Drôle de jeu, c’était le titre du roman de Roger Vailland sur la Résistance que je disais à la page des Coups de cœur sur mon site « Pour moi le plus clairvoyant et le plus courageux des romans sur ce moment. Car l’auteur, membre d’un réseau, prit soudain du recul pour une remise en question avant même la Libération. Bien des auteurs et des résistants, de la dernière heure ou pas, n’en ont pas fait autant ! » Ainsi, aux temps noirs de l’Occupation pouvait-on parfois, malgré l’urgence et le tragique, regarder les événements d’un œil critique et distant.
Le moins qu’on puisse dite, c’est que ce n’est pas ce genre de regard qui vise la guerre actuelle au Moyen-Orient. Après le temps de la mise en condition préalable où les éditorialistes s’interrogeaient à l’infini : ira-t-il ou ira-t-il pas, est venu soudain celui de l’action, l’attaque de l’Iran par les US et Israël. Et ces « spécialistes » souvent auto-proclamés, voire stipendiés, d’interpréter aussitôt en tâchant de démêler de l’imbroglio qui fait quoi et pourquoi. Étonnamment, la sidération dura assez peu, probablement parce que l’on s’habitue à voir et subir un peu n’importe quoi n’importe quand depuis le règne de Trump que l’Europe regarde de loin. Seulement, on oublie ce qui, je crois, est l’essentiel. À partir du moment où l’on laisse récuser et enjamber les principes et le droit, la raison et la justice, non seulement on s’étonne moins de l’imprévisible, mais encore on en est complice. Ainsi, on ferme pudiquement les yeux sur les dégâts collatéraux en se contentant de suivre le destin. Non seulement le président Macron et sa classe politique prônent l’accroissement de l’armement, mais de plus ils prêchent pour une augmentation de l’arsenal nucléaire. Jordan Bardella, piaffant aux portes du pouvoir, demande une réunion des dirigeants des partis à l’Elysée. Et les médias, presque comme un seul, se bornent à filmer et enregistrer ce drôle de jeu qu’est la guerre où tout le monde perd (sauf peut-être les marchands de canons) et surtout les peuples. Mais qui lit L’Humanité de Jean-Jaurès où l’on récuse la logique de guerre afin de pouvoir réaliser d’astronomiques économies ? Où es-tu, l’« apôtre de la paix » ?