J’ai bien connu Mohammed Moulesseoul, pseudo Yasmina Khadra qui défraya la chronique au début de sa carrière d’auteur où il faisait se répandre les critiques en supputations sur son identité, alors militaire Algérien gradé voulant sauvegarder son anonymat en choisissant les deux prénoms de sa femme pour prénom et nom de paix. Rendu célèbre d’abord par ses polars rugueux sur l’Algérie, il en vint à publier des best sellers connus et traduits internationalement. J’ai pour ma part aimé surtout L’Écrivain, un récit autobiographique de son enfance et ses débuts à l’école de l’armée. Dans ce roman intitulé : Dieu n’habite pas La Havane, il s’agit de Cuba où le héros locuteur est un chanteur célèbre à grand succès parmi les touristes, soudain licencié parmi les grands malheurs de l’île sujette à bien des « sanctions », en général des forfaits perpétrés contre son socialisme qui pourtant a fait tant d’envieux et d’admirateurs en réussissant à sortir d’un statut de maison de jeux et bordel des US pour parvenir à celui de nation phare du Tiers monde et aidante notamment par ses médecins exportés. Ainsi « Don Fuego » qui ne vivait que pour chanter dans un cabaret est-il cassé par son licenciement, le début du livre décrivant la décrépitude de la belle Havane sur le retour, peut-être, me semble-t-il ayant quelques ressemblances avec Alger qui pourrait être qualifiée de même. On pâtit avec le héros et toute l’île des acrobaties qu’il faut réaliser pour survivre en manque d’un peu tout sous une administration qui aurait tous les défauts d’une machine grippée. Mais curieusement le roman change de registre avec la rencontre d’une beauté sauvage nommée Mayensi, « rousse incendiaire mystérieuse » qui, en femme étonnante et inquiétante, va faire courir et souffrir Juan. Or va plus loin se produire encore une autre mutation du livre qui devient une sorte de polar où cette héroïne se révèle ce que ni le partenaire ni le lecteur n’attendent pas du tout. Mutations habiles ou pas ? En tout cas essais de creuser âme et corps de la femme, cubaine ou pas. Reste l’écriture de l’auteur, sa richesse depuis l’enfance, une sorte de naïveté pénétrante que l’on partage volontiers : « Ce train en question sied à mes états d’âme. Son silence me berce, la quiétude de son enfermement me rend à moi-même ; on dirait un sarcophage rejeté par les flots avec un tas de mystères jamais élucidés. » Pas sûr que Cuba y gagne ou perde quelque chose mais on passe un bon moment de lecture, ce qui est un précieux trésor.
