A la rentrée la Haute-Garonne était classée en zone rouge de “circulation active” du virus. Néanmoins, on slaloma rue Gambetta entre stands et tentes de la Grande braderie sur les trottoirs, tandis que place du Capitole se multipliaient tables et chaises pour une grande bouffe. Avec les masques arborés par la foule, l’atmosphère était étrange, ubuesque même.

Car la situation actuelle est digne du Père Ubu. Tous les médias audio-visuels serinent que le virus circule toujours et que meurent en très grande majorité les plus de 65 ans. Et la presse locale informe qu’à Toulouse, les cas de Covid-19 sont en réelle augmentation chez les 20-30 ans. Un logicien décèlerait qu’il n’y a peut-être pas de contradiction, mais poursuivons.

Une semaine après la rentrée, 64 écoles, collèges et lycées de Haute-Garonne faisaient l’objet de mesures ciblées (fermetures, quatorzaine) après des cas de Covid-19. Mais, la situation restait sous contrôle selon l’administration. Pas selon Alexia Seguin du SNUIPP (syndicat de professeurs des écoles) affirmant une tension maximale, sans solution pour dédoubler les classes et éviter d’avoir de grands groupes : « l’administration est débordée et prend complètement l’eau alors qu’en Italie, ils ont recruté 84 000 enseignants ».

Ubuesque encore, cette vision de gens qui s’évitent, se masquent et filent doux pour rentrer vite chez eux, tandis que sur les berges de la Garonne s’assoient côte à côte des jeunes en joie et en fête. Cette grande nation, pays des sans culottes, des maquisards et des gilets jaunes où l’an passé les rues retentissaient régulièrement des cortèges contre la politique gouvernementale et mondiale, la voici observant une sorte d’auto-confinement effrayé, silencieux, voire honteux, parfois rompu de débordements incontrôlés, voire totalement irresponsables.

Personne du quatrième âge, dite « à risques », menacé de mise en coma artificiel et intubation, traitement long, invalidant et parfois fatal, je ne roule pas moi-même des mécaniques face au virus. Pourtant, on dit parfois que « S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer ! » Avec la folle incompétence du pouvoir, apparut qu’il sait à l’évidence très bien exploiter la situation pour accroître son emprise sur le peuple. Selon Leo Strauss, philosophe politique états-unien, en inventant ou en entretenant une « guerre perpétuelle », le peuple pourra être mené « pour son propre bien ». On voit bien ou Macron a pu faire ses classes.

Sonia Delhaye, médecin réanimateur à Toulouse, déclare : « Le virus est là. La majorité n’en subira pas de dommage significatif. Il est parfois virulent mais on sait maintenant soigner la majorité des cas graves. Alors remettons-le à sa juste place ; n’en faisons pas un terroriste, c’est-à-dire un agent dont l’impact psychologique et sociétal dépasse de loin son impact physique. »

Car pendant ce temps-là, la « pompe à phynances » du Père Ubu fonctionne évidemment toujours : des grands groupes se portent mieux que jamais, concentrant et licenciant toujours plus. Le monde d’après reste le même… Sauf pour l’aviation, j’y reviendrai, ce n’est pas rien. Virus ou pas, la vie est ainsi faite qu’à tous moments elle peut basculer. Ce ne sont pas les murs du Crowne Plaza Hotel qui démentiront, eux qui portent encadré le numéro de déportation de l’ancienne patronne résistante de l’établissement qui se nommait sous l’Occupation : Hôtel de Paris.

Pour le sourire, notre ville vient d’être décrétée en alerte, ville rouge, comme au beau temps de la Libération quand De Gaulle hésitait devant l’accueil des résistants ayant conquis pignon sur rue et Hôtel de Ville. Il y a bien longtemps que le coin n’est au mieux que rose, le blanc ayant progressivement gagné sur le rouge au point qu’aux dernières municipales garda la majorité une droite qui, il est vrai, se dit macronnienne, pour dire ni blanc ni rouge, mais pas rose non plus…

N’en déplaise à Lamartine, le rouge est aussi la couleur des luttes optimistes et généreuses. Qu’on y ajoute le jaune ou le vert, c’est vouloir un monde aux couleurs de l’espoir. Si l’on ne savait plus la couleur du monde qu’on désire, ou pire qu’on ne désire plus, ne resterait que le départ, selon Desnos : « Je partirai vers la côte où jamais un navire n’aborde il s’en présentera un, un drapeau noir à l’arrière. Les rochers s’écarteront. Je monterai. »

Rester debout sur le rivage en brandissant sa couleur, c’est simplement résister.