Que dire d’un phénomène « littéraire » avant de l’avoir lu ? Le roman “Sérotonine” de Houellebecq est tiré à 320 000 exemplaires. Sachant qu’un tirage moyen en France plafonne à 5 000 exemplaires, que penser de cela ? L’auteur révélé en 1994 avec “Extension du domaine de la lutte” publié chez Maurice Nadeau, aura franchi la barre des 200 000 avec “Les particules élémentaires” et celle des 800 000 avec “Soumission”. La bataille des chiffres peut être dérisoire comme à propos des gilets jaunes qui, plus ou moins nombreux selon les samedis n’en sont pas moins le signe d’un mal social profond et durable.

A propos de littérature, sachons qu’un auteur débutant moyen a des chances d’être vendu à seulement quelques centaines d’exemplaires et que, au terme d’une carrière d’auteur méconnu mais sérieux, quelques milliers d’écrivains en France, dont votre serviteur, se réjouissent parfois de passer la barre des mille exemplaires. Il est donc aussi un phénomène de monopole touchant la littérature autant que l’alimentation, les sodas et les machines à laver.

Que penser alors du contenu ? Que dire des éloges dithyrambiques comme des rejets épidermiques des livres d’un tel auteur ? Un peu troublé et irrité d’une comparaison avec Céline, proférée par qui aurait sans doute intérêt à relire ce dernier, voire d’une évocation de la stature d’un Hugo par qui devrait arrêter la prise d’anti-dépresseurs euphorisants, je refusais d’ajouter une vente au score déjà pharaonique du livre.

Mais un ami ayant bien voulu me prêter l’ouvrage, je vous promets de lire “Sérotonine” pour bientôt vous proposer mon sentiment.