Le 19 août 1944, Toulouse, capitale culturelle ayant été en zone « non occupée » jusqu’en 1942, s’insurgeait contre l’armée allemande et le pouvoir de Vichy, avec l’aide des maquisards accourus de la région. Les jours suivants se poursuivaient en ville et ses entours les combats de rue contre la Wehrmacht qui battait en retraite et des défenseurs du régime collaborateur et fascisant du Maréchal Pétain. Bientôt la ville était libérée et un énorme rassemblement place du Capitole allait présenter à la foule le nouveau maire Badiou et les personnalités dirigeantes de la résistance, les commandants Serge Ravanel (Asher) et Jean-Pierre Vernant et le commissaire de la République Pierre Bertaux.

Si la « ville rose » plutôt noire sous l’occupation, allait devenir « Toulouse la rouge », ce n’était pas seulement parce que bon nombre de républicains espagnols la peuplaient et l’animaient depuis la défaite contre Franco. En ses murs fut entrepris un formidable mouvement de redressement économique et politique… et aussi culturel avec maintes personnalités locales qui s’étaient retrouvées avec des réfugiés, intellectuels juifs ou pas, on peut citer en désordre les plus illustres : Raymond Naves, Raymond Badiou, Paul Dottin, Bruno de Solages, Jean-Pierre Vernant, Albert Lautman, Georges Friedmann, Camille Soula, Louis Bugnard, Ignace Meyerson, Maurice Dide, Lucien Bonnafé, Silvio Trentin, Jean Cassou, Vladimir Jankélévitch, Pierre Bertaux, Fausto Nitti, François Tosquelles… Liste forcément incomplète pour une ville animée par une résistance latente et parfois explosive, quelquefois théâtre d’événements tragiques comme les exécutions et déportations en série, voir le « train fantôme » et les attentats de la MOI (main d’œuvre immigrée) contés dans « Les enfants de la liberté » de Marc Lévy, parfois marquée par les passages de grandes figures comme celles d’Aragon et Elsa. Résistance dont un des actes fondateurs allait être une averse de tracts sur le cortège de Pétain en visite officielle, manifestation montée à l’aide d’un mécanisme ingénieux disposé sur un toit au centre de la ville par des jeunes communistes dès novembre 1940. Si en maints lieux des plaques rappellent des faits et exploits marquants de cette période, tel l’attentat à l’ex-cinéma Les Variétés (une façade Art-déco actuellement vouée à la FNAC) il n’en reste pas moins que la plupart des grands édifices restent hantés par la mémoire de l’occupation des nazis coulée entre leurs briques. Restent aussi des traces à dénicher, comme le nom de la piscine Alfred Nakache, baptisée quand le nageur était déporté, sur proposition du conseiller municipal communiste Jean Weidknnet. De nombreux ciné-clubs et cinémas d’art et essai subsistent dans la ville, écho d’un magnifique essor culturel avec le premier ciné-club du Centre des intellectuels qui conservait aussi les productions artistiques et dont le président était jusqu’en 1945 Tristan Tzara et le secrétaire Charles Pornon. Au même moment à la faculté des Lettres était inauguré l’IEO (Institut d’Études Occitanes) par Jean Cassou (Commissaire de la République convalescent), René Nelli, Félix Castan, Max Rouquette et encore Tzara. Une mémoire à retrouver lors d’un passage à Toulouse, en pratiquant une petite visite à l’aide d’un guide non amnésique. Voir : Toulouse, petits secrets et grandes histoires, guide du promeneur curieux par Francis Pornon (Ed. Sud-Ouest).