Une amie vient de me prêter Mémoires d’outre mère, de Guy Bedos. Né le 15 juin 1934 à Alger et mort le 28 mai 2020, l’auteur était humoriste, acteur, scénariste et artiste de music-hall français, connu pour sa satire politique et ses performances au théâtre ainsi que pour les films où Marthe Villalonga a joué sa mère, une Pied-noir type chez qui sont grossis défauts et qualités pour mieux montrer et aussi pour rire. On rit pourtant jaune la plupart du temps, quand le jeune homme qui finira par trouver une belle place dans la société française, se heurte à des obstacles dont le premier et le plus tenace fut bien sa mère. Pas de chance, peut-on penser, d’avoir vécu l’exil à l’occasion de la coupure historique entre France et Algérie, la métropole où l’on pouvait se réaliser en tant qu’artiste et le pays natal où l’on avait appris à aimer les gens et le soleil. C’est pourtant plus compliqué, comme l’évoque l’auteur, qui témoigne non seulement de finesse et de sensibilité mais encore de dignité et courage. Car l’aventure de sa vie dont il évoque maints épisodes, est émaillée de moments drôles et d’autres tragiques. De l’Algérie, il commence par évoquer la misère en Kabylie que décrivit Camus. Alors que cela sent déjà la guerre voisine en Tunisie, il se souvient du jeu de sa mère battue par son compagnon, profitant de ses charmes avec les officiers anglais et américains tandis qu’elle dévalorisait complètement le père et ne négligeait pas d’humilier le fils pour « Se venger sur un otage inoffensif. ». Cela n’empêcha que, de rebondissement en rebondissement le petit Guy devint à la force du poignet un comédien connu et apprécié pour ses performances où il brocarda les défauts de la société observée avec acuité et croquée avec bonheur. Parmi ces défauts, aussi en la personne de sa mère, la haine et le mépris pour certains humains : « Elle ne dit pas la Racaille, les Arabes et les Nègres, mais elle le pense à tue-tête. » Je me souviens d’avoir vu le comédien marcher avec des jeunes immigrés « Sans fenêtres » à Toulouse pour apporter aide et soutien après la catastrophe de l’usine AZF. Mais Bedos est surtout capable de faire rire, même gravement, par exemple en évoquant la réflexion de sa mère à sa naissance : « Mon dieu qu’il est laid, on dirait un petit Juif ! » Ayant été invité à sa résidence de Latché par le président Mitterrand, et n’ayant pas aimé le décor, il déclara à la télé : « Il a eu raison de faire président plutôt que décorateur ! » Regard privilégié que celui de qui sait faire rire des défauts parce que… il sait les distinguer et il a le courage de les dire. Pour échapper à l’imposition de news plus ou moins fausses sur le portable, et pour rire !