Je me souviens d’un roman de la trop oubliée George Sand. Intitulé La Ville noire, il se déroulait au temps passé dans Thiers, ancienne ville industrieuse où l’auteur contait la dure condition ouvrière. Or il se trouve que je vis actuellement à Toulouse, dite la « ville rose » où parviennent évidemment les nouvelles comme partout ailleurs. De bon matin la radio diffuse des « infos » que des journalistes relaient sans se boucher le nez. Ici une extrême-droite et là une droite ultra tiennent pignon sur rue et battent la campagne sans qu’on sonne le tocsin. Il y a vingt ans juste, s’en souvient-on, un auteur publiait Le Premier sexe, prétendant renvoyer aux oubliettes Simone de Beauvoir. Lecture édifiante qui nous apprend que : « Un garçon, ça entreprend, ça assaille et ça conquiert, ça couche sans aimer, pour le plaisir et pas pour la vie […] l’homme est un prédateur sexuel. » De quoi donner raison à un féminisme simpliste ? Voire ! De quoi afficher plutôt que les sauvages ne sont pas les immigrés comme disent et redisent les partisans de l’auteur Eric Zemmour. Je ne sais ce qu’en pense sa compagne, mais il est frappant que ces pensées – et ces actes – sont loin d’une conception humaniste, plus loin encore d’une tradition occitane gravée dans les pierres et les cœurs de la France méridionale. « Tout ce qu’on fait d’amour est bien », assurait dans sa langue le troubadour Raimon de Miraval. Loin d’une citadelle à prendre, la femme est un « grésail » (graal) à mériter d’atteindre. Et, si l’on coupe un temps radio et réseaux, on peut se prendre à lire avec passion les chansons et pamphlets des poètes du XII è siècle. Et l’on se prend avec intérêt à redécouvrir des destins mus par la passion d’amour. Il y a quelques années je me pris à écrire des histoires en des romans tel : La Fille d’Occitanie (TDO éditions). Par plaisir de l’Histoire et des histoires, par désir de crever le noir par la lumière et aussi par faim de sens. Souvenons-nous, il y a des siècles que le culte de la dame sur terre remplaçait en Occitanie celui du dieu au ciel et que les fidèles luttaient contre une croisade venant les mettre à la raison par le feu et le sang. Il y a des siècles que la « convivencia » (convivialité) éclipsait la haine de l’Autre. Que nous voici loin des injonctions à chasser le prochain, les noirs courants qui battent maintenant ville et campagne !
