe-à-papa, accomplir des tours d’auto-tamponneuses, monter sur d’étonnants manèges et tirer à la carabine sur des pipes en terre, comblés peut-être par l’admiration des filles que l’on espérait benoîtement ainsi subjuguer.

Le château d’eau, maintenant lieu d’exposition de photos depuis sa création par le photographe toulousain Jean Dieuzaide, alimentait autrefois les fontaines jalonnant la ville, avec l’eau puisée quelques mètres en-dessous dans la prairie où se trouvait un système de filtre et de pompage dans la Garonne.

Sur cette Prairie des filtres inondable, s’étend un jardin riant avec plates-bandes, gazon et jeux d’enfants, où s’éparpillent des jeunes avec la nostalgie de concerts et spectacles comme le festival Rio-Loco, lesquels ne s’y déroulent plus depuis la pandémie.

Pour le sourire, la mémoire locale rapporte que l’on y planta un champ de pommes de terre durant la Grande Guerre. Il y aurait fort à dire de l’habitude d’y apporter du sable afin de le transformer en plage l’été. Plutôt que le peuple à la plage, la plage au peuple ? Ceci sera probablement problématique avec l’épidémie.

Je me souviens encore que, bien avant que je mène mes petites-filles de passage s’amuser aux jeux d’enfants sous la ramée, ma classe du « Petit lycée » avait été convoyée par un professeur de gymnastique afin d’y jouer au football, voire au rugby, lors d’après-midis appelés alors « Plein-air ».

Fréquentations diverses sous divers régimes, des abords d’un fleuve emmuré par crainte de ses graves colères et aujourd’hui interdit à nombre de citoyens, privés de sa paix apparente et des rêves d’aventures de son parcours.

LIBRAIRIE L’AUTRE RIVE : une autre nécessité ? (RMP 16/11/2020)

Il est au quartier Saint-Cyprien, une petite librairie indépendante 24 avenue Etienne Billières. Tandis que la plupart des établissements du genre se trouvent au centre de la ville rose, nous voici donc rive gauche en plein quartier réputé populaire, à la vérité maintenant habité par nombre de couches moyennes. Malgré le confinement, la librairie qui organisait des événements littéraires depuis une douzaine d’années, est plébiscitée par les acheteurs locaux : « Nous avons constaté un large soutien des librairies indépendantes de taille moyenne. »

Or, par-delà le fléau, est survenue un autre cataclysme : l’interdiction de vente directe des livres. Ainsi est gouverné notre royaume de France, que, pour tenter de parer une crise économique, on interdit toute activité n’étant pas décrétée « de première nécessité », où le gouvernement range les livres.

Cette librairie comme d’autres, a mis en place un service de “click & collect” sur lequel « il est possible de voir le stock en ligne et de réserver et/ou commander des livres en quelques clics puis de venir les récupérer à la librairie. » Toutefois ceci restera modeste en regard du chiffre de vente habituel. Les citoyens privés de spectacles vivant et de cinéma présent, le sont en fait aussi de livres !

Dans sa Lettre aux instituteurs, Jean Jaurès souligna l’importance fondamentale de la lecture pour l’éducation. Fait d’époque, les lecteurs en région plébiscitent les thèmes régionaux (historiques, dits « de terroir » et touristiques). Provisoire ou pas, la fermeture des librairies et rayons en grandes surfaces met un violent coup d’arrêt aux achats de livres concernant l’Occitanie. Un éditeur exprime ce coup de sang : « Nous sommes très en colère, car personne ne parle de nous, les éditeurs, les diffuseurs/distributeurs, correcteurs, graphistes, imprimeurs, vendeurs en grandes surfaces… »

Ainsi est frappée toute une série de corps de métiers, sans oublier les auteurs à l’origine de la chaîne du livre, eux qui travaillent pour un droit maximum de 10°/° brut et à grands risques de ne pas placer leur manuscrit. Selon quelqu’un encore, on parle trop de commerces qui auront des aides et gardent toutefois le droit de vendre les livres par correspondance ou par commande, tandis que rien n’est alloué aux autres maillons de la chaîne. Je souligne pour ma part le pouvoir des distributeurs qui contrôlent, donc imposent ou éliminent, tandis que les libraires indépendants peuvent fournir des livres anciens, sur commande, voire encore en stock.

La pandémie est réelle, il n’est que des complotistes ou barjos à la Trump pour la nier. Cependant, elle est évidemment manipulée par les grands qui nous gouvernent en sachant habilement prétexter du fléau pour enserrer les libertés. Au lieu de rouvrir les librairies, ils ont interdit les livres partout ! Sous couvert de realpolitik, c’est une catastrophe de civilisation. Après la terreur et la claustration, voici la tentative de priver d’âme. « Lire, c’est boire et manger. L’esprit qui ne lit pas maigrit comme le corps qui ne mange pas.  » (Victor Hugo). Le poète dit la nécessité de la lecture pour un peuple afin de se connaître et s’affirmer.

Arianne Ascaride a écrit à Macron, regrettant qu’il n’ait pas prononcé le mot culture. Ce n’est pas un oubli. Le système capitaliste régnant sur la terre, patine et trébuche à gérer la crise. En laissant les ultra-riches continuer à s’enrichir, il fait précipiter dans la pauvreté des millions de gens et ne parvient à contenir le covid qu’en aggravant une crise économique inouïe. Alors, il faut priver les gens de leur âme afin qu’ils restent sages dans le chaos.

Pour le sourire, « C’est en lisant qu’on devient liseron » selon Raymond Queneau, cité par François-Xavier Schmit, le fondateur de l’Autre rive. Cette boutade du chef de file de l’OULIPO, groupe littéraire dont fit partie Pérec, insinue que l’on ne sait où mène la lecture, sinon à des feuillaisons, belles mais imprévisibles et hors contrôle. Trop risquées pour le système du marché qui calcule le bonheur en soustrayant ce qui se vend mal ou pourrait se vendre à la place de ses productions industrielles standardisées, comme celles des armes vendues aux belligérants.

Lock-out donc des activités artistiques et culturelles, peinture, sculpture, musique, chant, sans oublier livre et écriture !

Question : le gouvernement reconnaît-il l’intérêt d’écrire autre chose que des discours officiels ?

MAISON CALAS : Présumé coupable ? (RMP 09/11/2020)

Tandis qu’on nous rebat les oreilles de Notre-dame de Paris qu’il faut reconstruire, on oublie bien des édifices de province en état de délabrement, dont un, toulousain, que l’on peut découvrir au 50 rue des Filatiers.

Là est une façade anodine et modeste, en état médiocre et aux rideaux de fer baissés, marquée de deux plaques. L’une signale énigmatiquement : « Maison de Jean Calas où fut trouvé le cadavre de son fils Marc-Antoine » et une autre, plus suggestive et d’apparence plus récente : « À la mémoire de toutes les victimes de l’intolérance et du fanatisme ». C’est que derrière cette façade est cachée toute une histoire, celle de l’intolérance qui éveilla la riposte de Voltaire en personne, excusez du peu !

Bien après les guerres de religion qui avaient fait rage à Toulouse aussi, l‘intolérance envers les protestants s’était ravivée après la révocation de l’Édit de Nantes. En plein milieu du XVIIIe siècle, les Calas continuaient à pratiquer leur foi protestante, sauf Louis, un des fils converti au catholicisme. Quand Marc-Antoine, le fils aîné, fut retrouvé mort, pendu dans la maison même. Alors se déclencha une mécanique terrible.

Présumé coupable, le père est accusé d’avoir assassiné le fils afin qu’il ne se convertît pas. Un capitoul exige un complément d’enquête et dans la foulée on condamne Calas à « la question préparatoire ordinaire et extraordinaire ». Il subit cette longue séance de torture, n’avoue rien et par verdict en appel du Parlement de Toulouse le 10 mars 1762, il est condamné. Par « indulgence » de dernière minute le juge lui accorde d’être étranglé après deux heures d’exposition sur la roue. Il clame toujours son innocence mais, conduit en place Saint-Georges, il est roué vif, étranglé puis brûlé. Imagine-t-on cela, en cette ville, en plein siècle dit « des Lumières » qui allait s’achever par la Révolution française ?

Heureusement, l’histoire a une suite où pourtant les notables de la ville n’ont guère le beau rôle. Banni à perpétuité, Pierre, un autre fils de Jean Calas, s’exile dans la ville calviniste de Genève, en laquelle il rencontre Voltaire. L’écrivain s’active et publie l’année suivante : Traité sur la tolérance (d’où est extraite une citation portée sur la plaque rue des Filatiers : « Criez et que l’on crie ! » ). Le philosophe est connu en Europe entière où il est écouté par de grands souverains. Le Conseil du roi de France casse alors l’arrêt du Parlement de Toulouse pour vice de procédure. Camouflet qui est suivi plus tard par un arrêt du tribunal des Requêtes réhabilitant trois ans après la mémoire de Jean Calas, et acquittant tous les autres accusés de la famille.

La ville qui avait vécu la répression contre les Cathares, puis la chasse aux protestants, avait encore réputation d’être « Toulouse la Sainte ». Son Parlement refusera toujours de revenir sur son jugement et tiendra cet arrêt de réhabilitation pour nul et non avenu, quoique le capitoul destitué, se soit suicidé peu après. Voici qui en dit long sur les courants variés qui traversent la capitale rose, tantôt mécréante et éclairée, voire résistante, et tantôt ultra-catholique et réactionnaire. Et sur la propension humaine à présumer coupable celui qui est ou pense autrement.

Voltaire est considéré comme le premier écrivain français à s’être impliqué publiquement dans une affaire judiciaire, bien avant Zola et l’affaire Dreyfus. Il a aussi défendu d’autres familles calomniées et victimes d’intolérance religieuse comme les Sirven à Mazamet, autre famille protestante descendante des calvinistes chassés de Toulouse au terme des guerres de religion. Où sont les Voltaires du XXIè siècle dans la pensée unique omnipotente ? Qui défend telle victime de l’intolérance de la pensée libérale ?

Pour le sourire, la mémoire est si fragile en la « ville rose » qu’il a récemment été question d’établir une supérette en cette propre maison Calas. Après avoir été sanctuaire de victimes de l’intolérance religieuse, voici que le lieu serait temple du mercantilisme symbolisant la société de consommation ! Symbole d’une inculture notable des notables locaux ? Symbole en tout cas d’une formidable amnésie qui frappe le monde contemporain.

Qui dirait que cette simple façade en mauvais état, évoque tant de douleurs et aussi de résistance à l’intolérance ? J’avoue être passé par-là de nombreuse fois durant maintes années avant de connaître cette histoire. La mémoire est chose fragile et à protéger.

LE FLORIDA : banquet philosophique ? (RMP le 02/11/2020) :

Au café Le Florida, place du Capitole, la distance est aussi de rigueur mais l’émotion demeure en un lieu emblématique de la ville, très fréquenté et où je fis mes premières parties de flipper en tant que lycéen à l’école buissonnière il y a… plus de soixante ans.

Salle de réunion jadis fréquentée par des réfugiés espagnols puis par des militants étudiants, l’endroit doit son succès à sa situation et aussi à son atmosphère « Belle époque » avec miroirs peints au plomb par le nommé Bordieu pour l’ouverture du café en 1874.

Invité à y retrouver quelqu’un au cours d’un banquet, mon émotion fut redoublée lorsqu’on aborda le sujet de la fin de vie et du souci de ne pas « mal mourir » en France. La déléguée départementale de l’ADMD (Association pour le droit à mourir dans la dignité) confirma que dans le pays des droits de l’homme on n’a toujours pas le droit de choisir une fin digne et sans douleur. La loi, régulièrement revue pour calmer inquiétudes et aspirations de la grande majorité des gens, ne permet en effet qu’une mise en sédation profonde et prolongée.

Sachons que cela fait en quelque sorte mourir de faim et de soif. Et encore est-ce le corps médical qui décide l’acte et le moment, et non l’intéressé ! Il existe une possibilité que publie l’association : désigner par avance une « personne de confiance » et signer des « directives anticipées ». Mais le médecin peut s’y conformer… ou pas ! Soyons donc clairs, on n’a toujours pas le droit de décider et de régler sa propre mort. Ce tabou est des plus violents de notre culture, les charges d’associations ultras catholiques contre l’ADMD confirment : seul dieu décide de ma mort, si bien qu’un suicidé n’a pas droit aux obsèques religieuses…

Que l’on est loin du banquet antique ou le philosophe boit de son propre chef un bouillon de ciguë parce qu’il juge devoir mettre lui-même fin à ses jours ! Nicolas Bedos dénonce la loi Leonetti, qui exclut l’acharnement thérapeutique mais condamne l’euthanasie dite active. «Quant à la prise en charge des patients en fin de vie, nos courageux soignants méritent une formation psychologique afin que ceux qui s’en vont emportent avec eux des souvenirs de douceur, de respect et rien d’autre », poursuit le réalisateur de La Belle époque.

On a entendu parler d’Alain Cocq, atteint d’une maladie dégénérative orpheline, dont Emmanuel Macron a décliné la demande de bénéficier d’un sédatif pour mourir. Le président a rappelé ne pas être «au-dessus des lois». Ces lois, il appartient donc au peuple de demander à les changer. Si la terreur médiatique propagée au temps de la covid lui laisse encore son libre arbitre…
Ce combat pour le droit à sa propre mort rappelle le long combat pour le droit à l’avortement qui aboutit en France quand Simone Weil fit voter l’assemblée. En repassant dans ce bistrot qui abrite fréquemment des réunions humanistes, je me prends à songer, tout en contemplant au plafond la verrière décorée de plantes et fleurs. Comment meurt-on aujourd’hui en soins intensifs, dans le coma ou pas, sous autorité de qui, sans accompagnement familial ? Est-ce un fait de « progrès » et d’humanité que cela ?

Je me souviens comme la compagne d’un ami me transmit une demande d’aide pour son compagnon en fin de vie, lequel n’avait même pas accès aux soins palliatifs dans un hôpital du Sud trop plein. Et je me souviens de mon sentiment de totale impuissance, à la fois douloureux et source de colère.

Pour le sourire, fuir l’idée de la mort me rappelle la chanson de Jean Ferrat : « Une femme honnête n’a pas de plaisir », qui, on l’imagine, éteint la lumière afin de ne pas voir ce qu’elle s’interdit, tout en le pratiquant ! Curieuse logique de vivre en évitant de penser à la fin…

Opposer un obstacle aux Lumières, c’est la définition de l’obscurantisme. Pourtant, « Philosopher, c’est apprendre à mourir », assurait Montaigne. Cette phrase qui résumerait sa philosophie est perçue comme pessimiste et macabre, alors que Montaigne est le philosophe de la joie de vivre et de l’humanisme, portant l’amour de la vie et de la jouissance à son paroxysme.

Faut-il vraiment se cacher que le chemin a une fin pour jouir du trajet ? Oublier le but et l’origine, c’est circuler ainsi que les « Voyageurs de l’impériale » sur une diligence dont Aragon conte dans le roman éponyme qu’ils ne voient pas la route, allant dans la vie en aveugles.

Hélas, on ne voit guère ce que la cécité peut apporter au bonheur.

CARREFOUR SAINT-MICHEL : “Bienvenue en Absurdie !” (RMP 26/10/2020)

Le carrefour baptisé Duranti (du nom d’un président du parlement de Toulouse, acteur et victime de la guerre de religion) était autrefois désigné du nom de Saint-Michel. Doublé de la place Lafourcade avec sa fontaine Ariège-Garonne, c’est un grand croisement de la cité, aussi lieu de grands marchés dominicaux tandis que s’y élève le tribunal où étaient jugés en comparution immédiate les gilets jaunes. Je me souviens aussi des bals et des grandes foires qui se tenaient là naguère. Or, passées 21 heures l’endroit est désert, car nous voici au temps du couvre-feu.

Au Moyen-Âge une sonnerie avertissait d’éteindre les lumières et de ne plus sortir, pour raisons de sécurité contre les incendies ou… contre des malandrins ou révoltés. Mesure souvent, voire toujours, ambiguë, le couvre-feu décrété soi-disant par sécurité, l’est aussi pour contraindre par force. Et je me souviens d’un autre temps pendant la guerre d’Algérie où la métropole était aussi secouée.

Bientôt en situation d’être mobilisé, je bravais pourtant la nuit déserte pour filer vers un rendez-vous galant, quand je fus arrêté en plein carrefour Saint-Michel par une voiture de police d’où descendirent hommes équipés avec chien. Par bonheur, muni de mes papiers, on me laissa poursuivre sur ma bonne mine. Mon souvenir est vague du fait des décennies écoulées, le lieu était désert, mal éclairé et n’avait pas encore été l’objet des grandes transformations qui creusèrent un passage souterrain pour les voitures avant qu’il fût comblé pour tenter de redonner priorité aux piétons avec le tramway actuel.

Je me souviens de la pesanteur qui pesait sur la ville, une atmosphère obscure, sinon de nuit et brouillard. Né pendant la deuxième guerre mondiale, je n’ai connu qu’inconsciemment le couvre-feu imposé par la Wermacht. Mais on ressent bien comme la mesure actuelle prolonge l’anaphore présidentielle de la guerre au virus. Sachant que la guerre est un moyen de chercher l’unité nationale à quoi mènera le couvre-feu ?

Les esprits éveillés ne s’y trompent guère. Cette annonce a rapidement fait réagir Jean-Luc Mélenchon qui affirma que “60% des contaminations ont lieu au travail ou à l’école ou à l’université entre 8h et 19h”. “Mais Macron interdit les sorties au bar et au restau entre 20h et 6h”, “bienvenue en Absurdie” ! Ce à quoi crut répondre le ministre de la Santé Olivier Véran, expliquant qu’il (Mélenchon) “confond(ait) clusters et diagnostics” et rappelant que “60% des clusters, ça signifie 10% des contaminations identifiées”.

On se souvient pourtant que 127 étudiants de l’école d’ingénieurs : Institut national des sciences appliquées (Insa) de Toulouse ont été testés positifs au Covid-19 après la rentrée et que tous les cours eurent alors lieu à distance. Laissons aux spécialistes la guerre des idées sur la contamination, en sachant qu’on ne sait pas grand-chose du virus, des moyens de propagation et de défense. L’essentiel est en fait l’enjeu politique et idéologique, ce que Camus n’ignora pas dans L’Homme révolté :
« La philosophie des lumières aboutit alors à l’Europe du couvre-feu […] la Cité universelle, qui devait être réalisée dans l’insurrection spontanée des humiliés, a été peu à peu recouverte par l’Empire, imposé par les moyens de la puissance. »

Pour le sourire, si la part des clusters était – comme assura le ministre – très faible dans le nombre total des contaminations, on se demande à quoi rime la comédie de la détection systématique. Et pour le sourire grinçant, notons que restaurants et cafés, théâtres et cinémas vont certes payer la facture. Mais qui voudrait sortir le soir dans la ville rose ? À une grande majorité, ce sont les jeunes, l’animation nocturne de certains lieux comme la place Saint-Pierre en témoigne habituellement. La plus grande ville universitaire après Paris voit donc ses jeunes cloîtrés, en confinement nocturne, ce qui – ne nous y trompons pas – n’est pas propice aux bons résultats scolaires pâtissant déjà des perturbations de l’enseignement cette année.

Et je me souviens comme un temps fut décrété un couvre-feu visant les Algériens, bien après que les nazis eurent publié le couvre-feu pour les Juifs. Une autre génération et, après avoir mis les vieux dans la case des perdus d’avance, voici que l’on parque les jeunes comme dangereux ! Et règne une odeur dont on se passerait bien en l’occurrence, celle de l’abandon et du rejet de catégories de population.

Pas si loin du racisme…

FAÇADE ARMANDARY : drôle de cinéma ! (RMP 19/10/2020) 

Version revue (après enregistrement pour la radio) :

Sur allées du Président Roosevelt reliant la place Wilson aux allées Jean-Jaurès, près du carrefour et du métro, entre terrasses et boutiques de cafés, restaurations, FNAC, etc. et de petits kiosques marchands de babioles, se dresse au N°9 une belle façade Art-Déco. Des mois enclose d’une grande grille, elle interpelle aujourd’hui par des tentacules verts s’agitant à l’étage et l’annonce sur grands placards rouges d’un spectacle de terreur.

Or, sur ce lieu de passage, rencontres et manifestations diverses, sous ce présent agité et bruyant, gît une mémoire figée dans la pierre, silencieuse si ce n’est dans les esprits anciens. Certains peuvent se souvenir de la grande salle de cinéma « Les Variétés », au temps du cinéma populaire où la file d’attente s’étirait devant l’entrée sous un vaste placard en carton-pâte, réaliste parfois jusqu’au lyrisme pour évoquer le film proposé, ainsi pour « Jeanne d’Arc » ou, dans un autre genre, « Et Dieu créa la femme » avec Brigitte Bardot.

Tandis que le lieu avait été occupé par une salle de théâtre destinée aux opérettes et grands spectacles avec revues, je me souviens du très populaire aussi grand café « Les Américains », sis presque en face, tandis que flanquait ce cinéma, le restaurant « L’Albrighi » fréquenté en famille et abritant en soirée un dancing que l’on hantait en jeunes célibataires, avec un autre centre d’intérêt… Plus tard, cette façade à pans vitrés et piliers arrondis surmontés de vastes baies, édifiée dans les années Trente sous la direction de l’architecte Robert Armandary, fut après réfection, un complexe de salles très fréquenté à Toulouse sous les trois lettres UGC ornant le fronton.

Mais cet ensemble récemment vendu serait dès lors destiné à héberger des commerces de luxe. L’édifice a longtemps abrité plusieurs salles du 7e art qui fait la réputation de la création française ou francophone. Jean-Luc Godard assure : “Je ne veux parler que de cinéma, pourquoi parler d’autre chose ? Avec le cinéma on parle de tout, on arrive à tout.” Dans la seconde ville universitaire après Paris, on peut espérer que ne sera pas effacé ce souvenir et surtout que subsisteront des activités culturelles essentielles et vitales au centre de la cité.

On peut souhaiter encore que soit bien conservée une plaque restant fixée au mur : il faut la chercher sur un pan à l’extrême droite de l’entrée. Elle commémore une séquence de la vie toulousaine jouée en ce lieu-même. La petite stèle cite les protagonistes d’une aventure, en fait une tranche de grande histoire. En 1944, durant l’Occupation, était programmé un film de propagande antisémite nazi : « Le Juif Süss ». Un groupe résistant, la 35ème Brigade des FTP-MOI ( Francs Tireurs et Partisans, Main d’œuvre immigrée), décida un attentat.

Le 1er mars, David Freiman, accompagné de Rosina Bet et Enzo Godéas, s’installent dans la salle. David est juif d’origine russe, venant de Roumanie pour des études d’ingénieur agronome, il commande le groupe chargé de déposer une bombe. Rosina et Enzo jouent un tout jeune couple (ils ont vingt et dix-neuf ans). Soucieux de ne pas faire de victime parmi les spectateurs, ils attendent la sortie. Mais une bousculade fait tomber la bombe qui explose en tuant David, son porteur, et un spectateur, blessant aussi les deux autres résistants. Ceux-ci sont « interrogés », Rosina meurt deux jours après sans parler tandis qu’Enzo est fusillé à la prison Saint-Michel.

Pour le sourire et un autre registre, je me souviens que dans la file d’attente pour « Et Dieu créa la femme » nous avions aperçu notre prof d’anglais ! Et aussi qu’en fréquentant le dancing de l’Albrighi, je fus accompagné du propre neveu de David, qui savait bien se distraire tout en n’oubliant pas son histoire familiale pourtant occultée alors que, sans les exploits des jeunes résistants, l’emblème nazi flotterait peut-être encore sur ces allées toulousaines…

Enjeu d’aujourd’hui, que la transmission ou pas du souvenir de ceux qui ne s’en laissèrent pas conter par une omniprésente propagande collaborationniste. Alors, ne manquons pas sur ces allées de contempler la façade et de lire la plaque.

Selon le Larousse : Résister : « S’opposer par la force à celui ou à ceux qui emploient des moyens violents. » Question : Comment nommer la pression médiatique terrorisant les gens pour mieux les dominer ? Question encore : Y a t-il loin, de la désobéissance d’une jeunesse à sa Résistance ?

PARC DES EXPOSITIONS : inégaux surdimensionés ? ( Radio Mon Pais le 12/10/2020)

L’inauguration d’un très grand parc des expositions à Toulouse se passe sans grands tambours ni trompettes. Conséquence de la gêne du virus ? Certes, mais d’autres raisons font que l’affaire (c’est le cas de le dire) gêne aux entournures.

Voici donc à Aussonne, non loin des pistes de Blagnac – et des industries d’Aéroconstellation – un parc si étendu qu’il prétend rivaliser avec ceux de Bordeaux et Montpellier, ce que regretta d’ailleurs une commission d’enquête préalable. Son démarrage poussif et son coût prévu (311 millions d’euros compte non tenu du coût réel et de la maintenance à venir), font que trois associations de défense des citoyens accusent. Non au gratte-ciel de Toulouse, Autate (association d’usagers) et Droit au Logement signent un communiqué commun.

Assurant qu’avec la crise du transport aérien,  c’est tout le pari de ce type de parc en connexion avec l’aéroport qui est en faillite, ils se posent des questions :
Pourquoi Toulouse a-t-elle fait le choix de surdimensionner ce projet alors que d’autres villes françaises comme Strasbourg et Lille ont eu la prudence – bien avant la crise du Covid 19 – de revoir le volume des investissements publics à la baisse ?Où en sont les mirobolants projets annexes annoncés : hôtels, restaurations, commerces, activités industrielles et de services ? Où en est-on sur le retour de ces investissements colossaux ? Et pour finir : combien les contribuables ont-ils dépensé pour ce projet jusqu’à ce mois de septembre 2020 ?

Des questions subsidiaires en découlent, entre autres pourquoi n’avoir pas saisi l’opportunité de reconstruire un Parc d’Expositions rénové et végétalisé sur une île du Ramier totalement verte, idéalement situé en centre ville et à l’échelle du tissu agroalimentaire, artisanal, industriel et culturel de la région toulousaine ? De toutes façons, pourquoi n’avoir pas choisi de développer ce Parc par phases successives ?

N’étant pas spécialiste d’équipement commercial local, je ne peux pourtant m’empêcher de poser sur l’affaire un regard citoyen rationnel. A ce moment où se révèle une nouvelle situation, qu’elle plaise ou non, notamment dans l’aéronautique, à ce moment où, que cela plaise ou non, il va bien falloir modifier nos modes de production pour sauvegarder le monde, qu’est-ce qui pousse nos élus à s’obstiner en de tels choix ?

Je me souviens d’Aussonne au temps où je courais la campagne, courant le guilledou et aussi les champignons des prés. Malgré les bruits de projets aéronautiques, le coin gardait parfois un aspect idyllique, en tout cas très champêtre non loin de Toulouse. Commune rurale de 1 000 habitants vers 1970, qu’en a-t-on fait avec ces immenses bâtiments édifiés sur des terrasses titanesques ?

Passe encore si cela tournait à fond, mais que dire quand on en est à racler les fonds de tiroir pour trouver des activités l’occupant ? Et que penser, sachant que le béton est occasion de produire une forte quantité de CO2, cause de réchauffement climatique, tandis que l’on s’éveille à tâcher de reverdir l’environnement des grandes villes comme la ville rose ?

Devant l’énormité des sommes engagées et aussi de celles à venir dans de telles opérations, on peut qu’entendre la voix râleuse du sens commun. Quelle monnaie d’échange et quels dessous de table peuvent accompagner ces marchés et finalement à qui profitent-ils tandis qu’ils sont payés par les impôts des citoyens lambda de la ville, du département et de la région ?

Pour le sourire, Le dernier seigneur d’Aussonne fut Samuel-Jacques-Louis-Jean-François d’Aussonne. Avocat et conseiller au Parlement de Toulouse qui fut condamné à mort en 1794 par le tribunal révolutionnaire de Paris. Si tous les propriétaires de lieux objets de spéculations immobilières douteuses étaient condamnés à mort, il est clair que la guillotine ne chômerait guère.

La peine de mort est certes supprimée depuis longtemps, mais il risque qu’avant longtemps la cécité et l’égoïsme de nos édiles métamorphosent la terre en planète moribonde et les terriens, nous avec parents et enfants, en êtres empoisonnés.

Tahar Ben Jelloun écrit dans L’Auberge des pauvres : « C’est formidable les gens qui ont des certitudes, qui ne doutent jamais. Ce sont des gens en béton. Mais il faut se méfier du béton. La moindre fêlure dans le mur peut entraîner la chute de toute la maison. » Quelle chance ils ont, ceux qui ne sont jamais rongés par le doute ! Et quelle inconscience !

RUE GAMBETTA : Où passe le Covid ? (Radio Mon Pais le 5 octobre 2020)

A la rentrée la Haute-Garonne était classée en zone rouge de “circulation active” du virus. Néanmoins, on slaloma rue Gambetta entre stands et tentes de la Grande braderie sur les trottoirs, tandis que place du Capitole se multipliaient tables et chaises pour une grande bouffe. Avec les masques arborés par la foule, l’atmosphère était étrange, ubuesque même.

Car la situation actuelle est digne du Père Ubu. Tous les médias audio-visuels serinent que le virus circule toujours et que meurent en très grande majorité les plus de 65 ans. Et la presse locale informe qu’à Toulouse, les cas de Covid-19 sont en réelle augmentation chez les 20-30 ans. Un logicien décèlerait qu’il n’y a peut-être pas de contradiction, mais poursuivons.

Une semaine après la rentrée, 64 écoles, collèges et lycées de Haute-Garonne faisaient l’objet de mesures ciblées (fermetures, quatorzaine) après des cas de Covid-19. Mais, la situation restait sous contrôle selon l’administration. Pas selon Alexia Seguin du SNUIPP (syndicat de professeurs des écoles) affirmant une tension maximale, sans solution pour dédoubler les classes et éviter d’avoir de grands groupes : « l’administration est débordée et prend complètement l’eau alors qu’en Italie, ils ont recruté 84 000 enseignants ».

Ubuesque encore, cette vision de gens qui s’évitent, se masquent et filent doux pour rentrer vite chez eux, tandis que sur les berges de la Garonne s’assoient côte à côte des jeunes en joie et en fête. Cette grande nation, pays des sans culottes, des maquisards et des gilets jaunes où l’an passé les rues retentissaient régulièrement des cortèges contre la politique gouvernementale et mondiale, la voici observant une sorte d’auto-confinement effrayé, silencieux, voire honteux, parfois rompu de débordements incontrôlés, voire totalement irresponsables.

Personne du quatrième âge, dite « à risques », menacé de mise en coma artificiel et intubation, traitement long, invalidant et parfois fatal, je ne roule pas moi-même des mécaniques face au virus. Pourtant, on dit parfois que « S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer ! » Avec la folle incompétence du pouvoir, apparut qu’il sait à l’évidence très bien exploiter la situation pour accroître son emprise sur le peuple. Selon Leo Strauss, philosophe politique états-unien, en inventant ou en entretenant une « guerre perpétuelle », le peuple pourra être mené « pour son propre bien ». On voit bien ou Macron a pu faire ses classes.

Sonia Delhaye, médecin réanimateur à Toulouse, déclare : « Le virus est là. La majorité n’en subira pas de dommage significatif. Il est parfois virulent mais on sait maintenant soigner la majorité des cas graves. Alors remettons-le à sa juste place ; n’en faisons pas un terroriste, c’est-à-dire un agent dont l’impact psychologique et sociétal dépasse de loin son impact physique. »

Car pendant ce temps-là, la « pompe à phynances » du Père Ubu fonctionne évidemment toujours : des grands groupes se portent mieux que jamais, concentrant et licenciant toujours plus. Le monde d’après reste le même… Sauf pour l’aviation, j’y reviendrai, ce n’est pas rien. Virus ou pas, la vie est ainsi faite qu’à tous moments elle peut basculer. Ce ne sont pas les murs du Crowne Plaza Hotel qui démentiront, eux qui portent encadré le numéro de déportation de l’ancienne patronne résistante de l’établissement qui se nommait sous l’Occupation : Hôtel de Paris.

Pour le sourire, notre ville vient d’être décrétée en alerte, ville rouge, comme au beau temps de la Libération quand De Gaulle hésitait devant l’accueil des résistants ayant conquis pignon sur rue et Hôtel de Ville. Il y a bien longtemps que le coin n’est au mieux que rose, le blanc ayant progressivement gagné sur le rouge au point qu’aux dernières municipales garda la majorité une droite qui, il est vrai, se dit macronnienne, pour dire ni blanc ni rouge, mais pas rose non plus…

N’en déplaise à Lamartine, le rouge est aussi la couleur des luttes optimistes et généreuses. Qu’on y ajoute le jaune ou le vert, c’est vouloir un monde aux couleurs de l’espoir. Si l’on ne savait plus la couleur du monde qu’on désire, ou pire qu’on ne désire plus, ne resterait que le départ, selon Desnos : « Je partirai vers la côte où jamais un navire n’aborde il s’en présentera un, un drapeau noir à l’arrière. Les rochers s’écarteront. Je monterai. »

Rester debout sur le rivage en brandissant sa couleur, c’est simplement résister.

Square du capitole : une place anti-écologique ? (Radio Mon Pais le 6 juillet 2020) :

Rapport ou pas avec les récentes élections municipales à Toulouse où la vague écolo se brisa par miracle sur le Capitole, je m’intéresse aujourd’hui au square Charles de Gaulle, situé à l’arrière de l’hôtel de ville. Ce qui frappe , c’est le béton. On connaît la dureté de cet élément usité d’habitude pour construire solide. Il est peu habituel, pourtant, de le rencontrer, lui ou un de ses ersatz, en plus grande part dans un jardin public. Car c’est bien un jardin que l’on a pu connaître et apprécier au siècle précédent, avec bassin à poissons rouges, cascade et rocaille, allées serpentant sous les ramées parmi la verdure ambiante.

Or, le square actuel est tout, sauf un jardin d’éden. Sans doute emblématique de la ville, il l’est peut-être plus qu’on ne croit. Baptisé Charles de Gaulle, il offre une stèle résumant les grands actes du grand homme, à quoi répond une statue du chanteur du cru Claude Nougaro. Vers une aire de jeux d’enfants, sur une sculpture callipyge en pierre noire intitulée : « Maternité », grimpent parfois des tous petits devant des papas songeurs…

Sous le feuillage d’une plate-bande proche, se cache un discret monument à l’ « Apôtre de la paix », Jean Jaurès, dont la tête stylisée domine trois plaques de bronze évoquant famille heureuse, travailleurs en lutte et mineurs. C’est que le tribun citoyen du monde qui exerça dans cette cité le métier de professeur et la fonction d’adjoint au maire chargé de l’instruction publique, est l’objet d’un légitime culte à Toulouse.

Un buste en bronze, inauguré quinze ans après son assassinat, avait été abattu sous l’occupation et sauvé par un récupérateur nommé Agapito Nadal. Dérobé, retrouvé et disparu à nouveau, il fut remplacé par une réplique en pierre qui finit dans le bureau du maire. Le conseil général de Haute-Garonne éleva enfin ce monument actuel invoquant celui qui avait tenté en 1914 de conjurer le risque de calamité en dénonçant « les massacres à venir ». Emblématiques démêlés de la mémoire de ce citoyen peu ordinaire !

Sans gloser sur le hiératisme glacial de la place à l’avant du Capitole, un peu compensé par la chaleur des façades aux briques foraines, on pourrait espérer trouver côté face un peu d’eau et de verdure. Or, déambuler en ce plein centre de la cité, c’est passer des plateaux bétonnés, longer des plages de ciment d’où l’eau s’est évaporée, suivre des allées bitumées et d’autres cimentées et encore côtoyer des murs et des escaliers aussi bétonnés.

Que sont devenus les poissons et les moineaux d’antan ? Réfugiés peut être dans les rares ramures subsistantes ? En tout cas pas sur la plage à sec. Aujourd’hui où le compte à rebours est déclenché pour éviter une catastrophe climatique, nul doute que Victor Hugo répéterait : « C’est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n’écoute pas. ».

Une question vient, en songeant aux désirs actuels de retrouver un peu de campagne et de nature : la capitale de l’aéronautique a-t-elle vraiment le cœur écologique ? On connaît l’odyssée de l’Aéropostale et on aime le souvenir de ces as qui surent profiter du progrès technique en défiant les dangers pour élever dans les airs la poste et le prestige de l’aviation toulousaine. On sait que l’industrie aéronautique a fait vivre et fait encore vivre l’agglomération. On sait même que sa crise annoncée ne présage rien de bon pour le reste de la ville rose. Alors, franchement, si l’on fouillait dans le cerveau du toulousain moyen, bien que celui-ci soit souvent issu de la campagne, je ne sais si l’on y trouverait beaucoup d’images de verdure en sa cité.

Pour le sourire, j’ai grandi sous les avions, les Latécoère, les Bréguets, etc, que nous applaudissions au passage sur nos têtes d’enfants. On applaudit beaucoup moins aujourd’hui les rugissants aéronefs, pourtant devenus moins fréquents grâce à la pandémie. A l’école, quand on jouait à posséder le père le plus prestigieux, le gagnant était toujours celui qui annonçait un père aviateur ! Je me souviens aussi, et j’en reste pensif, que dans les milieux sociaux cultivés où l’on débattait, on arborait un petit sourire condescendant, lorsqu’il était question d’écologistes. Parce que ceux-là, ils étaient bien gentils, mais il fallait quand même parler de choses sérieuses !

Alors, je veux laisser le mot de la fin de cette chronique et de cette saison, à l’humoriste Alphonse Allais : « On devrait construire les villes à la campagne car l’air y est plus pur ! »

« Older posts

© 2020 Francis Pornon

Site créé par Pundarikaksa Graphisme - Thème de Anders NorenUp ↑