Ecrivain

Catégorie : Réactions aux actualités (Page 2 of 10)

Christine ROSEMBERG, responsable au Mouvement de la paix (RMP 21/03/2022)

Pour Diderot, la guerre est« une maladie convulsive et violente du corps politique » et pour Clausewitz « la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. »

A voir ce qu’il se passe en Ukraine, on pourrait voir aussi en « L’humanité un psychopathe destructeur », ainsi que le développe dans son dernier livre Sébastien Bohler. S’il n’y a pas frand chose de nouveau sous le soleil, c’est tout de même un traumatisme que la guerre en pleine Europe. Si bien que certains contempteurs de l’immigration découvrent soudain l’intérêt de l’accueil de réfugiés et le clament en de grotesques mea culpa. Ainsi se posent bien des questions.

C’est pourquoi j’ai demandé à une représentante du Mouvement de la paix, de bien vouloir nous accorder un entretien dans l’émission EDVI (Excusez-moi de vous interrompre), entretien qui va se dérouler par téléphone comme les précédents entretiens, afin de respecter les consignes sanitaires.

Il s’agit de : Christine ROSEMBERG : responsable du Comité 31 du Mouvement de la Paix. J’avais déjà invité Christine mais un imprévu l’avait rendue injoignable au téléphone. Son intervention ce lundi est malheureusement devenue encore plus opportune.

Entretien avec ALAIN GRAND : Crise sanitaire… et maintenant ? (RMP 14/03/2022)

« Les Monades n’ont point de fenêtres, par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir. » écrivait Leibnitz, un disciple idéaliste de Descartes, tandis que pour lui le tout était un ensemble organisé dans un système rationnel relevant de Dieu. Certains citent ce modèle pour rendre compte de la situation de chacun en confinement : isolés et ultra-dépendants.

Avec la pandémie, et maintenant la guerre en Europe, nous est révélée la vraie nature des choses. Ces épreuve violentes peuvent aider à une prise de conscience. Camus a d’ailleurs écrit La Peste, non pas à chaud au cours d’une épidémie mais comme une parabole de toute pandémie et fléau social.

Par-delà cette guerre et toute réflexion philosophique, malgré l’habile manœuvre de libération des contraintes (masque, etc.), chacun peut constater que la crise sanitaire et sa gestion (ou non gestion) traduisent à la fois imprévoyance et impuissance, et aussi calcul.

Si le monde n’a pas – hélas – changé radicalement comme on avait naïvement pu l’espérer, il s’est révélé dans l’accentuation de ses caractéristiques : défiances et inégalités, mensonges et affabulations, risques et inconsciences, résistances et impuissances, surtout violences, peurs et névroses. Tandis que la mélancolie se double soudain de solidarité – un peu inattendue – envers les immigrés !

Avant que l’actualité ne nous bouscule, javais depuis longtemps invité quelqu’un pour tenter d’éclairer au moins les leçons de la crise sanitaire et sa gestion. Il s’agit de M. Alain GRAND : Professeur des Universités et Praticien Hospitalier en Epidémiologie, Economie de la Santé et Prévention, titulaire d’un doctorat en Santé publique et en Sociologie.

« NOUS NE SOMMES PAS EN GUERRE »

Chroniqueur socio-culturel à Radio Mon Pais, je ne suis pas chroniqueur politique. Si je l’étais, voici ce que je dirais :

Les toulousains sont plutôt sensibles au sort de Total depuis un certain 21 septembre 2001 (date de la catstrophe d’une usine appartenant au groupe, vétuste et mal entretenue = officiellement 31 morts et des milliers de blessés). Total, Engie et Technip Energies ne se désengagent pas de Russie. Tout au plus ils  affirment ne pas programmer de nouveaux investissements. Macron vient de déclarer : « Nous ne sommes pas en guerre ! » Cherchons l’erreur… ou la coïncidence. Et, simple opinion personnelle, ne croyons pas ce monsieur qui nous avait pourtant répété que « nous sommes en guerre » avec la pandémie, ce tout en réduisant les moyens des hôpitaux.

Bonne journée quand même… et si vous avez quelques minutes, écoutez l’entretien que j’aurai lundi prochain avec Patrick Julou sur l’exposition de la mutuelle Mutami à propos de SOS Méditerranée (RMP : 90.1 ou www.radiomonpais.fr ).

Enseignement supérieur néolibéral « à l’insu de notre plein gré » ? (RMP 14/02/2022) :

« On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants ». Cette phrase du Président Macron prévoit des universités à l’anglo-saxonne, où les étudiants s’endettent pour financer leurs études, véritable cadeau aux banques et dramatique sélection sociale. Alors, annonce-t-il un enseignement supérieur néolibéral « à l’insu de notre plein gré » ?

Pour tenter de justifier ses propos et son programme, Macron ment éhontément sur une série de sujets : 50% des étudiants seulement se présenteraient aux examens de première année (alors que le taux de passage en L2 est de 53%), la France serait le pays qui a le taux de financement public de l’Enseignement supérieur le plus élevé, alors que plusieurs pays du Nord de l’Europe notamment affichent des taux supérieurs…

Voici qui inspire le questionnement suivant : pourquoi cette attaque contre – je dirais – l’université à la française ?

Pour comprendre le projet macronien d’enterrer l’université dans un modèle capitaliste, il faut le resituer dans le contexte où « Le monopole du savoir, qui était détenu par l’école et par l’université, a été capturé par la télévision, la radio, les médias au sens large. » selon le constat de Michel Serres. Alors que – disons depuis la Révolution française – une pensée et une culture savantes en lien avec une pratique sociale, sinon socialiste, dominaient et impulsaient la vie intellectuelle française et même la vie tout court, c’est en effet par les médias que s’est établie au XXe siècle une domination publique d’une idéologie et de modèles néo-libéraux.

Avec les Lumières – suivies de la Révolution – naquit l’idéologie du libéralisme, soient avec John Locke, suivi de Montesquieu, Voltaire et Rousseau, ainsi que David Hume et Adam Smith. Ces penseurs prônèrent la liberté intellectuelle (y compris la liberté de conscience). Cela allait avec une liberté économique (c’est-à-dire le droit d’avoir et d’utiliser la propriété). A noter que tout ceci s’opposait à un état absolu, on dirait aujourd’hui : totalitaire. Paradoxe de l’histoire, cette conception libérale (les droits de l’homme = joyaux de la civilisation) a été suivie du néolibéralisme moderne qui préconise toujours moins d’état, quitte à laisser toute latitude au privé, c’est à dire à contrer ce que l’état républicain avait instauré. « Ce que je voudrais vous montrer, c’est que le néolibéralisme est tout de même quelque chose d’autre. » [entendons : d’autre que le libéralisme] souligna Michel Foucault.

Aujourd’hui donc, (c’était le 13 janvier, dernier, quand la très grande majorité du monde de l’éducation était en grève et en manifestation), un président de la république française présente devant les présidents d’université son programme pour l’enseignement supérieur. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne manque pas d’estomac. Car il s’agit tout simplement de mettre cap au privé et au néolibéralisme. A bien le lire, le président-candidat propose ni plus, ni moins que de transformer l’enseignement supérieur en un organe de pensée néolibérale ainsi qu’en un instrument d’apprentissage et de développement de la pratique économique néolibérale.

Pour le sourire, notons que les universitaires, sensés nourrir autrefois la domination idéologique des socialismes, voire du marxisme, portèrent souvent le treillis et la barbe des « barbudos ». Ils iront maintenant plutôt en costard trois pièces, quand ce ne sera pas le crane rasé ! Resterait à distinguer le moine sous l’habit, soit à faire le point des tendances réelles des enseignants.

On ne sourit plus à réaliser le véritable programme de Macron pour l’enseignement supérieur : hausse des frais d’inscription avec mise en place de crédits étudiants, élitisme, professionnalisation de l’enseignement pour coller aux besoins économiques, poursuite de l’autonomie des universités et de leur mise en concurrence, casse des statuts, poursuite de la sélection, etc. Or, il suffit, hélas, de se pencher un peu dans la rue pour apercevoir la réalité des étudiants : quand certains cohabitent à plusieurs, d’autres dorment dans une voiture, la plupart cherchent de petits boulots et beaucoup trop mangent à la soupe populaire.

A Toulouse, le crédit municipal à prêt sur gage (communément dit « chez ma tante ») se situe en ville : rue des Lois, proche de l’Université du Capitole. Sans commentaire !

Va-t-on laisser brûler la montagne ? (RMP 07/02/2022) :

« Une heure d’ascension dans les montagnes fait d’un gredin et d’un saint deux créatures à peu près semblables. La fatigue est le plus court chemin vers l’égalité, vers la fraternité. » Ainsi écrivait Friedrich Nietzsche qui aurait trouvé en une randonnée l’inspiration d’Ainsi parlait Zarathoustra.

Certes, on connaît les bienfaits de la balade sur les sentiers. Pourtant, les promeneurs actuels font bien d’y regarder à deux fois avant de se lancer à l’assaut d’un itinéraire d’altitude.

Car on ne l’évoque pas assez, les montagnes sont les zones tempérées qui se réchauffent le plus vite. Ce sont elles, les « sentinelles du climat ». Et depuis deux ou trois décennies, à l’échelle d’une génération seulement, des changements spectaculaires se produisent : retrait accéléré des glaciers, dégradation de l’enneigement saisonnier et fonte du pergélisol (ou permafrost)*. Les écosystèmes d’altitude sont aussi affectés, avec un phénomène de verdissement de la haute montagne et des forêts qui connaissent de grandes mutations.

De plus, ces impacts physiques et biologiques du réchauffement ont des conséquences socio-économiques : augmentation des risques naturels, remise en cause d’activités traditionnelles, comme le tourisme hivernal fondé sur le ski en stations, l’agropastoralisme ou l’économie forestière. Les signes qui prouvent qu’un réchauffement climatique est en cours se multiplient dans les stations de montagne françaises. C’est ainsi que les importantes dépenses engagées en 2020 à Luchon pour apporter de la neige, des dizaines de tonnes de neige par hélicoptère, ont défrayé la chronique et suscité une vague d’indignation partout en France, jusqu’à faire réagir la ministre de l’Écologie d’alors : Élisabeth Borne !

Les météorologues expliquent : « La limite pluie-neige, qui détermine l’enneigement d’une station, est passée de 1.200 mètres d’altitude dans les années 1960 à environ 1.500 mètres aujourd’hui. » Les stations situées en dessous de ce seuil critique « souffrent » d’un manque de neige encore plus évident que les autres. Si 2022 est pour l’instant exceptionnellement favorable à l’enneigement, en plein février 2020, Le Mourtis et Bourg-d’Oueil étaient fermés, et seules 6 des 28 pistes étaient ouvertes à Luchon-Superbagnères.

Pour le sourire, certains peuvent trouver amusant que ceux qui ont les moyens d’aller au ski en soient privés. Pourtant, la montagne n’est plus ce qu’elle était. Dans le cirque de Gavarnie, la disparition du glacier situé sous la Brèche de Roland, non seulement change le paysage, mais encore rend difficile l’accès à ce col. Il ne se passe plus un été sans qu’une face de montagne, un pic ou une arête s’écroule. Car le pergélisol permet de maintenir la stabilité de massifs rocheux grâce à la glace qui cimente les fissures. Le plus impressionnant a été sans doute en 2005 l’effondrement de la face sud-ouest des Drus dans le massif du Mont-Blanc : cet été-là est parti le célèbre pilier Bonatti, du nom de l’alpiniste italien qui l’a escaladé en solitaire dans les années 1950.

Au sommet des conséquences inquiétantes se trouve la problématique de l’eau. Parce qu’elles sont à la tête des bassins hydrographiques, les montagnes jouent un rôle capital pour l’alimentation en eau sur de très vastes territoires. Les massifs montagneux distribuent la ressource en eau à près de la moitié de la population mondiale, notamment en Asie. C’est pour cette raison que l’on appelle souvent les montagnes des « châteaux d’eau ». Or, les glaciers de montagne perdent aujourd’hui plus de masse de glace qu’ils n’en gagnent.

On estime que le pic de la ressource en eau de ces bassins pourrait se situer entre 2040 et 2060. Ensuite, la ressource ira en se raréfiant alors même que la population et les besoins en eau des grands bassins hydrographiques auront fortement augmenté. Nous courons donc vers d’importants déficits en eau qui vont entraîner des tensions autour de cette ressource, comme c’est déjà le cas dans le bassin du Nil (entre l’Égypte, le Soudan et l’Éthiopie), ou celui du Tigre et de l’Euphrate (entre la Turquie, la Syrie et l’Irak).

Et ma chronique fait l’impasse sur les autres aspects du rapide changement climatique sur le globe, comme les violentes tempêtes, les terribles sécheresses et les énormes incendies. De quoi regretter le temps des grands glaciers qui façonnèrent nos vallées ? En tout cas de quoi songer à un temps où l’homme ne cramait pas sa planète…

* pergélisol (rappel) = il s’agit du sous-sol gelé en permanence.

Faut-il détruire les immeubles Candilis au Mirail ? : entretien avec Michel Retbi (31/01/2022).

Voici des extraits d’un communiqué commun de diverses associations dont un groupe d’architectes :

Le communiqué est intitulé = POUR UNE RENOVATION DES IMMEUBLES CANDILIS DU MIRAIL SANS DEMOLITION, SANS SPECULATION et DANS LE RESPECT DES HABITANTS !

Lisons quelques lignes :

« Nous demandons un moratoire immédiat sur les destructions prévues de logements HLM dans les quartiers de Reynerie et Bellefontaine au Mirail.

Les immeubles concernés sont sains, de bonne qualité et les appartements sont uniques en leur genre : Construits dans les années 1970 par l’équipe d’architectes/urbanistes de George CANDILIS, ils ont fait la preuve de leur solidité lors de l’explosion de l’usine AZF en 2001, où ils étaient pourtant en première ligne.

Les appartements y sont grands, spacieux, aérés, sans vis à vis. Ils répondent parfaitement aux normes récemment édictées par le Ministère du Logement. Ce sont des références dans le monde entier, étudiés et visités pour cela. »

Candilis ayant dans sa jeunesse collaboré avec Le Corbusier à Marseille, il n’échappera à personne que l’affaire, évidemment question sociale et humaine, est aussi une question culturelle : que faire de tels immeubles restants d’une architecture particulière ?

Je m’entretiens donc avec Michel RETBI (architecte membre d’un collectif pour la rénovation sans démolition des immeubles du Mirail), pour parler de cette question au cours d’un échange téléphonique.

Entretien avec une responsable au Mouvement de la paix (RMP 24/01/2022)

La période présente est bien occupée par la situation sanitaire et la campagne pour les élections présidentielles ? A Toulouse comme ailleurs. Sans parler de l’état des écoles et de pas mal d’autres secteurs en difficulté.

On peut en oublier conséquemment des choses pourtant essentielles comme la culture : bien que les gens lisent toujours, les spectacles manquent de spectateurs… On risque d’oublier aussi la paix : pas de vie heureuse, ni parfois de vie tout court, sans la paix. Or, la situation chez nous ne peut cacher l’état du monde, par moments et par endroits très bouleversé, voire terrible. Ainsi bien des personnes souffrent et meurent au loin ou même au près, ainsi d’autres fuient-elles des pays en guerre et… tentent-elles d’entrer en Europe !

C’est pourquoi j’ai demandé à une représentante du Mouvement de la paix, de bien vouloir nous accorder un entretien dans l’émission EDVI (Excusez-moi de vous interrompre), entretien qui va se dérouler par téléphone afin de respecter les consignes sanitaires.

Il s’agit de : Christine ROSEMBERG : responsable du Comité 31 du Mouvement de la Paix.

Anniversaire de Gilles Deleuze : le paradoxe du philosophe. (RMP le 17/01/2022)

Le 18 janvier 1925, naissait Gilles Deleuze, un philosophe phare de la pensée française. Or, il se donna la mort en se défenestrant en 1995. Victime d’une maladie pulmonaire incurable, il se suicidait ainsi avec de terribles moyens du bord. Sachant que le philosophe cultive la lucidité, la conscience et la liberté, mesure-t-on par cet exemple le scandale que cet homme fût contraint à cette extrémité ? Quelle impuissance et quel abandon sont ceux de l’être humain s’il désire en finir !

On a pu noter que la pandémie actuelle avait remis la mort présente en tête de chacun, comme si elle avait dû en être absente ! Le présent rappelle donc de vieilles questions, comme le droit à l’euthanasie, un des derniers droits refusés aux français. Dans le pays des droits de l’homme on n’a toujours pas droit à une fin digne et sans douleur. Je le redis : la loi Leonetti, régulièrement revue pour calmer inquiétudes et aspirations de la grande majorité des gens, ne permet en effet qu’une mise en sédation profonde et prolongée.

Cette pratique relève de la politique de l’autruche. Car elle cache qu’elle fait tout simplement mourir de faim et de soif. De plus, c’est le corps médical qui décide l’acte et le moment, et non l’intéressé ! Je rappelle qu’il existe une possibilité : désigner par avance une « personne de confiance » et signer des « directives anticipées ». Mais le médecin peut s’y conformer… ou pas ! Soyons clairs, on n’a toujours pas le droit légal de décider et de régler sa propre mort. Ce tabou est un des plus violents de notre culture, les charges d’associations ultras-chrétiennes contre l’ADMD le confirment.

Que l’on est loin du banquet antique ou le philosophe boit de son propre chef un bouillon létal quand il juge devoir mettre lui-même fin à ses jours ! Après la mort de son père, Nicolas Bedos dénonçait la loi Leonetti qui exclut bien l’acharnement thérapeutique mais condamne pourtant l’euthanasie dite active. La mort n’est pas une question médicale mais humaine et particulièrement philosophique. «Quant à la prise en charge des patients en fin de vie, nos courageux soignants méritent une formation psychologique afin que ceux qui s’en vont emportent avec eux des souvenirs de douceur, de respect et rien d’autre ».

Un malade atteint d’une maladie dégénérative orpheline, Macron a décliné sa demande de bénéficier d’un sédatif pour mourir en arguant qu’il n’est pas «au-dessus des lois». Il nous appartient donc de demander à changer ces lois. Si le marteau-pilon médico-médiatique au temps du covid, laisse un peu de place à la réflexion et au libre arbitre…
Ce combat pour le droit à sa propre mort rappelle le long combat pour le droit à l’avortement qui aboutit en France quand Simone Weil fit voter l’assemblée. Passant devant une librairie, je me prends à songer à Paul et Laura Lafargue qui se suicidèrent ensemble. Il est des luttes d’opinion qui bousculent le poids de la tradition, comme la revendication de rendre justice et respect aux femmes. Mais quand les femmes pourront-elles être maîtresses jusqu’au bout ? Comment meurent-elles aujourd’hui, dans quelles conditions, sous autorité de qui, avec quel accompagnement de qui ? La réponse est souvent navrante… et tragique.

Je me souviens d’une personne qui m’informa du désarroi d’une connaissance en fin de vie. Celle-ci, n’avait pas même accès à un service de soins palliatifs. Je dus me contenter de l’adresser à l’ADMD* et, en totale impuissance, je me souviens de mon amertume. Pour tâcher de sourire, fuir l’idée de la mort me rappelle que fermer les yeux n’a jamais empêché de marcher dans une crotte de chien.

Mais le sourire se tarit si je me demande à quoi sert de fermer les yeux sur la mort. A l’angoisse de la fin, faut-il laisser s’ajouter la souffrance ? Et faut-il vraiment se cacher que le chemin a une fin pour savoir jouir du trajet ? Oublier le terme, c’est circuler ainsi que les « Voyageurs de l’impériale » sur une diligence dont Aragon conte dans le roman éponyme qu’ils ne voient pas la route, allant dans la vie en aveugles. Hélas, on ne voit guère ce que la cécité peut apporter au bonheur et à la dignité.

Non, vraiment, il n’est pas d’argument juste et humaniste en faveur du refus du droit de chacun à mourir dans la dignité. J’espère sincèrement que ce droit sera très bientôt reconnu. Je l’espère pour moi-même comme pour les autres.

*Association pour le droit à mourir dans la dignité.

Une année pandémique « normale » (RMP 10/01/2022).

Il paraît que les années se suivent et ne se ressemblent guère. 2021 a pourtant commencé comme avait fini 2020, soit à distance pour la radio. Grâce à notre omnipotent Michel Furios, j’ai, comme les autres chroniqueuses et chroniqueurs, enregistré dans mon bureau pour envoyer par fichier électronique. Ce à partir de quoi Michel montait une émission qui pouvait sembler réellement faite en studio, en n’omettant même pas les chœurs traditionnels depuis l’ami Michel Lafarge, le dernier donnant rendez-vous « pour de nouvelles aventures » !

Poursuivant la série de présentation de lieux emblématiques toulousains (inaugurée il y a plusieurs années… et suspendue seulement le temps du premier confinement), j’ai ainsi égrené au fil des deux premiers trimestres 2021, une série qui venait compléter celle enchaînée les années précédentes. Ce tableau d’une ville encore en état de commotion mais revivant progressivement déclina des vues de la ville, présentes et passées, dont une part se retrouvera dans un Guide du promeneur curieux à Toulouse (petits secrets et grandes histoires), que les éditions Sud-Ouest publieront ce printemps prochain ; ouvrage agrémenté de photos par Dominique Viet et aussi de dessins par le groupe d’un atelier d’amatrices. Je vous en reparlerai, si vous le voulez bien.

A partir de la rentrée d’automne, un peu attardée jusqu’au dernier lundi de septembre, j’ai repris mes interventions en studio, en compagnie de Maxime, Jean et Stéphanie et bien sûr de Michel à la cabine, tandis que Bernard envoie toujours ses chroniques enregistrées depuis Lyon. Mais les temps qui courent, agités et obscurs, poussent à réagir aux événements et aux idées. Pour varier les plaisirs et surtout pour mieux assumer le présent, j’ai décidé de colorer davantage mes interventions de réflexions « philosophiques », tant les sujets de réflexion me semblent s’imposer maintenant, en pleine crise générale.

C’est ainsi que j’ai pu traiter de :

Des monologues exposant des croyances, La raison source d’erreur ? (point d’interrogation), La promotion de croyances au rang d’évidences, Totalitarisme ou néolibéralisme ?, Monsieur Z et la « philosophie » de la peine de mort, Le climat : de la négligence à l’angoisse et La peste : de Camus à aujourd’hui.

J’ai également reçu les invités suivants : Pierre Juston : ADMD (à l’occasion de la journée du droit de mourir dans la dignité), Christian Saint-Paul : Académie des jeux floraux (à l’occasion d’une journée avec les collégiens) et Edouard Pivotsky : retraité CGT (à l’occasion de la manifestation nationale des retraités), lequel a également évoqué, à ma demande, les débuts de Radio Mon Pais.

De cette radio plus que quadragénaire, on ne connaît pas le nombre des auditeurs. Un sondage par un organisme professionnel coûte cher, ce sont les gros annonceurs des grands médias qui peuvent les commander régulièrement. Il est cependant prévu d’en commander un pour RMP au cours de la nouvelle année. Les résultats seraient fort intéressants car ils indiqueraient également les caractéristiques des auditeurs : sexe, âge, catégories sociales, etc.

Je crois savoir que quelques amis écoutent parfois cette radio et notamment EDVI (« Excusez-moi de vous interrompre »). Mais je suppose que nous ne tenons pas le haut du pavé dans la surabondance des médias. A plus forte raison, sachant l’engouement du siècle pour les échanges sur réseaux sociaux, nous devons être peu de choses dans l’arène de l’information et de la réflexion.

Pourtant, on aurait tort de ne pas valoriser RMP et cette émission. Un ancien correspondant local de l’Humanité me disait récemment : « Nous avons perdu la bataille idéologique ! » Une bataille n’est pas toute la guerre. Si les médias, propriétés du grand capital s’évertuent encore et toujours, c’est que les jeux ne sont jamais fait définitivement.

J’en ai fait personnellement l’expérience, s’il n’est pas introduit dans un réseau national, seules les petites radios accueillent le quidam : Radio Mon Pais, Radio Occitania, Canal sud, Radio Campus et Radio Présence, avec plus récemment Esprit Occitanie. Hors ces seuls canaux médiatiques à petits moyens mais grands ouverts à tout un chacun, on est pieds et poings, et surtout esprit lié aux grands médias, propriété des milliardaires et évidemment voix de leurs maîtres.

De bonnes raisons pour continuer à chroniquer et, je vous et nous le souhaite, pour continuer à nous écouter.

LA PESTE : de Camus à aujourd’hui (RMP 13/12/2021).

Publiée en 1947, La Peste d’Albert Camus, une des plus grosses ventes de littérature, évidemment remise en actualité par l’épidémie de Covid, rappelle qu’une maladie en cache souvent une autre. Celle de la peste à Oran avait déjà donné lieu à de multiples lectures. L’auteur écrivait à Roland Barthes : « elle a comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme ».

Ce récit retrace l’histoire d’une épidémie de peste qui frappe la ville, la coupe du monde extérieur et agit comme révélateur de comportements très contrastés dans la population. Sont décrites les étapes de la montée d’un fléau qui s’abat sur une société prise au piège : incrédulité, confinement forcé, isolement, séparations, hôpitaux débordés, enterrements hâtifs…

Toutes choses qui font que ce roman résonne de manière singulière en nos temps de nouvelle vague de pandémie. Aussi, profitant de l’absence d’une chroniqueuse littéraire que l’on attend au studio comme l’Arlésienne, je m’arroge le droit – provisoire et prudent – de réfléchir à ce propos.

Une citation de Daniel Defoe est affichée en épigraphe du livre : « Il est aussi raisonnable de représenter une espèce d’emprisonnement par une autre…». Elle nous incline à penser qu’il y a dans ce livre de quoi réfléchir aux révélations et conséquences de tout fléau naturel qui cache souvent un désastre humain.

On sait qu’eurent lieu des épidémies de peste noire en Europe, entre autres à Toulouse où le tiers de la population fut aux quatorzième et quinzième siècles victime de la maladie rapidement mortelle. Le résultat (ou la correspondance) fut que la ville régressa au point que des faubourgs furent désertés et abandonnés tandis que le nombre de gens de métiers diminuait de moitié.

Pour le sourire, les remèdes peuvent sembler dérisoires. Des Diafoirus portant masque en bec d’oiseau assurèrent : « Le plus souverain remède c’est se retirer bien tost du lieu infecté, et s’en aller loing et revenir plus tard  ». Ainsi le Professeur Augier Ferrier qui enseigna à Toulouse (selon son biographe : mon ami Jean-François Gourdou). Et l’on assista encore dès 2020 à une migration inattendue de parisiens allant se réfugier en campagne, du moins de ceux qui en ont les moyens !

Or est intervenue une énorme différence avec le temps des quartiers d’isolement des malades : l’invention de vaccins qui ont éradiqué maintes maladies terribles de nos enfances, comme la poliomyélite ou la variole. Pourtant a lieu une résistance à l’usage des vaccins contre le covid, en méfiance, voire défiance envers des laboratoires privés et lucratifs spéculant sur la vente de produits, ainsi qu’envers les gouvernements qui les décrètent d’intérêt public. Et à mon sens, cette résistance révèle davantage.

J’ai déjà parlé d’une confusion entre la défiance envers le régime politique et envers des mesures de salubrité tout de même édictées par des hommes de l’art. On peut comprendre et à la fois critiquer cette confusion. Mais encore, les choses vont plus loin.

Si ce genre de résistance paradoxale peut s’observer, c’est que, ainsi qu’une réflexion métaphysique est provoquée par La Peste de Camus, c’est une profonde suspicion, un profond refus et une profonde angoisse qui furent déclenchés ou renforcés par la pandémie. S’ajoutant à l’angoisse d’une menace climatique contre laquelle il semble que l’on soit incapable de prendre des mesures, l’opposition actuelle à la vaccination révèle une situation personnellement et socialement traumatique.

Par-delà des réserves sur la sûreté, l’efficacité et l’opportunité des vaccins, c’est de bien plus qu’il s’agit lorsque l’on se condamne non seulement à l’isolement et à une résistance minoritaire, mais encore à une « fièvre obsidionale » (Larousse : psychose collective qui frapperait la population d’une ville assiégée). Pour ainsi se dresser hors société, hors civilisation et hors culture, il faut avoir une puissante raison.

Sans les approuver, on peut ainsi entendre la situation de « récalcitrants » arc-boutés dans une opposition à la fois violente et désespérée au monde capitaliste de Big brothers dit « libéraux ». Tentant de refuser le mode de vie actuel, ils peuvent sembler parfois inconscients. Ils affichent au contraire une conscience exacerbée.

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