Voici un livre écrit en résidence dans le Nord-Pas-de-Calais*. D’habitude, je me tourne plutôt vers des auteurs du sud. Mais j’ai rencontré Jérôme à Perpignan… Son roman hanté par Frédéric Fajardie m’accrocha. J’y ai trouvé aussi la hantise des années de braise françaises, soixante-huitardes (ainsi que pré et post). Et aussi d’un gauchisme ressuscité selon sainte Vanina, personnage actuel de fiction qui concentre rages et espoirs du père, le vrai qui fut ouvrier militant de la GP (Gauche Prolétarienne**), ou le père putatif qu’est l’auteur. Cette jeune militante – à beaux seins, à tant que faire – ose écrire à Fajardie pour demander de l’aide. La demande arrive tard. Trop tard pour empêcher le destin de s’accomplir, la vengeance contre le patron voyou, ex-GP lui-même qui n’hésite pas à comploter la délocalisation de sa boîte… Mais assez tôt pour que l’auteur de polars soit témoin. Je trouve que Leroy réduit trop la littérature. Dans cette vieille querelle de son utilité, il opte pour en faire un outil, voire une arme comme au beau temps du réalisme socialiste. Ainsi ces morceaux d’anthologie : « […] vous avez décidé malgré tout de continuer le combat par d’autres moyens. Vous, en écrivant vos romans qui ne lâchent rien […] », « ses propres préoccupations, à savoir relayer les colères du présent grâce à la littérature. » Mais cela donne d’assez beaux moments comme la lettre à l’auteur de polars et aussi la conclusion : « Le 1er mai 2008, certains dirent que Fajardie était mort. D’autres affirmèrent pourtant, à Harnes, Rouvroy ou Beaurains, qu’il leur était arrivé, quand le soir tombait, de croiser un homme grand, au regard très doux derrière des lunettes rondes ». Raison rendue à Lénine qui disait aussi : « Il faut savoir rêver ».


* Avec l’aide du CNL et des instances locales (entre autres l’association “Colères du Présent”).
** Gauchistes activistes plutôt pro-chinois (pour les profanes) et sauf erreur pour ceux du sérail.