Ecrivain

Catégorie : Réactions aux actualités (Page 3 of 7)

La Grave : encore une fois ! (RMP 22/02/2021) :

L’image galvaudée du dôme vert-de-gris au-dessus de la Garonne est si emblématique de Toulouse que l’on ne m’en voudra pas de l’évoquer à nouveau, après avoir convoqué le maire de quartier et la présidente d’une association de résidents et aussi après avoir évoqué le sujet à propos du premier confinement.
On se rend sur les lieux par le 9 rue du Pont Saint-Pierre ou bien par un tunnel qui s’ouvre place Lange sous la rue éponyme. L’ancien édifice de briques vieux rose construit au XVIIe siècle, abrite toujours une « cité de la santé » dispensant des services médicaux dédiés au dépistage, au traitement et au suivi de personnes malades et en situation précaire. S’ajoute à ces missions celle de vacciner contre le covid 19 les personnes de plus de 75 ans. Je découvris cela par hasard, à l’occasion d’un repérage sur place, m’inscrivant donc là tandis que j’avais abandonné les tentatives de m’inscrire par téléphone ou internet.

Le bâtiment, du moins ce qu’il en reste, est coutumier de traiter les épidémies puisqu’il s’était vu assigner le rôle d’isolement des indésirables, dont les pestiférés car au milieu du XIVe siècle la Peste Noire fit mourir un tiers de la population toulousaine et cette calamité récurrente frappa encore au début du XVIe où l’établissement fut agrandi en prenant le nom d’Hôpital Saint-Sébastien (du nom du saint invoqué pour combattre ce fléau).

La Grave, c’est près de 6 hectares de surface en plein cœur de Saint-Cyprien. Un promoteur racheta une partie dont la façade longe la rue du Pont Saint-Pierre. Le gros projet immobilier prévoit logements, résidence hôtelière (4 étoiles) et commerces en pied d’immeuble. Est préservée la chapelle au dôme, qui doit être affectée à des activités culturelles et notamment des expositions et accueillir un parcours d’interprétation qui retracera l’histoire de cette chapelle et de l’hôpital. Une « coulée verte » qui traverserait le site depuis la rue du Pont Saint Pierre jusqu’au Parc Raymond VI est également envisagée. Les associations du quartier regrettent qu’une crèche et un EHPAD ne soient plus au programme.

Rasé le bâtiment face au sud du dôme, place aux appartements les plus chers de Toulouse dans un secteur sis non loin du centre de la ville et idéalement situé près du fleuve. Le cahier des charges impliquant certains logements dits « sociaux », leur coût les destinera toutefois à des catégories au moins moyennes, dans un quartier où se produit la « gentrification » d’une population jadis très populaire.

Reste pour lors un bâtiment à l’usage de la fondation Abbé Pierre, touchant la rue du Pont-Saint-Pierre d’où l’on peut admirer des portraits, dont celui de l’abbé, dessinés sur le mur où s’étale une banderole : « La Grave n’est pas à vendre, relogez les habitant.e.s. » Le projet, déjà bien engagé puisqu’un énorme trou rappelant celui des halles de Paris s’ouvre en lieu et place de bâtiments détruits, s’inscrit dans une tendance nouvelle en ce quartier où l’on prend de court les habitants traditionnellement, voire ancestralement, de conditions modestes.

Cela n’est pas nouveau puisque le secteur compte encore de nombreux originaires de l’étranger comme les descendants d’Espagnols réfugiés, nombreux après la guerre civile où l’armée de Franco les chassa de leur pays. En témoignent certains signes et édifices, dont le Casal Català situé tout près : 7 rue de Novars.

Pour le sourire, Jean Tutenges ne me contredira pas, si le lieu est celui d’une association créée en 1944 par des Catalans, républicains espagnols arrivés à Toulouse pour la plupart en 1939, notons que rien ne mentionne ici une appartenance espagnole. La vitrine affiche sous l’emblème à quatre bandes rouges sur fond jaune, des informations pour promouvoir la langue et la culture catalanes : activités ordinaires, concours de littérature catalane et fêtes diverses dont l’Aplec de la sardane de Toulouse et la fête de la St-Jean avec Convergence (occitane).

Voici qui renvoie aux démêlés politiques de la Catalogne actuelle en soulignant la différence entre les langues castillane et catalane, cette dernière reconnue langue romane proche de l’occitan, sans toutefois pouvoir gommer les restes de l’histoire. Étrange voisinage de ce lieu et de l’immeuble de l’Abbé Pierre avec la spéculation immobilière !

« Notre pays cultive la passion du patrimoine, de l’histoire.» assurait le chef d’orchestre Michel Plasson. Sans rapport direct avec cette affaire-là…

PLACE SAINT-PIERRE : Du labeur à la fête, et maintenant ? (RMP 08/02/2021 )

Près du pont Saint-Pierre s’ouvre la place éponyme. En toile de fond aux ocres et vieux roses de la rive gauche, au-dessus de la Garonne aux teintes mouvantes, du chocolat au pastel selon l’humeur du fleuve capricieux et celle du ciel toulousain, c’était un lieu de rencontre favori, surtout en soirée.

Près du pont jadis suspendu selon le célèbre Eiffel, aux structures inoubliables, le plus célèbre bistrot est Chez Tonton Le Pastis Ô Maître, à l’origine « Le Suspendu », dont les tableaux surréalistes sont d’un étudiant des Beaux-Arts toulousains. Les soirs de fête, les consommateurs avaient coutume de déborder sur les trottoirs avec ceux des autres cafés : La couleur de la culotte et Le saint des seins (ce dernier recevant des groupes de rock), le tout composant un lieu festif du genre débridé, convenable à la ville universitaire.

La place tire son nom de Saint-Pierre-des-cuisines, la plus vieille église du Sud, quasi attenante (l’entrée est située rue de la Boule) et construite sur une ancienne nécropole gallo-romaine, tenant peut-être son appellation d’une version dérivée de l’occitan coquins, prononcé « couquines » et désignant des petites gens. Avant d’être un collège et, bien plus tard, un auditorium, le lieu avait été le théâtre d’un acte d’importance, l’avènement d’un premier acte républicain en 1189, le comte Raymond V reconnaissant les privilèges de la commune dirigée par des Capitouls.

Ainsi, la silhouette massive et forte de l’édifice de briques roses a-t-elle un sens caché, loin sans doute des étudiants en droit, management et Cie, enfants de couches plutôt aisées, pour qui cette place était devenue un lieu de rendez-vous. Loin aussi du siècle précédent où le lieu était fréquenté par le peuple, lequel fut chassé vers les quartiers périphériques.

Des photos montrent des maisonnettes nommées « octrois » qui flanquaient l’entrée du pont alors suspendu, ce pour le péage qu’il fallait acquitter à la limite de la ville. Des peintures rappellent les blanchisseuses officiant sur les « plates », bateaux-lavoirs, tandis que les « pêcheurs de sable » travaillaient sur des dragues et sur les débarcadères. Je me souviens aussi que s’ouvrait plus récemment sur la place l’hôpital militaire qui, bien après que j’eusse dû y consulter pour mon départ outre-mer, laissa place à un ensemble immobilier de standing.

Qu’il est bon de goûter un moment sur un banc, au parvis ou près de la murette, dominant le fleuve tandis que passent piétons et vélos suivant la piste au long des quais, sur cette place actuellement tendance, animée au gré des époques depuis le temps de l’Église médiévale, celui de la Belle époque, et aussi celui de nos passages d’une rive à l’autre !

Un fleuve étant toujours une frontière, on peut aimer songer que de l’autre côté commence la Gascogne, différente quoique similaire au Languedoc en ce qu’il s’agit toujours d’Occitanie en ce monde qui hésite. Le temps passé où l’on devait acquitter un droit de passage à l’octroi est-il si loin, quand il est interdit de consommer en lieu public ou en terrasse, et ce par édit d’une autorité suprême ?

Pour le sourire, les fêtes nocturnes, plébiscitées par les étudiants surtout le jeudi soir, et qui ne sont plus que souvenirs présentement, convenaient moins à certains résidents ou même aux passants moyens, parfois contraints à un détour pour éviter sur les trottoirs les trop pleins issus de la bière. Les riverains se plaignant des incivilités, dégradations et nuisances dont les sonores, générées par les clients, des urinoirs pour les deux sexes furent essayés en ce lieu, sans lendemain. On sait pourtant que des vespasiennes, à usage masculin, étaient jadis disséminées en maints lieux de la ville. Disparition fait de la parité ?

Ce quartier jadis repaire de pêcheurs de sable, lavandières, porte-faix, rouliers, etc, fut rénové d’après le projet d’un urbaniste catalan. Dans une « gentrification », la place a muté en rendez-vous de divertissement où, sur les dalles et sous les platanes, la boisson pourrait couler comme le Léthé de l’oubli. Or, c’est plutôt la saison sèche avec le couvre-feu, tandis que deux vastes escaliers flanquent le pont en descendant au débarcadère, accès au fleuve propice aux rêves d’embarquement pour Cythère où autres Florides.

Car selon Montesquieu « L’air, les raisins, le vin des bords de la Garonne et l’humeur des Gascons sont d’excellents antidotes contre la mélancolie ».

RUE D’ALSACE-LORRAINE : si changeante ? (RMP 01/02/2021)

Voici l’une des grandes voies de la cité, principale artère commerçante de la ville où les usages des locaux varient au fil des âges et encore davantage au gré de la crise. À l’origine jalonnée de commerces de luxe, elle fut conçue dans le mouvement haussmannien du Second empire où l’on cherchait à faciliter la circulation, y compris celle des troupes de répression. Rebaptisée : rue d’Alsace-Lorraine après la perte des provinces du Nord-Est, elle coupe le centre ainsi que la rue de Metz par une saignée tranchant dans le vif des vieux quartiers qui composaient jusqu’alors la cité.

Les énormes travaux, selon un projet mis en œuvre et approuvé par décret Impérial, durèrent une dizaine d’années en bouleversant la vie des toulousains malgré une forte opposition de la part de la population. Ensuite, en vue de l’accueil de la coupe du monde de rugby à XV en 2007, puis en 2012, la rue subit de nouvelles rénovations pour devenir piétonne. C’est un recul de la voiture et un gage donné à l’humain en ville, selon les recommandations européennes et surtout le bon sens… Aussi un retour au temps où les goujats (comme on disait des jeunes gens délurés) arpentaient le trottoir en lorgnant les jolies filles. Pourtant, le dallage très sombre et l’aspect minéral ne remportent pas l’adhésion de tous dans la « Ville rose » et les vitrines parfois brillantes n’empêchent la monotonie de cette succession de balcons et fenêtres aux immeubles de rapport.

La plaque indiquant le nom de la rue est doublée d’une plaque en occitan, fait assez général depuis que le mouvement régional remit la question au goût du jour, au moins dans sa dimension culturelle. Elle introduit un rappel : « carrièra d’Alsacia-Lorena » signalant que tout le luxe impérial et troisième République s’édifia sur les ruines et l’oubli de l’Occitanie médiévale dont la ville avait été jadis capitale. Comme écrivait Julien Gracq : « La forme d’une ville change plus vite, on le sait, que le cœur d’un mortel .»

Heureusement, coupent cette voie le square de Gaulle ainsi que quelques façades notoires. L’aile Darcy – Viollet-le-duc du Musée des Augustins est reconnue monument historique, tandis que l’ex-hôtel Tivollier à l’angle des rues Baour-Lormian et Alsace-Lorraine, décor du sculpteur toulousain Charles Ponsin-Andarahy, fut le théâtre d’un grand banquet lors de l’inauguration des Beaux-Arts par le président Sadi Carnot en présence de Jean Jaurès. Pendant l’Occupation, l’état-major principal de liaison allemand chargé d’administrer le territoire occupé logea au Grand Hôtel de la Poste situé au N° 38, aujourd’hui siège du Consulat de la République de Slovénie.

Au 59 de l’artère commerçante et au coin de la rue Rivals, une horloge est installée dans l’œil de bœuf du cinquième niveau d’un bel immeuble haussmannien, bâtiment classé appartenant à la banque BNP Paribas. Quelque chose intrigue si l’on y prend garde, le cadran comporte 24 chiffres et la petite aiguille ne fait le tour qu’une fois par jour. Datant de 1895, elle s’afficha en plein essor du capitalisme au fronton d’une banque accueillie dans l’immeuble dès sa construction. « Le temps, c’est de l’argent ! »

Presque en face, au 42 bis, voici une façade éclatante, peu banale par sa clarté et son lissé, ainsi que par les motifs et inscriptions qu’elle affiche en évoquant des rubriques journalistiques : « échos, mode, politique, littérature », etc. Vue de rêve en pleine réalité, ce style mêlé d’Art-moderne et Art-déco est l’œuvre de Léon Jaussely, architecte d’origine lauragaise.

Pour le sourire, les badauds qui s’interrogent sur un sibyllin monogramme et parviennent à le déchiffrer en l’initiale D de La Dépêche, entrelacée avec son même symétrique, peuvent rater une exemplaire substitution. En effet, tandis que la solution de l’énigme rappelle l’affectation passée de l’immeuble à une entreprise journalistique par excellence, il se trouve que le rez-de-chaussée de cet immeuble abritant autrefois le grand journal régional, est maintenant usurpé par une compagnie de téléphone, internet et etc., sa grande rivale en passe aujourd’hui d’être vainqueur par KO, au moins dans la pratique et la dépendance d’une jeunesse.

Comme quoi, les voies du seigneur du marché… et de la contagion, sont impénétrables, bien plus que celles de l’information qui porte aujourd’hui sur les ondes tant de « fake news » tandis que Jaurès assurait : « Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire. »

Maison d’Occitanie : une survivante ? (RMP 25/01/2021) 

Au N° 11 de la rue Malcousinat, ainsi nommée par allusion aux cousins ou bien coquins qui, au temps à la fois brillant de Renaissance et sanglant des guerres de religion, devaient hanter cette venelle transversale avant son élargissement postérieur, un portail donne accès à un autre monde. Dans la cour s’élèvent à droite des murailles bistres munies de coursives et à gauche s’ouvre un passage sur une autre cour à loggia. En face, une tour toulousaine, en érection comme il se doit, et munie de fenêtre à meneaux Renaissance, signale la puissance passée des maîtres de céans.

Cet hôtel de Boysson, construit dans la seconde moitié du XVe siècle pour un marchand enrichi, Huc de Boysson, fut remodelé et considérablement agrandi au cours du siècle suivant par un autre marchand Jean de Cheverry. Ce monument historique, classé depuis 1928 et propriété de la ville, était à restaurer, ce qui fut fait à l’instigation d’associations (Convergence occitane) et avec l’aide des instances municipales, départementales et régionales. Il s’agit d’entretenir et animer ici des activités pour la langue et la culture occitane qui font l’originalité et l’âme de la région.

Que deviendrait ce patrimoine, face aux rouleaux compresseurs médiatiques sans un lieu cherchant à restaurer et promouvoir la grande histoire allant des troubadours aux chanteurs folk occitans ? En France jacobine, où l’on dut résister aux démarches contre-révolutionnaires en régions, on se méprit en interdisant les langues locales et avec elles des modes de vie et de pensée. On ne remonte pas le temps, mais on peut en principe rencontrer ici des associations occitanes qui travaillent au quotidien et devraient offrir des activités et manifestations pour une survie de la langue et surtout de la culture. Car, ainsi que l’assure Christian Saint-Paul après Félix Castan : « aujourd’hui,  il est des écrivains occitans en langue française ».

Or, comme bien des lieux culturels, l’Ostal d’Occitania est aujourd’hui fermé au public. Ce n’est pas le lieu de mesurer ici la commotion imposée à la grande nation de l’esprit qu’est la France, ni de sonder l’obscurité des conceptions qu’elle révèle chez les dirigeants. Le fait est que les actions programmées ici début 2021 doivent par force se tenir en remplacement en ligne.

« Tempo/poème », ce sont des jeudis de poésie prévus à la Maison d’Occitanie, au cours desquels est présenté chaque fois un auteur. Cette fois, c’est le tour de moi-même. Mon récital intitulé : « Gare au covid » inspire un soutien d’amis et quelques uns ont voulu participer pour résister à la mise en confinement des libertés, pour que vive la culture et survive la poésie. Il s’agit de : Cécile Chapduelh, Franc Bardòu, Capitaine Slam, Christian Saint-Paul et Svante Svahnström que je remercie de dire avec moi des mots d’amour et de lutte, accompagnés par le pianiste Alain Bréheret. La performance est enregistrée pour une écoute en ligne gratuite sur internet à partir du jeudi 28 janvier 2021 à 18h30. Il suffira de cliquer alors sur le lien : //ostaldoccitania.fr/evenements/

Pour le sourire, notons une autre action. L’idée est plutôt simple : Rendre l’occitan présent comme moyen d’expression de l’amour le jour de la Saint-Valentin à travers un affichage d’extraits poétiques que les passants seront conviés à emporter et offrir à l’élu(e) de leur cœur. L’événement est ainsi présenté sur la publication internet de la maison : « Le 14 février, c’est la fête des amoureux. Et si nous la fêtions en occitan ? Nous savons depuis belle lurette que l’occitan est la langue de l’amour, puisqu’elle rime avec “troubadour”. Si nous nous faisions donc des déclarations d’amour grâce à la poétique des troubadours ? Et si nous nous faisions ces déclarations en mettant de côté tout aspect consumériste avec des lettres d’amour à disposition des passants toulousains ? » Pour plus d’informations, rendez-vous aussi sur le site de la maison d’Occitanie.

N’oublions pas la librairie La Tuta d’Oc (La Tanière d’Oc) dont la vitrine s’ouvre dans la rue à côté même de l’entrée de la maison. C’est un instrument précieux d’un courant de pensée avec des livres pédagogiques et aussi, et surtout culturels, on y renseigne en occitan ou en français, présentement sur le site : www.latutadoc.com

Un mot enfin sur le bistrot A Taula qui fonctionne habituellement dans les locaux et en terrasse dans la cour, mais est, hélas, actuellement fermé. Pas pour longtemps, espérons !

THEATRE DU PAVE : ouvert malgré tout ? (18/01/2021)

Le théâtre du Pavé se trouve au 34 rue Maran, quartier Saint-Agne, un des vieux quartiers toulousains qui comporte une gare, une station de métro, une église et un institut de formation de professeurs fonctionnant tant bien que mal tandis que ce théâtre reste clos.

Voici un lieu, symbole de la souffrance et de la résistance des travailleurs de la culture en France, grand pays des arts et lettres et aussi d’exception culturelle qui se voit soumis à un interdit que l’on croyait réservé aux dictatures. Dommage quand même quand ce genre de lieu culturel sait bien respecter les consignes sanitaires, fréquenté d’ailleurs par un public fort discipliné.

C’est dans un enclos, le lieu d’un cinéma de quartier fermé depuis de nombreuses années, qui se nommait autrefois « Le Rialto », qu’en 1991, le Théâtre du Pavé s’installa rue Maran où il peut disposer d’un espace de parking et surtout de deux salles, celle du bar avec une cinquantaine de places et celle de spectacle de 208 places (en temps normal).

Après une belle et longue histoire d’abord post-soixante-huitarde, l’équipe fonctionne sous la direction de Francis Azéma, en se recentrant aussi sur l’enseignement (école de théâtre). Tout en poursuivant son travail de création, la compagnie ouvre ce lieu à d’autres compagnies de théâtre, de danse, à des peintres et des musiciens… Exploitant une acoustique étonnante, elle ouvre également le théâtre à la création de musique contemporaine, en organisant cinq années de suite, au mois de mai, Le “Mai de La Musique”.

Il convient de conjuguer tout cela au passé. Car les salles de spectacles restent closes, les directives gouvernementales ne faisant pas du théâtre une activité de première nécessité. Comme si l’on pouvait vivre en ne se nourrissant que de pain… ou de fringues ! Ce qui provoque une désapprobation générale. Cette situation inspire des prises de position publiques comme celle d’Ariane Ascaride dans sa lettre ouverte à Macron : « ce qui fait un trou à mon âme est l’absence dans votre discours du mot “Culture”.

Corinne Mariotto est comédienne à Toulouse, elle m’a confié combien la vie de ses pareils est difficile. Ils ont répété un spectacle en décembre jusqu’à apprendre que l’autorisation ne serait pas donnée. « Une quarantaine de dates ont été annulées l’an passé… Maintenant, on commence à répéter La Misanthrope… sans garantie de jouer !  » Et voilà que c’est compromis à nouveau.

Ayant partagé des spectacles au Pavé, au milieu d’habitués, avec plaisir et passion, sans omettre parfois d’échanger au cours de « bords de scène », je reproduis ici un extrait de la présentation que s’en donne la structure sur son site :

« Au delà de ces propositions [le répertoire classique], le Théâtre du Pavé et la compagnie « Les vagabonds » militent pour développer l’accès à la culture pour tous par des actions de sensibilisation et un partage d’expériences (rencontres et échanges avec les publics, représentations en journée, large ouverture au public scolaire…) et par des tarifs abordables : en plus du réseau des carnets Pleins Feux, le Théâtre du Pavé a mis en place les places pARTage … à un tarif 5 fois moins cher que le tarif le plus élevé. »

Pour le sourire, au lieu d’éructer sur l’affaire des genres, on peut s’en amuser, et l’on reste optimiste dans ce théâtre, puisque sont quand même programmés des spectacles début 2021. Cela devait commencer le jeudi 28 janvier avec un titre surprenant : « La Misanthrope à Toulouse ». Il s’agit d’un jeu des plus sérieux consistant à jouer ce que le metteur en scène – et metteur en texte – à réécrit au féminin d’une pièce conçue essentiellement pour des rôles masculins, ce en inversant les genres, démarche louable et osée de transgression des sexes et aussi des âges.

Or, tout est compromis par celui qu’on compare à Jupiter (chaque ère a ses dieux à sa mesure). Et la ville ne retrouve pour lors ce théâtre que les grecs antiques considéraient comme nécessaire à la bonne marche de la cité et que Bertold Brecht voulait à la fois démarche didactique et festive.

Imagine-t-on le pays de Molière, Beaumarchais et Sartre sans théâtre ? La meilleure résistance étant l’existence, on ne peut rien souhaiter de mieux aux compagnies et aux théâtres toulousains que de continuer à travailler et à se préparer à une reprise, naturellement avec une aide publique pour survivre. Car selon Garcia Lorca « le théâtre c’est la poésie qui sort du livre pour descendre dans la rue ».

LA CINEMATHEQUE : mémoire présente ! (RMP 26/11/2021) :

Une porte rue du Taur au Numéro 69 marque de son cadre de pierre un style Renaissance « cossu » tranchant sur les briques foraines de la « ville rose » : il s’agit de l’ancien Collège catholique de l’Esquile, datant du XVIe siècle. Ses lourds battants de bois ouvrent sur une cour pavée et arborée de platanes tandis que cinq arches se découpent dans une façade reprise de l’ancien collège.

Ici résonne surtout le XXe siècle, sentant sa belle époque avec ombrage de platanes et fresque murale au-dessus de l’escalier du hall, belle femme dénudée et ceinte d’un ruban : « L’internationale sera le genre humain… » par Jean Druille, artiste toulousain méconnu laissant cette allégorie d’esprit mécréant et insoumis sudiste du temps. Marque à propos, ce bâtiment ayant été lieu d’accueil du Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (d’Espagne républicaine) après la Retirada (la retraite) consécutive à la victoire militaire des fascistes commandés par Franco.

Ici est accueilli le festival « Cinespaña » ou « Cinespagne » : plus grand festival de cinéma espagnol hors la péninsule, avec – quand la pandémie le permet – soirées à musique, tapas et vino tinto, dans la cour, rassemblant acteurs et réalisateurs du 7è art ainsi qu’un grand public où sont en nombre des familles issues de l’exode ou du moins très marquées par cette histoire et ses conséquences, car Toulouse tint une place prépondérante comme lieu de refuge et de survie républicains.

Or, nous nous trouvons ici à la cinémathèque de Toulouse, une des plus importantes d’Europe. Pardon à Jean d’empiéter sur son domaine cinématographique, je ne pouvais négliger là où se tenaient et se tiendront encore (nulle épidémie n’est éternelle) festivals et initiatives culturelles diverses. Mais ce qui frappe d’abord ici est l’abondance et la variété des projections de films, doublée par la conservation des copies dans des locaux annexes (à Balma). Des subventions nationales du CNC et d’autres locales et une présidence de prestige avec Robert Guédiguian, en disent long sur la place occupée par l’institution qui emménagea finalement en ce 69 rue du Taur après avoir longtemps officié au CRDP.

Et c’est l’histoire qui résonne encore. À la Libération, Toulouse fut marquée par une passion cinéphile qui en fit un temple du 7è art avec une trentaine de salles dont une dizaine d’art et essai. Dans l’esprit de la Résistance on ne voulut pas que les citoyens se contentassent du rôle de spectateur. Pour leur épanouissement, il fallait leur participation. Au Centre des intellectuels 5 rue des 3 Journées présidé par Tristan Tzara, son secrétaire Charles Pornon avait créé un ciné-club qui fut suivi à quelques années du Ciné-club animé par Marcel Tariol et du Ciné-club de la Jeunesse piloté par Roger Clerc, ainsi que de la Cinémathèque où plusieurs s’engagèrent sous la houlette de Raymond Borde.

La cinémathèque collabora puis rompit avec Langlois de la Cinémathèque française, tout en développant la culture cinématographique populaire. Borde travaillant avec la cinémathèque de Lausanne, Pornon s’y rendit grâce à son directeur Freddy Buache, rechercher pour sa thèse : « L’Écran merveilleux, le rêve et le fantastique dans le cinéma français » qui lui donna accès à la fonction de Maître de conférences dans le cadre d’un certificat d’Esthétique piloté par le professeur Blanchet. Je me souviens comme tous ces intellectuels toulousains s’opposaient vivement parfois, et souvent avançaient en parallèle.

Pour le sourire, je me souviens aussi des soirs ici, après projection de la cinémathèque dans la grande salle à balcon de l’Espoir, comme il fallait remballer les boîtes de la copie à réexpédier aussitôt, Borde en personne, agenouillé au sol dans l’entrée, empaquetant les grosse boîtes. Je me souviens encore qu’on parlait de commandos discrets partant récupérer des copies pour les soustraire à leur destruction prévue par la production ! Je me souviens enfin du groupe de facteurs de courts-métrages : les « Cinéastes indépendants » dont l’institution conserve les productions talentueuses et parfois humoristiques qu’elle numérise et projette à l’occasion.

Depuis les séances culturelles laïques où jadis des jeunes usèrent leurs fonds de culottes dans l’ancienne salle du Théâtre du Taur et du « Ciné-espoir », en ce lieu de fictions et débats filmiques, malgré virus et pollution urbaine, on respire aussi là les belles aventures passées. Manière d’antidote à une autre pandémie : l’amnésie générale.

NB: cette chronique fut enregistrée alors que l’on ignorait la prolongation des interdictions d’ouverture des lieux publics… exceptés les lieux commerciaux !

L’HÔPITAL PURPAN : Un tsunami ? (RMP le 14/12/2020)

À la fin de cette année terrible, où en est-on dans les hôpitaux de Toulouse ? Selon des infirmières, ce ne fut pas le tsunami prédit à la 1ère vague. Quant à la deuxième, elle ne ressemble pas aux prévisions officielles car elle est composée de moins de malades mais en état plus lourd. Une distorsion de plus entre les informations diffusées nationalement et la situation vécue de l’intérieur.

Le site historique de Purpan, situé place du Docteur Baylac, jouit d’un nom choisi en mémoire des frères Purpan qui se sont installés à Toulouse en 1608 et dont nous allons reparler. Construit au début du XXe siècle, il le fut comme un hôpital modèle, à pavillons espacés pour une ventilation et des espaces verts, avec un système de couloirs souterrains où le personnel médical ou infirmier serait continuellement à l’abri des intempéries grâce à un petit chemin de fer électrique dans des couloirs souterrains. 

Depuis sa mise en fonction après la Grande guerre où il avait été gratuitement mis à disposition du Service de Santé, ce tableau idyllique dut évidemment être aménagé et complété. L’Hôpital Purpan regroupe aussi l’hôpital Pierre-Paul Riquet, l’Hôpital des Enfants et l’Hôpital Paule de Viguier, bénéficiant de matériels médicaux de dernière génération, d’un service d’accueil des urgences, d’un pôle de recherche, etc.

On se doute qu’il abrite également un centre de prélèvement COVID-19, gratuit et ouvert tous les jours. Les nombreux services ont été réorganisés pour faire face aux éventuelles vagues de malades de la pandémie. D’après Patricia Calmette de la CGT, le surmenage des personnels accuse le manque de moyens car, loin de tirer leçon du début de l’année, les dirigeants en profitent pour accélérer la restructuration des hôpitaux. Ce personnel est épuisé, démoralisé et démotivé  : « plus de patients et les mêmes moyens déjà en baisse depuis la fin du siècle dernier ».

Pas étonnant, si je comprends bien, que la nation panique à l’idée d’une autre vague possible après un dé-confinement, d’autant que se dessine un absentéisme des soignants. Si je réfléchis bien encore, ce n’est pas tant de la pandémie que nous pâtissons mais plutôt d’une incapacité – ou même d’une trahison – à la soigner, lesquelles sont organisées par le pouvoir décisionnaire.

C’est ce que confirme le fameux Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France  : « On paralyse le pays parce qu’il manque de la place dans les hôpitaux », a-t-il déploré tandis que le Dr. Christophe Prudhomme, medecin au SAMU 93, dénonce le fait d’« accélérer leur projet de restructuration de l’offre hospitalière » et la « fermeture systématique de près d’un tiers des lits » ; il s’agirait en fait « de profiter de la crise pour accélérer la casse de l’hôpital public ». Tout ceci étant évidemment accompli sous l’empire du dogme de la nécessité économique.

Le 1er ministre confirme. Libre accès au commerce dans les grandes surfaces où se côtoient journellement des millions de gens, tandis que restent fermés les lieux de spectacle. Les arts et la culture à terre, rien sur un grand plan de développement des hôpitaux. « La santé est d’un plus grand prix que les richesses d’un malade ; et il n’y a personne qui ne préfère la santé d’un homme dans la médiocrité, aux richesses d’un roi accablé de maladies. » Platon écrivait cela il y a 2500 ans !

Souhaitons que l’avenir ne lui donne pas trop raison dans une crise économique aggravée par le retour de boomerang d’un déficient état sanitaire et culturel. On frémit quand même à l’idée du monde kafkaïen qu’on nous impose.

Pour le sourire, au XVIIe siècle le célèbre Pierre-Paul RIQUET dont on donna le nom à l’hôpital adjacent à Purpan, résista à deux épidémies de peste à Toulouse. La construction de son Canal du Midi continua pendant la deuxième… Il eut pourtant le paludisme ou « fièvre tierce et fièvre quarte » contractées dans les marais languedociens et dont il souffrit malgré le quinquina préconisé justement par le Dr. Purpan et qui fut – hélas – mis à l’index par les docteurs de l’époque !

Simple remarque subsidiaire, cette « médecine », comme on disait, n’était autre que la future Nivaquine, très utilisée encore de nos jours contre ce « palu » et que le Pr. Raoult préconise contre le covid.

Rendons grâce aux médecins contemporains, ils reconnaissent leur impuissance face au virus. Pas de doute, on est loin du « philosophe roi », comme le souhaitait encore Platon.

LE TRIBUNAL : Pour des flics scélérats ? (RMP 07/12/2020) :

Le palais de justice est situé 2 allées Jules Guesde, il se présente au coin du carrefour Saint-Michel comme une tour moderne de briques, sorte d’étrave d’un curieux navire fait d’ancien et de très moderne s’enfonçant dans la ville. Métaphore inquiétante à la hauteur de la menace qui pèse sur qui est envoyé ici devant la Justice.

Entre ces allées et la place du Salin, l’ensemble de bâtiments construits entre le XVe et le XXIe siècles vit une partie de la cour d’appel classée monument historique et une autre (la cour d’assise et le tribunal de grande instance) inscrits un peu avant. Prodige de l’architecture évoquant côte à côte des siècles d’histoire et navrance du rappel qu’hélas aboutissent ici les victimes de la police parfois pervertie.

J’aurais pu traiter du commissariat central, tant le comportement des policiers en France défraie la chronique ces temps-ci. Je choisis ce lieu parce qu’il me rappelle un souvenir du temps des gilets jaunes. Sans preuve, sans ménagement et sur accusations crapuleuses, la police à Toulouse envoya manu militari sur les bancs de la justice quelqu’un que nous connaissons bien à la radio. Composé jadis de « gardiens de la paix », ce corps comprend maintenant des « forces de l’ordre », la nuance n’est pas anodine.

Miracle de la ville, le passé d’un lieu n’efface pas son présent mais le distrait. Lorsque les derniers travaux d’aménagement du tribunal furent conduits, apparurent dans les fouilles les fondations du fameux Château narbonnais, demeure et forteresse des comtes de Toulouse où naquit Azalaïs, la mécène de troubadours, sœur de Raymond VI. Avec les vestiges de l’une des tours romaines et la porte sud de la ville antique de Tolosa sur la voie romaine Narbonne – Bordeaux, ils sont mis en valeur dans une crypte accessible au public.

La voûte culmine à 25 mètres : vertige de la Justice et de l’enjeu actuel dans la remise en cause de libertés traditionnelles. La Croix, peu suspecte de gauchisme, relatait l’adoption du fameux article 24 qui prévoit de punir « le fait de diffuser… l’image du visage ou tout autre élément d’identification » d’un policier ou d’un gendarme en action, notant que ces agents bénéficieraient d’un anonymat imposé comme dans toutes les dictatures. Victor Hugo écrivait dans Choses vues : « Ce gouvernement, je le caractérise d’un mot: la police partout, la justice nulle part. »

Des voix de juristes et de démocrates s’élevèrent, jusque dans les rangs de la majorité. L’effet des manifestations fut renforcé par celui des médias dont les journalistes étaient visés. Ainsi, les flics pourraient tabasser quiconque impunément ? Ainsi les faits deviendraient le droit ? C’était bien la peine de plaider le droit aux caricatures et à la critique de presse ! Pour une génération de vieux militants et pour bien d’autres, voter Macron fut barrer la route au fascisme. Hélas, le capitalisme mondialisé, incapable de gérer en douceur sa crise finale, s’avance dans une fascisation qui rappelle la « résistible ascension d’Arturo Ui » – et d’Hitler – selon Brecht.

Par chance, pour la démocratie mais pas pour la victime, les images d’une nouvelle bavure, justement filmée par des téléphones, a circulé sur les réseaux en prenant à contre-pied la loi scélérate. Le destin réserve ainsi des surprises. On vit depuis longtemps des exactions de la police. Sans remonter à celle de Vichy qui livra juifs et républicains à la Gestapo, il y eut Charonne et bien d’autres épisodes noirs, sans oublier les sanglantes ratonnades d’octobre 1961 où à Paris des centaines d’Algériens furent assassinés par les policiers sous les ordres du préfet de police Papon.

Pour le sourire, le ministre de l’intérieur a l’air fin, lui qui prônait le floutage des flics filmés en action, voire d’imposer aux journalistes une demande de permission d’assister aux manifestations, quand le Président déclare qu’il faut sanctionner les policiers fautifs, que suit le parquet et que l’on va ré-écrire la fameuse loi à peine votée ! Belle casserole à la queue d’un ambitieux qui veut surfer sur une droitisation de la république. Il est vrai qu’il ne manquait déjà pas de casserole, lui qui cumulait mandats et indemnités ainsi que des affaires telles que : accusations d’homophobie, d’abus de faiblesse, de viol et de harcèlement.

Parfois, on a plutôt envie d’écouter Jean Ferrat qui rappelle Shakespeare en chantant La Voix lactée : « Quelque chose est pourri/Dans mon royaume de France ».

L’UNIVERSITE CAPITOLE : Et l’humanisme ? (RMP 30/11/2020) :

Deux monumentales portes au coin de la rue Albert-Lautmann et de la rue des Salenques, ouvrent sur un parc cerné d’amphithéâtres, bureaux et bibliothèque. Voici la « Toulouse school of Management » et les locaux d’associations étudiantes, partie de l’Université de Toulouse 1-Capitole, axée sur les sciences sociales (droit, science politique, économie, administration, etc.), se vantant de compter dans ses rangs Jean Tirole, prix Nobel d’économie.

Vestige de l’ancienne Faculté des lettres et sciences humaines, dans ces locaux rénovés, il faut chercher au mur d’un amphithéâtre le patronyme du philosophe Jean Jaurès. Nul doute sur la qualité de l’enseignement dispensé, mais une substitution laisse pensif. Déplacées les traditionnelles études de philosophie, psychologie, sociologie… Oubliées les personnalités du progressiste professeur de psychologie Malrieu, de l’étudiante soixante-huitarde et historienne Marie-France Brive ? Mais où sont les humanités passées?

S’agit-il pourtant d’une continuité de civilisation ? Le temps présent fait en douter. Mesure-t-on les conséquences des cours à distance ? L’interdiction ou la limitation des activités non dites de première nécessité touche aussi bien les études et créations culturelles que les activités sportives. Mais où sont les principes d’antan ? L’éducation comprend aussi la pratique de la gymnastique et du sport individuel et collectif, en vertu du principe traditionnellement reconnu : « Mens sana in corpore sano », citation de Juvénal que l’on traduit ainsi : Un esprit sain dans un corps sain.

« Le sport est une machine à faire penser », écrit le philosophe Yves Vargas. Se former à être humain, ce n’est pas ingurgiter des connaissances mais les « penser ». Car c’est d’humanisme qu’il s’agit. Et de philosophie… Qui accomplit des études de sciences humaines à Toulouse, le doit à un adjoint à l’instruction publique qui inaugura ces locaux anciens reconstruits et y stimula l’enseignement des « humanités » : Jean Jaurès qui fut professeur de philosophie en ces locaux-mêmes à la fin du XIXème siècle.

Au fil des décennies les salles rue Lautmann devinrent si exiguës que parfois l’on devait assister aux cours depuis le couloir par une porte grand ouverte. Doléances et défilés réclamèrent de nouveaux locaux. En Soixante-huit, la première manifestation aurait débuté dans l’ancien amphi Marsan où une assemblée générale houleuse s’ensuivit d’une intervention des CRS. Ainsi de suite, jusqu’à l’aboutissement, la naissance de la nouvelle université du Mirail qui serait d’ailleurs baptisée ensuite : « Université Jean-Jaurès ».

Opportune ou pas, la substitution doublée d’un éloignement, s’inscrit dans une époque. Outre les lois liberticides, tombent des oukases obscurantistes : interdiction de vendre des livres, d’aller au cinéma et au théâtre, de pratiquer des activités sportives… Est ainsi exclu du concept de nécessité un contenu pourtant majeur et séculaire, mis en pratique générale depuis l’éducation gratuite et obligatoire : les vitales activités culturelles et corporelles. L’humain serait-il soudain réduit à sa capacité à produire pour créer des richesses ? Gérer la société à court terme pour le profit immédiat… Mais où donc les Macron, Castex et compagnie ont-ils accompli leurs « humanités » ?

Pour le sourire, Rabelais, avec son humeur railleuse et joviale, avec sa grande culture aussi, parodia ainsi la maxime ancienne : « Mens sana non potest vivere in corpore sicco » (une âme saine ne peut habiter dans un corps sec… soit : qui ne boit pas ) ! Concernant les grandes épidémies, Rabelais évoque la peste et aussi la vérole, maladie hautement contagieuse qui fait des ravages en son siècle et dont il a pu expérimenter les remèdes désastreux.

On imagine que, comme médecin, il n’a d’autre choix alors que de tenter d’empêcher la contagion. Pourtant, il note que faire rire c’est un peu guérir. Il conçoit ses livres joyeux comme de véritables remèdes, plus efficaces que les onguents et les étuves. Face à la maladie réputée incurable, la joie de la lecture est capable de procurer un bien-être participant à l’amélioration de l’âme et même du corps.

Souhaitons sérieusement que, cinq siècles après Rabelais, l’humanité sache bénéficier de la science pour dominer et éliminer la grave pandémie que nous vivons. Mais n’oublions pas que l’auteur nous apprit également l’ironie, soit que “Rire est le propre de l’homme”.

COURS DILLON et PRAIRIE DES FILTRES : Plaisir privé… (RMP 23/11/2020).

Cette aire verte et aérée près du Pont-neuf n’avait jamais été privée jusqu’à ces jours. Or, elle est provisoirement réservée à qui habite à moins d’un kilomètre, soit au faubourg Saint-Cyprien ou au centre proche rive droite, même pas aux résidents de l’Université de droit et sciences sociales.

L’ espace s’ouvre pourtant depuis longtemps pour un moment de détente près du centre de la cité. Sur le cours surélevé et sous les grands platanes cohabitent piste de promenade et terrains de pétanque, parking et gare des cars urbains. Les mesures de contrôle et justification de promenades modèrent son parcours par vélos et piétons, jeunes et étudiants notamment, pour qui le kilomètre est peut-être élastique, sans oublier enfants et parents et désœuvrés locaux. À l’extrémité touchant le Pont Sain-Michel, aboutit la piste piétonne et cyclable qui longe la rive de la Garonne depuis l’amont du fleuve, empruntée par des employés d’entreprises, Oncopôle, laboratoires Fabre et autres, qui reviennent du travail à vélo, dûment munis de l’autorisation de rigueur.

On en oublie les strates du passé multiple de l’endroit. Je me suis laissé dire par la rumeur que ce cours à l’écart du centre, se muait à la fin du XXè siècle en lieu de drague homosexuelle masculine nocturne. Ce souvenir déjà lointain laisserait à certains la crainte de passer ici de nuit.

Or cette levée de terre bordée d’une digue de briques, avait un temps été plutôt « bon genre », édifiée au milieu du XVIIIe siècle sur ordre d’un archevêque : Arthur Richard de Dillon, plus grand seigneur qu’évêque puisqu’il allait émigrer sous la Révolution. L’endroit soustrait aux caprices du fleuve, reçut diverses manifestations, promenades à pied et à cheval, théâtre de plein air, courses cyclistes, foires de la ville, fêtes de gymnastique, distributions solennelles des prix et certificats aux élèves des écoles laïques.

L’ancien journaliste Louis Destrem témoignait pourtant que des baraquements y avaient reçu des Espagnols républicains immigrants, tandis qu’après 1940 ils hébergèrent les réfugiés puis les sans logis avec une cantine de la Croix rouge (surnommée « la cloche »), laquelle se transforma – dit-on – en « cour des miracles ».

Parmi les immeubles face à la vaste et belle voûte arborée de grands platanes, je me souviens qu’à la place des appartements récents se trouvait jusqu’à il y a peu d’années, une clinique créée pour “les malades des deux sexes, peu fortunés”, placée sous la surveillance des religieuses de l’ordre de Notre Dame du Calvaire. Une partie de ce quartier en voie de gentrification était gérée par des ordres religieux catholiques et respirait une atmosphère compassée.

Beaucoup plus festif en un autre temps, ce cours fut lieu de foire aux attractions où l’on se rendait pour déguster les barbe-à-papa, accomplir des tours d’auto-tamponneuses, monter sur d’étonnants manèges et tirer à la carabine sur des pipes en terre, comblés peut-être par l’admiration des filles que l’on espérait benoîtement ainsi subjuguer.

Le château d’eau, maintenant lieu d’exposition de photos depuis sa création par le photographe toulousain Jean Dieuzaide, alimentait autrefois les fontaines jalonnant la ville, avec l’eau puisée quelques mètres en-dessous dans la prairie où se trouvait un système de filtre et de pompage dans la Garonne.

Sur cette Prairie des filtres inondable, s’étend un jardin riant avec plates-bandes, gazon et jeux d’enfants, où s’éparpillent des jeunes avec la nostalgie de concerts et spectacles comme le festival Rio-Loco, lesquels ne s’y déroulent plus depuis la pandémie.

Pour le sourire, la mémoire locale rapporte que l’on y planta un champ de pommes de terre durant la Grande Guerre. Il y aurait fort à dire de l’habitude d’y apporter du sable afin de le transformer en plage l’été. Plutôt que le peuple à la plage, la plage au peuple ? Ceci sera probablement problématique avec l’épidémie.

Je me souviens encore que, bien avant que je mène mes petites-filles de passage s’amuser aux jeux d’enfants sous la ramée, ma classe du « Petit lycée » avait été convoyée par un professeur de gymnastique afin d’y jouer au football, voire au rugby, lors d’après-midis appelés alors « Plein-air ».

Fréquentations diverses sous divers régimes, des abords d’un fleuve emmuré par crainte de ses graves colères et aujourd’hui interdit à nombre de citoyens, privés de sa paix apparente et des rêves d’aventures de son parcours.

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